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Malgré un contexte économique difficile, un bouleversement de son modèle avec la remise en cause du modèle municipal de gestion de l'eau, Veolia achève sa restructuration après avoir divisé sa dette par deux en quatre ans, simplifié son organisation puis recentré le groupe sur de marchés jugés plus lucratifs.

« Il y a 4 ans, la dette du groupe était de 16,8 milliards d'euros, elle se situe désormais comme promis entre 8 et 9 milliards d'euros. En quatre ans, nous aurons donc divisé la dette par deux », s'est félicité Antoine Frérot, le PDG du groupe lors d'une rencontre avec la presse le 6 février dernier. Ce désendettement s'est accompagné d'une opération de réduction des coûts et surtout d'une simplification de l'organisation du groupe.

L’ancienne organisation par divisions a laissé place à un groupe intégré désormais organisé par pays. « Un groupe plus simple, plus manœuvrant, plus performant et davantage tourné vers ses clients, dirigé par 11 patrons de zones » a souligné Antoine Frérot. Ainsi réorganisé, le groupe va pouvoir se concentrer sur ces trois métiers qui sont l'eau (44% du CA 2012), la propreté (35%) et l'énergie (21%) pour le compte de ses clients municipaux et les industriels. Deux axes de développement ont été définis : faire évoluer les marchés traditionnels du groupe en adaptant notamment le modèle concessif parfois remis en cause sur les marchés historiques du groupe et exploiter de nouveaux marchés sur lesquels Veolia dispose déjà de savoir-faire éprouvés. « Pour ceci, sept secteurs stratégiques à forts potentiels de croissance ont été définis sur lesquels Veolia va concentrer ses efforts », a expliqué Laurent Auguste, directeur innovation et marchés du groupe.

Le premier concerne l'économie circulaire qui regroupe les solutions avancées pour prolonger la durée de vie des ressources. « De 1900 à 2000, le coût moyen des matières premières a été divisé par deux. Mais depuis 2000, cette tendance s'est brutalement inversée, à tel point qu'il est devenu essentiel de transformer les déchets en ressources », indique Laurent Auguste qui insiste sur la nécessité de changer de modèle. « Notre objectif est de transformer notre métier d'opérateur de services en un métier de producteur de ressources renouvelables aussi bien en énergie qu'en matière première secondaire », explique Bernard Harambillet, directeur de la zone Propreté France. « A l'horizon 2017, l'économie circulaire devrait représenter 20% de notre CA sur la France ».

Deuxième secteur stratégique, celui des solutions innovantes pour les villes, qui doivent permettre de répondre aux besoins de l'explosion des populations urbaines. « 6 milliards d'individus n’ont pas accès à des services d'eau et d'assainissement. Seuls 1 milliard de personnes sont accès à ce type des services et 150 millions d'entre eux sont des clients de Veolia. Nous avons bien évidemment des solutions à apporter », explique Laurent Auguste.

Le troisième gisement identifié est celui des pollutions difficiles qui exigent la mise en oeuvre de traitements complexes. « Il s'agit de déchets toxiques, de déchets hospitaliers, des sols pollués etc., qui exigent de pouvoir combiner des compétences techniques très pointues avec des exigences de fiabilité que très peu de groupes comme Veolia peuvent apporter », explique Estelle Brachlianoff, Directrice de la zone Europe du Nord.

Le démantèlement des équipements et des installations industrielles est le quatrième secteur sur lequel le groupe compte se focaliser : plateformes pétrolières, usines nucléaires, sites industriels… etc. « Beaucoup de ces installations sont aujourd'hui en fin de vie et exigent des capacités de caractérisation et de traitement des déchets », indique Laurent Auguste. L’agroalimentaire, « la première industrie au monde » est également jugé stratégique : « La maitrise des impacts, par exemple en transformant les déchets en énergie en créant des boucles locales d'énergie, et les solutions spécifiques de génération de ressources alternatives en eaux et en énergie en sont les points clés ».

L’industrie minière, très consommatrice en eau, est un autre de ces secteurs avec une meilleure gestion de la ressource. « 70% des projets miniers des 6 plus grands groupes sont situés dans des zones à stress hydrique important », rappelle Laurent Auguste. Le pétrole et gaz, septième secteur jugé stratégique, regroupe les ressources non conventionnelles mais surtout une meilleure exploitation de sites anciens, fortement consommateurs d'eau. « Il faut, sur certains de ces sites, utiliser 20 barils d'eau pour produire un baril de pétrole, souligne Laurent Auguste. Une meilleure exploitation de l'eau sur ces sites est devenue essentielle pour l'équation économique des pétroliers ».

Chacun de ces marchés représente pour Veolia un potentiel de progression important.

Mais quelle sera la physionomie du groupe dans quelques années ? « Quand, en moyenne, un occidental dépense 1 € pour son eau, il en dépense 3 pour les déchets qu'il produit, 7 pour son chauffage et 9 pour l'ensemble de l'énergie nécessaire à son logement », souligne Antoine Frérot. « Le marché de l'eau depuis 160 ans est notre premier marché et durant 140 ans, il a été le seul. Nous sommes donc bien plus avancés sur ce marché que sur les autres. Mais il est imaginable, qu'à terme, le volume de nos activités devienne proportionnel à la taille des marchés mondiaux ».

 

Vincent Johanet