À Bourges (Cher), le fabricant de sirops Monin expérimente l'un des projets de réutilisation de l'eau les plus avancés de l'agroalimentaire français. Baptisé Life Zeus (Zero Liquid discharge water reUse)1, le démonstrateur vise à recycler jusqu'à 80 % des effluents industriels du site tout en réduisant d’environ 60 % les prélèvements d'eau.
Le projet a démarré en 2014, lors de la construction de la nouvelle usine. À l’époque, Monin cherche déjà à anticiper les futures tensions sur la ressource. L'usine prélève alors plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes d'eau par an, notamment pour les nettoyages en place (NEP), qui représentent, à eux seuls, 45 % de la consommation totale du site. Entre 2019 et 2023, la consommation d'eau est déjà passée de 2,8 litres à 1,9 l par litre de sirop produit grâce à différentes optimisations internes.
Après plusieurs années d’essais pilotes, Monin retient finalement une filière membranaire développée avec Chemdoc Water Technologies. Le procédé associe microfiltration, nanofiltration et osmose inverse afin de produire une eau compatible avec les exigences du contact alimentaire. Les concentrats sucrés issus du traitement sont ensuite envoyés en méthanisation afin de produire du biogaz.
Le démonstrateur, dimensionné pour traiter jusqu'à 400 m³ d’effluents par jour, représente environ 4,5 millions d’euros d'investissement et mobilise Monin, Chemdoc, l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Toulouse et l'Office international de l'eau (OiEau) pendant plus de 42 mois. Surprise : ce n'est pas forcément un retour sur investissement qui est attendu, mais plutôt éviter un potentiel arrêt d'usine. À méditer.
1 https://www.life-zeus.eu/fr/.

