Si la nouvelle mouture du salon Aquapolis (WaterTech) pouvait faire craindre un échec, surtout avec l’association aux salons IBS, ILS et InnoCity, la complémentarité entre le domaine de l’eau et le secteur du bâtiment s’est finalement traduite par une fréquentation totale de plus de 8 600 visiteurs et un fort intérêt à certaines conférences techniques.
À l’entrée du Paris Expo – Porte de Versailles, où se déroulait notamment WaterTech, le salon des technologies et des équipements pour la gestion et la préservation des ressources en eau, qui est la nouvelle formule du salon Aquapolis organisée désormais par IBS Event, il y avait foule ces 14 et 15 octobre 2026. Il est vrai que l’eau devient une préoccupation majeure pour les collectivités, les exploitants, les industriels et, même, le grand public… mais la très grande majorité de toutes les personnes présentes venaient en fait pour le Mondial de l’automobile. Cela posait d’ailleurs quelques difficultés d’orientation pour certaines personnes pour accéder aux halls recherchés.
Une fois arrivé dans le Hall 7.2 où se tenait notamment WaterTech – la manifestation se déroulait simultanément avec les salons IBS, ILS et InnoCity (voir encadré) – , il fallait se frayer son chemin dans des allées bien fréquentées pour parvenir à la zone au fond à gauche de l’exposition, là où étaient présents les exposants dans le domaine de l’eau. On recensait Adema REI, Adopta, Blue Yara, Celec, Envirmat, Foxeco, H2Eau, Huber Technology, Iotize, Ista, Jetly, Neoperl, l’Office international de l’eau (OiEau) et Union des industries et entreprises de l’eau (UIE). Sans oublier, non plus, Ilion Water Technologies dans le Village Start-up, Inn’Eauv Management et Water Cleanser France dans le Village STA, ainsi que des fabricants comme Adeunis, Enless Wireless, Lacroix, Netmore, Watteco, Webdyn, etc. répartis dans le reste de la zone d’exposition.
Certains exposants présentaient d’ailleurs leurs dernières nouveautés. Huber Technology mettait notamment en avant sa gamme de filtres médias en tissu RotaFilt. « Depuis plusieurs années, nous proposons nos filtres avec un diamètre de disque de 2 700 mm, installés en sortie des stations d’épuration (STEP) de grosses capacités. Comme le marché était à la recherche de plus petites tailles, nous avons développé des versions avec un disque de diamètre de 2 200 mm, en nous appuyant sur des modèles de mêmes dimensions d’une autre gamme », rappelle Étienne Morel, responsable commercial Équipements chez Huber Technology France.
Pour sa première participation au salon, Jetly présentait, entre autres, RainConnect, son équipement connecté pour la gestion du comptage et de la filtration de l’eau de pluie dans les bâtiments individuels et collectifs. « Aucunes données chiffrées ne sont en fait réellement disponibles concernant les eaux pluviales, au niveau des cuves de récupération par exemple. Notre système regroupe des capteurs, une supervision et un portail ouvert, afin de simplifier la surveillance de différentes installations d’une collectivité (gymnase, écoles, centre technique municipal…) », résume Éric Garot, directeur marketing de Jetly.
Un grand intérêt pour les PFAS dans l’eau potable
En parallèle de l’exposition, le salon WaterTech s’est surtout distingué par son programme de qualité de tables rondes, de conférences techniques et d’ateliers. « Le programme record de près de 70 tables rondes et ateliers auxquels sont venus se greffer des présentations propriétaires en marge du programme officiel a rencontré un large succès auprès des 4 025 congressistes présents », affirme même l’organisateur pour l’ensemble des quatre salons. Preuve s’il en fallait de l’intérêt porté par les visiteurs, en tout cas pour certaines sessions – et contrairement à ce que d’aucuns ont pu regretter lors des éditions précédentes du salon Aquapolis – , près d’une cinquantaine de personnes au total ont participé à la table ronde intitulée « PFAS dans l’eau potable – Caractériser, traiter, se conformer : comment les acteurs font face aux exigences de 2023 et 2026 ? », en partenariat avec L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances.
Les intervenants du Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et d’IFP Énergies nouvelles (IFPEN) sont revenus sur le contexte réglementaire, avec la directive européenne (UE) 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) et, en particulier, le décret n° 2025-1287 du 22 décembre 2025 relatif à la sécurité sanitaire des EDCH. Sylvie Thibert (Sedif) a expliqué comment la surveillances PFAS a été mise en œuvre au syndicat.
Stéfan Colombano et Christian Blazquez, eux, ont présenté des projets menés respectivement par le BRGM et IFPEN pour extraire, concentrer et détruire les PFAS dans les eaux souterraines, voire les eaux superficielles. Comme il n’existe pas une solution unique, le développement de briques technologiques permet de s’adapter aux différents PFAS, à leur concentration, etc. : la sonocavitation ou un solvant polaire aprotique (BRGM) et le fractionnement par mousse (IFPEN). Et les trois intervenants n’ont pas esquivé la question de l’enjeu économique, c’est-à-dire les investissements nécessaires pour caractériser et traiter les PFAS dans l’eau potable.
La DERU 2 au cœur de deux sessions techniques
Parmi les autres thèmes abordés lors des tables rondes et des conférences techniques, on peut mentionner la directive révisée sur les eaux urbaines résiduaires (DERU 2), les eaux pluviales, les eaux dans les bâtiments, etc. Philippe Carrio, du Synteau[1], a profité de la conférence technique intitulée « Impacts concrets de la DERU 2 : chiffrages, calendrier, recommandations… » pour exposer des informations afin de répondre aux nombreuses questions sur la faisabilité de la DERU 2 et son applicabilité.
Lors de la table ronde intitulée « DERU 2 – Nouvelle règlementation européenne sur le traitement des eaux usées : l’ampleur du défi pour la France », les intervenants du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP), du Comité stratégique de la filière Eau (CSF Eau), de Huber Technology, de l’OiEAU et du Synteau ont fait le point sur plusieurs défis de la directive révisée : l’élimination de l’azote et du phosphore à horizon 2039, l’instauration d’une REP[2] pour les micropolluants des industries pharmaceutiques et cosmétiques, et l’obligation de surveiller certains paramètres sanitaires dans les eaux urbaines résiduaires.
Une « synergie » entre l’eau et le bâtiment
Lors de la conférence intitulée « Stockage à double fonction et valorisation de l’eau de pluie, comment transformer les obligations de gestion des eaux pluviales en opportunités pour la ville et le bâtiment ? », Frank Bourgois, des Industriels français de l’eau de pluie (IFEP), et Axelle Bertin, de Bouygues Immobilier, sont intervenus sur la manière d’agir localement face à la fréquence des pluies, leurs volumes et la violence climatique, ainsi qu’à une réglementation alourdie, alors que la rétention, l’assainissement et la réutilisation paraissent satisfaire aux problématiques posées à chaque collectivité, sur le papier en tout cas.
Ces différentes conférences techniques sur l’eau pluviale font dire à un acteur rencontré sur le salon que « l’organisation conjointe d’IBS et de WaterTech prend tout son sens en cela que la gestion des eaux pluviales devient un réel enjeu dans les bâtiments ». Pour l’UIE, les enjeux des visiteurs d’IBS – rendre les bâtiments plus autonomes en eau et plus économes, préserver la ressource, sensibiliser, récupérer et utiliser l’eau de pluie, recycler les eaux grises, maîtriser les eaux pluviales, renforcer les traitements, contribuer à la neutralité énergétique des territoires, etc. – rencontrent ceux des industriels de l’eau.
Une synergie réussie pour les quatre salons
Pour la première édition réunissant, à Paris Expo – Porte de Versailles, les quatre salons dédiés au bâtiment « intelligent », à l’éclairage « intelligent », aux territoires durables et à la gestion de l’eau, que sont respectivement Intelligent Building Systems (IBS), Intelligent Lighting Systems (ILS), InnoCity et WaterTech (anciennement Aquapolis ; voir EIN n°494), l’organisateur IBS Event se réjouit de la réussite de l’événement : « Il a attiré 206 exposants, en progression de 15 % par rapport à 2025 [à périmètre non constant, NDR], et 8 603 visiteurs, soit une hausse de 9 %, avec un temps de visite allongé de 20 %. » L’édition 2026 marque donc une étape importante dans le développement de ces rendez-vous professionnels, avec une ambition renforcée et une complémentarité accrue entre les différents domaines. « Cette édition contribue ainsi à créer une dynamique collective, à renforcer les synergies entre les filières et à favoriser l’émergence de nouveaux partenariats et de nouveaux projets concrets au service de la transition écologique et numérique des territoires », poursuit l’organisateur. La 17e édition des quatre salons aura lieu les 5 et 6 octobre 2027, toujours à Paris Expo – Porte de Versailles.

