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Demain, l'eau dans la ville

02 novembre 2021 Paru dans le N°445 à la page 93 ( mots)
Rédigé par : Jacques-olivier BARUCH et Pascale MEESCHAERT de EDITIONS JOHANET

En 2050, les villes auront adapté leur gestion de l’eau. Connectée, écologique… et chère sont les adjectifs qui caractériseront cette ressource vitale.

Un exercice de futurologie n’est jamais chose aisée. Surtout dans des moments de crise tels que nous les vivons ces derniers mois. Quelle trajectoire prendra la gestion de l’eau dans la ville à l’horizon 2050 ? Il semble clair que certaines tendances qui émergent vont s’enraciner profondément. Ainsi en est-il de la prolifération des capteurs en tous genres. La smart city sera bien là. Et la gestion de l’eau n’y coupera pas. « C’est un excellent moyen d’économiser cette ressource, assure Fabien Christin, dirigeant associé du bureau d’études Cereg et responsable du Pôle Hydraulique. La smart city permet d’observer les flux et donc les fuites mais aussi prédire et anticiper les phénomènes météorologiques ». « L’équipement numérique des réseaux va continuer, renchérit Vincent Jauzein, directeur de l’innovation technologique chez Saur. Cela se fera avec l’aide de logiciels d’aide à la décision afin de savoir où mettre aux mieux les capteurs. Nous n’avons pas le choix pour atteindre le minimum de 85 % de rendement ».
Birdz et Adeunis s’associent dans la création d’offres connectées conjointes au service de la politique environnementale des acteurs publics et tertiaires.

La création d’offres connectées au service de la politique environnementale des acteurs publics et tertiaires fait son chemin. Birdz, filiale de Veolia et Adeunis, deux acteurs reconnus pour leur succès dans la fourniture de solutions IoT (Internet des Objets), ont tout récemment annoncé la signature d’un contrat cadre de trois ans visant à compléter les offres Birdz de capteurs et solutions IoT Adeunis. L’objectif : digitaliser les bâtiments et équipements afin de mieux piloter l’efficacité énergétique du parc et fluidifier le facility management.

L’enregistreur de données série LR35 permet de couvrir et de surveiller de vastes zones avec des capteurs alimentés par batterie ayant une faible consommation d’énergie. Il est conçu pour la surveillance environnementale dans les applications intérieures et extérieures à l’aide de LoRaWAN : un protocole de mise en réseau multipoint.

Ces solutions proposées et installées par Birdz, intégrant les capteurs Adeunis, permettront de modéliser des tableaux de bord dynamiques sur l’efficacité énergétique des bâtiments pour guider les gestionnaires vers les actions correctrices à mettre en place. L’objectif étant d’éviter le gaspillage, de permettre des économies d’énergie et ainsi d’améliorer le confort des bâtiments. « Afin d’offrir à ses clients des solutions complètes répondant à de multiples cas d’usages pour l’efficacité énergétique de leurs bâtiments, Birdz a fait le choix de s’entourer de partenaires de confiance. En choisissant Adeunis, Birdz continue d’offrir à ses clients des solutions IoT intégrant des produits de qualité et répondant à leurs besoins » commente Xavier Mathieu, CEO de Birdz dans le communiqué. Et Frank Fischer, PDG d’Adeunis d’ajouter. « Nous sommes ravis de la signature de ce contrat avec Birdz, c’est la concrétisation de plusieurs années de collaboration réussies entre nos deux sociétés, dont les solutions combinées permettent d’œuvrer en faveur de l’efficacité énergétique, du contrôle de la qualité de l’air et de l’optimisation des opérations de maintenance ».

Avec 1Water, son SIG dédié à la gestion de l’eau de nouvelle génération, 1Spatial offre un système collaboratif basé sur une architecture orientée service. Associé avec des capacités d'exploitation des usines et des réseaux en 3D/BIM, 1Water accompagne toute l’activité de gestion pour la maîtrise du rendement du réseau d’eau potable (diminution des fuites, meilleure gestion des ressources en eau potable).

Si la smart city peut donc déjà compter sur les experts en ingénierie des systèmes d’information et de monitoring, tels que C2AI, Ewon, Geomod, Itron, Perax Technologies, Nogema Technology, Sensus et bien d’autres, cela va prendre du temps tant le secteur de l’eau est fragmenté et l’investissement nécessaire élevé. De plus, cet équipement technologique va générer une baisse du nombre d’agents de terrain. Or ceux-ci ont les connaissances indispensables au bon fonctionnement des réseaux. Pas facile alors d’atteindre un haut rendement dans ces conditions surtout dans les réseaux des petites communes qui n’ont pas les moyens de financer de lourds investissements.

Les prairies ont de multiples fonctionnalités 

Sans compter que « les gestionnaires de réseaux d’eau font également face à l’enjeu de l’arrêt de la technologie filaire RTC (Réseau Téléphonique Commuté) programmé à partir de 2022, rappelle Georges Dupont, Expert IoT chez Matooma. La technologie GSM avec l’utilisation d’une carte SIM M2M associée à une remontée en IP (données remontées à travers le canal Data) constitue l’alternative la plus crédible pour les services techniques. Elle offre, en plus, une fiabilité et une sécurité optimale. Grâce aux solutions multi-opérateur, comme celles proposées par Matooma, les gestionnaires peuvent ainsi bénéficier d’une couverture maximale et d’une continuité de service renforcée ».

Changement climatique oblige

Et pourtant, il va falloir effectivement économiser l’eau. Car changement climatique oblige, les événements extrêmes devraient se multiplier. L’eau va soit se raréfier sous l’effet de sécheresses ou de chaleur insupportable comme le dôme de chaleur au-dessus du Canada cet été, soit au contraire submerger les villes comme on l’a vu aussi cet été en Allemagne, en Belgique et en septembre dans le Gard, interdisant tout recours aux réseaux d’eau potable pendant un certain temps. Certaines villes comme Montpellier ont déjà investi dans un plan “ville en alerte”. Il intègre le suivi des phénomènes par un maillage de capteurs, la gestion en temps réel des bassins de régulation des eaux, la simulation des conséquences des évènements, le déclenchement des mesures de sûreté et la diffusion de l’alerte aux acteurs locaux et même aux usagers. Ce dispositif, développé en 2016, vise à réduire de 20 % les dommages générés par les inondations, grâce à une visualisation 3D des aléas et des enjeux hydrologiques sur le territoire.
Autre tendance, importante pour les plans d’urbanisme, la reconquête des grands lits des rivières, espace naturellement occupé par l’eau lors des crues. Certaines de ces zones sont déclarées inconstructibles afin que les dégâts comme ceux de Grabels (Hérault) en 2014 ou de la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes) en octobre 2020. Xavier Pelletier, préfet délégué chargé de la reconstruction dans les vallées, annonçait en mai dernier, dans les pages de notre confrère Le Moniteur, que « l’enseignement qu’il faut retenir, c’est de laisser le plus de place possible au lit majeur des rivières, de leur permettre de s’étendre, de dépenser leur énergie et de charrier ses matériaux, plutôt que de les contraindre et de générer des phénomènes d’accélération dans l’écoulement des eaux. La reconstruction se fera avec l’eau et ses exigences et pas contre l’eau ». Sous l’impulsion de l’Europe et des Agences de l’eau régionales, les règlements deviennent contraignants à défaut de vouloir réellement franchir le pas d’un vrai rapprochement les deux mondes de l’urbanisme et de l’eau. La loi Gemapi, (gestion des milieux aquatiques et à la prévention des inondations) donne une compétence exclusive et obligatoire aux communes et à leurs établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Elle a été créée par la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM) du 27 janvier 2014. Ces dispositions ont ensuite été complétées et mises à jour par la loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) du 7 août 2015, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 8 août 2016 et donc, la loi Gemapi du 30 décembre 2017. Elle concerne le grand cycle de l’eau. En ville, c’est le petit cycle qui prime, mais les deux sont liés.

Des solutions plus naturelles

L’eau reprend effectivement surface dans les plans d’aménagement des villes, qui se rendent compte que le bitume a pris trop de place dans l’écosystème urbain. Cette tendance à la désimperméabilisation semble devoir durer. « Face au développement urbain et à l’imperméabilisation des sols qui en découle, aggravant le risque d’inondation et entraînant le déversement d’eaux polluées dans le milieu récepteur (eaux pluviales strictes ou déversements de réseaux d’assainissement unitaires), il faut repenser la gestion de l’eau dans la ville, note Stéphane Troesch, directeur Recherche & Développement du bureau d’études EcoBird. Cela peut se faire soit en limitant le ruissellement (désimperméabilisation, toiture végétalisée, noue d’infiltration), soit en assurant leur traitement décentralisé avant rejet (filtres végétalisés,..), soit en réhabilitant les réseaux d’assainissement en conséquence et stations de traitement, ce qui coûte très cher. La solution naturelle est plus intéressante ». 
Filtre végétalisé pour la gestion et traitement des surverses de déversoirs d’orage à Marcy l’Etoile (69).

Pour EcoBird, ces solutions fondées sur la nature (SFN) apportent des solutions efficaces, économiques et écologiques à ces problématiques et offrent une réelle opportunité de repenser les villes de demain afin d’accroître leur résilience face aux contraintes du réchauffement climatique et de l’augmentation de l’urbanisation. « Ça prend de la place, mais ça coûte moins cher que la réhabilitation du réseau par exemple », complète Stéphane Troesch. Vincent Jauzein est moins enthousiaste. Il prévient de faire attention aux infiltrations souterraines. ImaGeau, une filiale de Saur, a montré que l’eau souterraine capte les polluants et les répand. La ville de Grenoble a tout de même choisi cette solution pour son parc Ouagadougou. Les pluies de ruissellement se concentrent dans ce parc récréatif ouvert au public. Ce type de bassin a de plus l’avantage de refroidir la ville. La Nouvelle Aquitaine a mis en place des démonstrateurs avec des toitures végétalisées, des noues enherbées, des cours d’école et des parkings désimperméabilisés. Ces solutions qui n’utilisent pas le réseau d’épuration peuvent amener à isoler certains quartiers comme en Belgique dans d’anciennes friches industrielles réhabilitées. « Le concept se diffuse petit à petit, déclare Fabien Christin. Dans le Parc du Luberon, 15 communes bénéficient du programme de désimperméabilisation. Ça crée de l’émulation ».

Les oasis de fraîcheur et les nouveaux usages de solutions de tri des effluents et des eaux usées font également progressivement leur chemin.

Nereus qui conçoit, développe et construit des solutions permettant d’agir face au changement climatique, a mené en collaboration avec ses partenaires F-Reg, Qista et la Compagnie du paysage, le projet Greenbow qui vise à lutter contre les effets d’îlots de chaleur urbains.

Lauréat de l’appel d’offre porté par la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques, Greenbow intègre l’expertise de Nereus en filtration dynamique sur disque céramique qui permet d’extraire une eau hygiénisée pour assurer un arrosage sans impact sur les ressources en eau et une maîtrise du risque sanitaire dû à la potentielle présence de moustiques.

Réorganisation des services

Mais qui, au sein des services municipaux, va gérer ces nouveaux espaces ? Les parcs et jardins ou les services de gestion de l’eau ? Les deux services ont des cultures différentes, le service de l’eau étant plus technique. Les communes, qui, comme Bordeaux ou Lyon, reprennent possession de la gestion de l’eau en régie municipale au détriment des grands groupes privés, vont devoir se réorganiser, les services se concerter.


 En même temps, le retour en régie, politiquement souhaité, va coûter cher aux collectivités, et donc aux usagers, car il faudra embaucher beaucoup de personnel et avoir les moyens pour investir dans l’entretien des réseaux et dans la protection des ressources. « En conséquence, le coût de l’eau devrait nécessairement croître, avertit Kevin Caillaud, sociologue chargé de recherche à l’Inrae, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Mais qui pourra dire ce qu’il en sera en 2050 ? De multiples trajectoires sont possibles. L’histoire de Bordeaux et Lyon va servir d’exemple positif ou négatif. Nous aurons une réponse dans les cinq années qui viennent ».

Les usagers vont décider

Reste que ce ne sont ni les nouvelles technologies ni même la météorologie qui va décider de l’utilisation de l’eau en ville, mais bien les usagers. « La tendance est à la baisse de la consommation en ville l’innovation technologique domestique (électroménagers plus économes), la sensibilisation des usagers aux économies d’eau, mais aussi du fait de l’exode urbain qu’on voit apparaître en France comme en Allemagne et de la disparition des certaines gros consommations industriels », poursuit Kevin Caillaud. 

Par cette baisse de consommation et par le manque d’eaux pluviales dans les réseaux d’assainissement dû à la création de bassin de rétention, les réseaux pourraient s’engorger par l’absence d’effet de chasse et devenir des nids à moustiques. Si ces réseaux ne sont pas entretenus, comme c’est le cas actuellement, on pourrait voir apparaître une gestion de l’eau à deux vitesses. « Les familles aisées pourraient se créer des systèmes autonomes, tandis que le reste de la population aurait un service dégradé », estime Kevin Caillaud. Pour ce faire, elles pourraient bénéficier des tentatives actuelles d’autonomie de bâtiments ou d’ilots en les isolant des autres quartiers. Le concept de “reuse”, la réutilisation de la chaleur des eaux usées ou des eaux pluviales, avance même si, pour l’instant, l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, semble un peu frileuse en ce moment.

À suivre donc, même si l’avenir n’est jamais écrit. 


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