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[Tribune] REUT : vers une approche plus circulaire de la gestion de l’eau ?

21 octobre 2021 Paru dans le N°446 ( mots)
© Xylem

Maîtrisée et écoresponsable, la réutilisation des eaux usées traitées doit s’affirmer comme le moyen de participer à la préservation de l’équilibre hydrique des territoires, défend Olivier Lamarie, PDG Xylem France et BeLux. A condition d’accompagner les élus dans l’acceptabilité sociale des procédés et de consacrer les investissements nécessaires à l’évolution des infrastructures.

Alors qu’un quart de l’humanité est aujourd’hui déjà confronté à un stress hydrique élevé, la gestion de l’eau est l’un des défis majeurs que nos sociétés auront à relever dans les prochaines décennies. Car les événements climatiques extrêmes se multiplient un peu partout sur la planète, et dans le même temps, l’accroissement de la population mondiale et l’industrialisation se poursuivent, diminuant de fait un peu plus chaque année la quantité d’eau disponible. 

Dans ce contexte d’urgence, il est essentiel de repenser notre gestion de l’eau et d’étudier toutes les solutions permettant de réduire la tension sur la ressource. Parmi elles, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Déjà largement utilisée dans certains pays comme Israël ou l’Espagne (qui réutilisent respectivement 90% et 14% de leurs eaux usées traitées), elle peine aujourd’hui encore à s’installer en France (moins de 1%) [1]

En cause : une règlementation particulièrement stricte et des collectivités encore timides, effrayées par la perception de la REUT par leurs usagers, dans notre pays où l’accès à l’eau potable en abondance est encore considéré par beaucoup comme une évidence. Et pourtant …

On n’a pas besoin d’eau potable pour laver les rues !

Au-delà de la brève de comptoir bien connue, et techniquement pas tout à fait vraie (la plupart des collectivités utilisent de l’eau brute non traitée, impropre à la consommation, pour l’entretien de leurs voiries), force est de constater que nous ne pouvons plus nous « payer le luxe » d’utiliser de manière indifférenciée de l’eau claire pour l’ensemble de nos usages.

Quelques collectivités ont d’ailleurs commencé à œuvrer pour ce changement de pratiques, et utilisent de l’eau recyclée, ici pour arroser des espaces verts, là pour irriguer un terrain de golf, ou encore pour nettoyer des canalisations urbaines. 

Le CEREMA a ainsi recensé, entre 2015 et 2017, près de 150 projets en cours ou en phase d’élaboration en France, aussi bien pour des usages agricoles qu’urbains [2]. Ces premiers retours d’expérience démontrent l’utilité de la REUT, et sa bonne acceptabilité par la population.

A condition, bien sûr, que la technologie de traitement (aération, désinfection, oxydation,…), qui permet de rendre les eaux usées « grises », soit parfaitement maîtrisée, et qu’elle ait le moins d’impact possible sur l’environnement. 

La REUT, c’est l’évènement du seconde main en circuit court !

Les signaux sont donc plutôt favorables pour que la REUT soit enfin considérée en France comme une alternative fiable et durable pour préserver la ressource en eau, sans risque sanitaire ou environnemental. D’autant plus que les usages potentiels, au-delà de ceux déjà expérimentés, sont variés : arrosage des toitures végétalisées en ville, irrigation agricole, nettoyage des véhicules, …

Les pouvoirs publics semblent également prendre la mesure de l’enjeu. Les Assises de l’Eau de 2019 ont prévu de tripler les volumes d’eaux non conventionnelles réutilisées d’ici 2025, et le parlement européen a validé en mai 2020 le futur règlement sur la réutilisation des eaux usées traitées, applicable dès 2023.

Deux facteurs restent donc aujourd’hui déterminants pour permettre d’accélérer le déploiement de la REUT partout sur notre territoire : d’une part, un travail de terrain des collectivités pour améliorer l’acceptabilité sociale de ces procédés, et d’autre part, un investissement conjoint de tous les acteurs de l’eau pour mettre en place les infrastructures nécessaires à son déploiement (aménagement des stations de traitement des eaux usées et systèmes d’acheminement des eaux grises notamment). 

Le tout pour répondre à un objectif enthousiasmant et nécessaire : inventer de nouveaux usages intelligents de l’eau, dans une logique très actuelle d’économie circulaire, et in fine, agir de manière concrète sur la préservation de cette ressource si précieuse.


[2] Source CEREMA (centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement - établisse- ment public à caractère administratif placé sous la tutelle conjointe du ministre de la transition écologique et solidaire, et du ministre de la cohésion des territoires) : https://www.cerema.fr/system/files/documents/2020/07/2020_06_pano- rama_reut_pour_edition_vdef-1.pdf

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