Les entités Vinci Autoroutes, Sogea Environnement du groupe Vinci ont développé une solution flexible, mobile et complète (traitement, filtration, stockage) pour fournir en eau les chantiers à partir d’eaux non conventionnelles.
La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) peut prendre des formes bien différentes entre le nettoyage des trottoirs, l’irrigation d’espaces verts, le lavage d’équipements industriels, l’utilisation comme eau de refroidissement, etc. Une équipe multidisciplinaire de la branche Construction du groupe français Vinci, elle, a développé une solution de réutilisation des eaux non conventionnelles pour des chantiers de construction d’autoroutes, sous la marque REUT by Vinci.
Les entreprises comme Vinci Construction sont confrontées à plusieurs défis en termes de gestion durable de l’eau par les collectivités et les industries, à savoir les besoins croissants en eau, la pression sur les ressources naturelles, une augmentation des conflits d’usage et des périodes de restrictions d’usage, mais aussi en termes de cadre réglementaire favorable à la réutilisation des eaux usées, qui est l’une des priorités de la planification écologique du Plan Eau[1] annoncé en 2023 par le gouvernement.
« Nous avons été marqués par l’épisode de sécheresse en 2022, qui a impacté notre activité économique. Lorsqu’un arrêté de restriction de l’usage de l’eau est pris, les chantiers – ils ont besoin d’eau pour dépoussiérer ou humidifier les matériaux – , les usines d’émulsion de bitume, les petites centrales à béton, etc. sont les premiers à être arrêtés », se souvient William Pône[2], chargé de projets au sein de la direction de la maîtrise d’ouvrage Ouest de la direction des opérations territoriales Sud-Ouest de Vinci Autoroutes.
Lauréat du prix de l’environnement 2024
« Dans le cadre du prix de l’environnement Vinci 2024, organisé par le groupe en interne au niveau mondial dans trois secteurs (biodiversité, réchauffement climatique et économie circulaire), notre projet a fait partie des 12 innovations récompensées par le jury final. Ce prix se traduit par un accompagnement, un budget, du coaching, etc. pour porter ces solutions », se félicite Thierry Delaunay, responsable Environnement au sein de la direction de la maîtrise d'ouvrage (ASF Ouest) de Vinci Autoroutes.
Les objectifs de REUT by Vinci réside dans la réduction du gaspillage et l’optimisation des usages en travaillant sur la circularité par la valorisation des ressources non conventionnelles (eaux grises, eau de pluie, eaux issues de procédés industriels ou agricoles), ainsi que dans une solution répondant à l’ambition du groupe « d’être un acteur innovant du traitement d’eau » (Ambition Environnement 2030). « On parle, ici, d’eau venant de bassins industriels, de bassins de carrière, de bassins d’eau pluviale, etc. Nous nous sommes rendu compte que les filiales de Vinci Construction ont à disposition une énorme ressource interne d’eaux non conventionnelles (lagunes autoroutières et de carrière, stations d’épuration [STEP] sur les aires d’autoroute) », poursuit Thierry Delaunay.
La solution REUT by Vinci se présente sous la forme d’une unité flexible, autonome, mobile (conteneur de 20 pieds de long) et complète. « Après une pompe en entrée se trouvent les briques suivantes : une floculation/filtration, une désinfection UV et une chloration. Elle assure une rémanence par recirculation pour éviter une prolifération bactérienne, car les eaux sont stockées dans des bâches souples d’un volume de 120 m3. La surveillance des mesures de pH, de chlore, de turbidité, de DCO, de DBO, etc., ainsi qu’un automate, des routeurs et une supervision – pour un accès à distance à l’unité et des téléalarmes – complètent l’ensemble », explique Lionel Mouran[3], directeur Travaux chez Sogea Environnement.
Une première expérimentation sur un chantier
Une autre brique technologique, logicielle cette fois, fait en effet partie de REUT by Vinci. « Il s’agit d’un outil de cartographie, qui nous permette d’avoir accès à l’ensemble des ressources en eaux non conventionnelles et, donc, de réaliser l’étude de faisabilité opérationnelle pour chaque projet. Cette cartographie était faite manuellement, de manière empirique, au tout début, mais c'était extrêmement chronophage. Comme ce n’est pas notre métier, nous nous sommes fait accompagner par Murmuration, un expert en cartographie, et le bureau d'études Ecofilae », explique Stéphanie Guillem, ingénieure chargée d’affaires chez Sogea Sud-Ouest Hydraulique – Vinci Construction France.
La solution REUT by Vinci n’est plus une idée sur le papier puisqu’elle a déjà été mis en œuvre dans une première expérimentation sur le terrain. « Pour des raisons de sécurité, nous avons choisi un chantier de rénovation des chaussées sur l’A62, entre Langon (Gironde) et Marmande (Lot-et-Garonne), mené par l’entreprise Eurovia, autre filiale du groupe français, et dont Vinci Autoroutes est le maître d’ouvrage, pour plusieurs raisons. Les besoins en eau peuvent être importants (entre 1 500 et 3 500 m3) et, en étant fermés au public, les chantiers autoroutiers sont très encadrés en termes de sécurité – par exemple, les eaux utilisées pour refroidir les raboteuses d’enrobé et abattre les poussières sont récupérées dans des bassins », précise William Pône (Vinci Autoroutes).
S’ouvrir à de nouvelles activités
Si le retour d’expérience a été positif, Sogea Environnement doit encore optimiser la solution (notamment les débits) pour réduire les contraintes technico-économiques sur la base de cette première expérimentation, d’en déployer d’autres cette année, en particulier sur des chantiers de Vinci Autoroutes avec l’exploitation d’autre type de ressources en eaux non conventionnelle (lagune autoroutière), et de questionner, avec les services de l’État, l’évolution de la réglementation pour favoriser le déploiement de la solution sur d’autres sites. « Les services de l’État nous ont très bien accompagnés ; c’est grâce à eux que nous avons pu mener l’expérimentation sur l’A62 », tient à préciser Thierry Delaunay (Vinci Autoroutes).
Les autres étapes restantes sont le référencement de toutes les ressources d’eau non conventionnelles au sein du groupe (STEP, bassins autoroutiers, de carrières…) ainsi que l’identification des prospects et la proposition d’une offre de réutilisation pour chaque ressource. Thierry Delaunay ajoute « que nous sommes à la recherche de partenaires, afin d’ouvrir REUT by Vinci à de nouvelles activités (travaux BTP, matériaux de construction, stockage d’eau, propreté urbaine et hydrocurage, chantiers de construction…), à des clients extérieurs ».
[1] Le Plan Eau prévoit la réutilisation des eaux usées traitées à hauteur de 10 % d’ici 2030.
[2] À l’époque, conducteur de travaux au sein de la direction de la maîtrise d’ouvrage de la direction des opérations de Toulouse de Vinci Autoroutes.
[3] À l’époque, chargé d’affaires chez Sogea Environnement.

