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SIG Web pour la gestion patrimoniale : quels avantages?
Antoine Bonvoisin de GROUPE ROUGE VIF 30 septembre 2019 Paru dans N°424 - à la page 87

Les Systèmes d’information géographique Web (Saas) se sont grandement développés depuis une dizaine d’années. Quels sont leurs avantages et leurs limites par rapport aux SIG traditionnels ? Dans quels cadres les Saas sont-ils utilisés ? Différents acteurs proposent des solutions variées permettant aux collectivités et aux entreprises de gérer et d’exploiter leurs réseaux et l’ensemble de leur patrimoine.

Dans une industrie, le patrimoine peut désigner l’ensemble des machines et autres équipements que celle-ci détient. Pour une collectivité, le patrimoine désignera plutôt les réseaux, les espaces verts, les éclairages publics, ou tout autre équipement. Afin de gérer, de visualiser et de maintenir ces différents patrimoines, les entreprises et les collectivités ont besoin de solutions SIG pour saisir et exploiter les données spatiales recueillies.
CARL Maps de CARL/Berger-Levrault est une solution multi-échelles qui permet d’exploiter et interagir avec les cartes (SIG), les plans et les maquettes BIM depuis le progiciel GMAO/GTP CARL Source.

Dans le domaine de l’eau, les solutions sont nombreuses (voir à ce sujet notre dossier dans EIN n° 405) : ArcGIS for Water utilities d’Esri, Wat.gis de Somei, CARL Maps Gis de CARL/Berger-Levrault, Kis d’Altereo, ViSit Anywhere® de Géotech, Netgeo® et SmartGeo© de GiSmartware, IWat.gis de Somei, arcOpole PRO Réseau et Geomap GIS édités par Geomap-Imagis, repris par 1Spatial qui développe Elyx Aqua, sans oublier les applications développées par DHI, Wincan ou Ypresia. Elles sont aussi diversifiées et s’associent couramment avec des briques métiers permettant d’optimiser la gestion des réseaux, de gagner en productivité. « Nous éditons des logiciels pour que les clients visualisent, gèrent, et entretiennent leur patrimoine », explique Laurent Truscello, Responsable produits et services métier chez CARL/Berger Levrault. « Le SIG est important pour la gestion des patrimoines linéaires notamment (les réseaux d’éclairages, réseaux d'eau, d’assainissement), car la vision du territoire sur une carte facilite la compréhension et la visualisation du patrimoine diffus et ponctuel (par exemple la position de bâtiments, des hydrants, etc.). Notre société ne développe pas de logiciels SIG, mais nous sommes éditeur et intégrateur de solutions de Gestion de Maintenance Assistée par Ordinateur (GMAO) et de Gestion Technique du Patrimoine (GTP) à laquelle nous associons les dimensions cartographiques apportées par les SIG. Nos clients géopositionnent leurs patrimoines, ainsi il y a une traçabilité complète de l’activité des services techniques (maintenance curative, préventive, réglementaire…), tout au long de son cycle de vie jusqu’à sa démolition ».

Accéder aux données à distance grâce aux solutions Saas

Auparavant, les données patrimoniales étaient le plus souvent hébergées en interne par les entreprises et les collectivités. Des logiciels, comme ArcGIS par exemple, permettent de réaliser des cartes à partir des données et de les exploiter. Avec les Saas, le principe est sensiblement différent. Généralement, les serveurs et les données sont hébergés en externe, dans le cloud par exemple, ou sur des serveurs proposés par une société d’hébergement. En outre, les Saas peuvent permettre d’accéder aux données à distance, et donc de faire en sorte que celles-ci puissent être exploitées directement par de simples outils web, via des navigateurs ou des applications, et dans certains cas diffusés en externe.
KIS d’Altereo est conçu pour produire des données géographiques métier, de façon sûre et productive, sans installation et avec une prise en main intuitive. Il ouvre l’accès à la mobilité terrain en mode connecté ou déconnecté et s’adresse aussi bien aux opérateurs dépourvus de compétences géomatiques qu’aux experts métier à travers des outils d’analyse et de reporting.

« La donnée patrimoniale est une donnée sensible, qui a de la valeur, et les collectivités ou entreprises ne souhaitent pas spécialement que les données soient accessibles à toute personne », précise Laurent Truscello. « Par exemple, une ville ne souhaite généralement pas montrer tous les aspects de son réseau électrique, ou d’autres réseaux, comme celui des transports. La granularité des données conditionne souvent la diffusion des données ».

Les logiciels de SIG aujourd’hui proposent donc les deux possibilités, des systèmes de diffusion de cartes en interne, ou sur le web. « Les Saas ont apporté plusieurs évolutions : elles ont permis à des acteurs qui détenaient moins de moyens et de compétences d’accéder à ce genre d’outils. Avant il fallait acheter les solutions et avoir les compétences pour s’en servir », explique Laurent Truscello.
Dans la gestion des données patrimoniales, on trouve d’une part les intégrateurs, qui saisissent et maintiennent les données, et d’autre part tous les autres acteurs de l’entreprise qui ont besoin d’exploiter ces données.
La société Somei distingue bien ces deux problématiques en proposant son outil Saas Wat.gis pour la deuxième catégorie.

Exploiter les Saas tout en conservant les SIG existants

« Nous proposons des solutions Saas depuis 5 ans environ. Celles-ci ont grandement changé les choses. Avant, pour visualiser les données spatiales, il fallait détenir les bons logiciels SIG, et disposer des bonnes personnes pour savoir comment s’en servir. Maintenant, on peut avoir une exploitation industrialisée et simplifiée côté métier. L’offre s’est diversifiée : auparavant on ne disposait que des logiciels SIG généralistes, aujourd’hui on peut avoir à disposition des applications métiers spécialisées. Chaque Saas a sa spécialité fonctionnelle, et de plus en plus de ces solutions peuvent dialoguer entre-elles », explique Nicolas Tricart.
Somei propose à ses clients de conserver leur solution SIG existante pour gérer la saisie de la donnée. La solution Saas développée permet ensuite une vraie exploitation de ces données dans des applications métier Web et mobiles déconnectées.

« Spécialistes de la gestion de l’eau, notre solution Saas Wat.gis peut être utilisée dans un navigateur Web ou en mobilité de manière totalement déconnectée pour saisir de la donnée spatiale, sans obliger l’exploitant à sortir de son application métier, précise Nicolas Tricart. Comme nous savons que les agents réseau n’ont généralement pas à saisir directement de la donnée patrimoniale, Wat.gis permet de digitaliser des données de type remontés terrain : objets manquants, points de fuites…. Notre solution n’a pas vocation à permettre de dessiner toute une extension de réseau par exemple, on laisse nos clients conserver leur solution SIG bureautique pour faire cela ».

Somei propose ainsi aux clients de conserver leur solution SIG existante pour gérer la saisie de la donnée. La solution Saas Wat.gis développée par Somei permet ensuite une exploitation de ces données dans une application métier Web et mobiles déconnectée à destination des agents d’exploitation. Wat.gis permet, entre autres, de procéder à des simulations d’arrêts d’eau avec détection des abonnés impactés, une gestion des interventions réseaux ou encore la mise en place de programmes de maintenance.

« Nous travaillons avec le groupe des Eaux de Marseille et Eau de Paris qui sont nos deux plus gros clients. Nous travaillons également avec un ensemble de régies plus petites en eau et en assainissement ».

GiSmartware est une entreprise éditrice de logiciels métiers SIG qui propose la solution SmartGeo Saas pour de nombreuses collectivités ou des groupes privés (Vinci, Veolia), dans les domaines de l’eau, des télécoms ou de l’énergie. « Aujourd’hui, la plupart de nos clients ne souhaitent plus héberger chez eux de grosses infrastructures informatiques, ils préfèrent consommer simplement des services sans ces contraintes », explique Nicolas Angenieux, Directeur des Pôles Water & SmartCity. « Au lieu d’installer des bases de données chez eux, ils vont se connecter sur une plateforme web pour consommer les services proposés. La non-localisation de la donnée au sein de la structure n’est plus un frein au déploiement des solutions Saas. De récentes évolutions de règlementation Européenne telle que le RGPD, sont de nature à rassurer nos utilisateurs prêts à franchir le cap du Saas ».

Application Android SmartGeo Mobile consommant un service SaaS de maintenance.

Les solutions Saas proposées par GiSmartware impliquent un hébergement externalisé chez des hébergeurs professionnels (Cloud ORACLE, OVH, etc.). Une fois l’hébergement mis en place, la société propose des outils métiers pour travailler les données en ligne, et gérer l’exploitation et la maintenance des réseaux. Les solutions Saas permettent également un accès simplifié aux données des nombreux objets connectés (Geo-IoT) qui permettent de monitorer les réseaux.

L’hébergeur garantit l’accès et le stockage des données, GiSmartware garantit leur exploitation. Celles-ci doivent parfois être hébergées en France, pour des questions de sécurité. Ces aspects d’accessibilité des données sont de plus en plus gérés par l’éditeur qui doit garantir un service au client.
Visualisation des caractéristiques d’une conduite ayant fait l’objet d’une inspection télévisuelle via InfoAsset Online, distribué par Geomod.

Dans certains cas, les données peuvent être librement accessibles pour tous via le web. « Un de nos clients est la Communauté Urbaine d’Alençon, qui met notamment en accès public des informations sur ses réseaux d’eau potable et d’assainissement », souligne Nicolas Angenieux. « Les données sensibles ne sont évidemment pas accessibles mais une partie peut être consultable par tous. Les solutions Saas favorisent la communication d’informations sous réserve d’une gestion des droits stricte ».

Les solutions de 1Spatial offrent une application bureautique pour les postes experts au bureau d’études, et des applications web et mobiles pour l’exploitation et le suivi des interventions par un grand nombre d’utilisateurs. Les postes web disposent de fonctionnalités dédiées définies en fonction du profil de l’usager, de sorte que chaque profil d’utilisateur peut avoir une interface personnalisée. Les solutions 1Spatial sont déployables en mode Saas, chez le client sur son infrastructure, ou en mode hébergé sur des serveurs externalisés ou mis à disposition par l’entreprise, qui propose plusieurs packages d’hébergement. « C’est souvent la taille du projet, et la quantité d’actifs à gérer qui conditionne l’architecture technique, explique-t-on chez 1Spatial. Dans les métiers de l’eau, le SIG est une brique d’un système plus large, qui englobe la gestion de clientèle, la facturation, les interventions, la GMAO, la sectorisation, les DT-DICT… Le mode SaaS permet un déploiement aisé au fur et à mesure de la montée en puissance des applications et du nombre d’utilisateurs ».

Un meilleur partage de l’information et une plus grande facilité d’utilisation

Les solutions Saas, qui sont utilisées depuis une dizaine d’années, ont principalement permis d’améliorer tout ce qui concerne le partage de l’information le travail collaboratif et la facilité d’utilisation des données pour les clients : plus besoin pour une entreprise ou collectivité de disposer de grosses infrastructures, de solutions lourdes, maintenant un simple navigateur web ou application mobile permet l’accès aux données. Les Saas ont simplifié les compétences nécessaires en interne pour gérer les outils. De nombreux aspects techniques peuvent être délégués à l’éditeur ou l’hébergeur, et le client a moins de compétences informatiques à mettre en œuvre, il peut ainsi se concentrer sur son métier.

Au niveau financier, les Saas reposent généralement sur un système d’abonnement. Ces solutions permettent donc de lisser les coûts de fonctionnement, avec des frais d’abonnement réguliers dans le temps, et il est toujours possible de résilier le service. Les Saas permettent donc plus de flexibilité que lorsqu’un gros investissement doit être réalisé au démarrage d’une activité.

Esri est un éditeur de logiciels de SIG. La plateforme ArcGIS, que propose Esri, se décline sous différentes formes, avec des solutions entièrement installées chez le client, ainsi qu’un ensemble de solutions en mode Saas donc hébergées par Esri avec la plateforme ArcGIS Online.
KIS d’Altereo est conçu pour structurer une base de connaissances visant la gestion patrimoniale avancée. L'application mobile HpO collect permet de capitaliser de manière sûre et détaillée les données de défaillances des réseaux, nourrissant ainsi l'intelligence artificielle HpO développé par Altereo fin 2018 pour prédire le risque de défaillance et optimiser les stratégies de recherche de fuites et les cibler les programmes de renouvellement des réseaux.

« Nous travaillons avec Veolia et Suez dans le monde de l’eau, et plus globalement avec tous les délégataires de service public » explique Yann le Yhuelic, Directeur commercial du secteur Réseaux & Energies chez ESRI France. « Esri œuvre dans le monde du SIG depuis très longtemps, et intervient auprès de nombreuses collectivités sur la gestion et la cartographie des réseaux et du patrimoine ».

Geosigweb, est une plateforme spatiale de gestion et d’organisation permettant de faire de la cartographie décisionnelle et intuitive via le net.

Une collectivité va pouvoir utiliser le cloud d’Esri pour la gestion de ses données : la visualisation du patrimoine, l’accès à des applications mobiles pour collecter de la donnée sur le terrain, pour mener des enquêtes auprès du public ou encore pour donner accès aux citoyens à différentes informations.

« Nous avons des applications qui permettent de restituer dans un tableau de bord des indicateurs sur l’état du réseau, ou d’autres informations, comme les incidents ou les interventions en cours ou à venir » précise Yann le Yhuelic.

ArcGIS, une solution évolutive pour la gestion des données en mode Saas

Au départ, ArcGIS Online permettait principalement d’accéder à un certain nombre de données et de les visualiser. Aujourd’hui, Esri met à disposition des “apps” simples d’utilisation pour réaliser d’autres opérations, comme la collecte de données sur le terrain, ou faire la gestion des interventions sur le terrain par les techniciens. Esri a donc progressivement renforcé les applications proposées dans son catalogue, notamment avec la gamme de produit arcOpole PRO édité par son partenaire Geomap-Imagis, qui développe des applications de gestion des réseaux humides, sur poste bureautique, web et mobile.
La solution Geoconcept Web permet de concevoir facilement des sites cartographiques sur Internet et intranet et d’intégrer des Web Services géographiques dans des applications : affichage cartographique, géocodage, normalisation d’adresses, optimisation, calcul d’itinéraire, recherche de proximité, calcul de matrice, etc....

« En dehors des applications mobiles, nous développons des applications web qui permettent de gérer le patrimoine et partager des informations entre les différentes parties-prenantes d’une collectivité ou même du grand public » poursuit Yann le Yhuelic. « Pour le grand public, on peut montrer les interventions en cours, les arrêts de service au niveau du quartier par exemple, on peut informer sur la planification d’interventions, les routes ou réseaux qui vont être impactés par des interventions, on peut également informer les clients potentiels sur la capacité d’être raccordable à un réseau gaz ou télécom notamment ».

L’intérêt des solutions Saas pour le client est de pouvoir se concentrer sur le métier sans avoir à se préoccuper des aspects IT : toutes les données sont exportées en externe, un système informatique et des serveurs conséquents ne sont donc plus nécessaires, des applications prêtes à l’emploi sont disponibles. Les collectivités sont donc en autonomie sans avoir à s’occuper des grosses contraintes techniques. En outre, les Saas offrent des performances adaptées sur-mesure au client : quel que soit le niveau d’usage des applications, Esri fait le nécessaire pour fournir au client ce dont il a besoin.

« D’un point de vue commercial, le modèle Esri est basé sur un nombre d’utilisateurs et des crédits. Le coût est lié à l’usage », explique Yann le Yhuelic. « Nous avons différentes catégories d’utilisateurs, certains disposent uniquement de capacité de consultation de données et de visualisation de carte, d’autres peuvent consulter et collecter des données sur le terrain, et d’autres encore sont en capacité d’administrer le référentiel et d’éditer les données. Nous pouvons adapter les outils aux besoins des utilisateurs, ainsi que les coûts en fonction des usages ».

Esri offre également beaucoup de liberté sur l’hébergement des données. Un client peut ainsi profiter des solutions Saas d’Esri tout en ayant ses données hébergées en local. Certaines politiques de sécurité ne permettent pas d’externaliser les données, ce qui permet donc de s’adapter à ce genre de contraintes.