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Diagnostic des macrodéchets collectés sur deux bassins versants du territoire de la Métropole de Lyon

19 decembre 2025 Paru dans le N°487 ( mots)
Rédigé par : Agathe DENOT, Claudie BRIAND-PONZETTO, Charlotte RENOUF et 6 autres personnes

Dans le cadre de sa démarche de prévention et de réduction des macrodéchets sur son territoire, la Métropole de Lyon s’est associée au Cerema et à WAO Nature & Conservation pour réaliser un état des lieux de la nature et de la quantité de macrodéchets abandonnés sur les espaces publics des bassins versants Vosges et Ravin. Les investigations ont permis d’identifier les zones commerciales comme les activités les plus émettrices en macrodéchets, soulignant aussi la présence importante de déchets plastiques.

Figure 1 : Localisation de la zone d’étude.

La Métropole de Lyon agit pour prévenir et réduire les macrodéchets sur son territoire et notamment ceux transitant par ses réseaux d’assainissement et se déversant dans les cours d’eau. Pour cela, elle s’est entourée du Cerema et de WAO Nature & Conservation pour réaliser un état des lieux de la nature et de la quantité de macrodéchets abandonnés sur les espaces publics de deux bassins versants (BV), hors territoire très urbanisé. Une analyse cartographique a permis de subdiviser la zone-pilote en 21 sous-bassins en fonction de l’occupation des sols, des activités anthropiques et du ruissellement évalué par la topographie.

Des ramassages au sol ont été menés par les acteurs de la collectivité et des caractérisations des macrodéchets collectés ont été réalisées en laboratoire. Ces investigations ont permis d’identifier les zones commerciales comme les activités les plus émettrices en macrodéchets, soulignant aussi la présence importante de déchets plastiques. Les données recueillies des 21 sous-bassins pourront être extrapolées à d'autres territoires de la Métropole de Lyon en fonction des occupations de sols et des catégories d'activités anthropiques. Cette phase amènera des réflexions sur les mesures à mettre en œuvre afin de réduire l'occurrence des macrodéchets déversés dans les réseaux d’assainissement et les cours d'eau.

CONTEXTE

Dans le cadre du plan Biodiversité de 2018, la France a élaboré un plan d’action « zéro déchet plastique en mer ». Tous les acteurs sont concernés pour réduire le transfert de déchets vers les rivières et les mers, en premier lieu les collectivités, en charge de la gestion des déchets des ménages et de la sécurité et de la salubrité publique, et qui collectent et traitent les déchets de leur territoire. Ainsi, la Métropole de Lyon, désireuse d’agir contre ces pollutions, s'est engagée, avec l'appui du Cerema et de WAO Nature & Conservation, dans une démarche de réduction des macrodéchets.

Le premier travail a consisté à connaître la qualité et la quantité de macrodéchets, échappant à la collecte, générés sur deux bassins versants, Vosges et Ravin, représentatifs d'un territoire moins urbanisé que les centres villes (voir Figure 1). Pour répondre à cet objectif, un diagnostic a été réalisé en deux temps : un, l'analyse cartographique du territoire des deux bassins versants afin de distinguer des sous-bassins versants ayant des caractéristiques homogènes et, deux, la réalisation d'investigations de terrain pour collecter et analyser les macrodéchets déposés au sol, s'accumulant aux points bas topographiques et/ou récupérés par le système d’assainissement. La localisation de la zone d’étude avec les deux bassins versants est présentée à la figure 1.

MATÉRIELS ET MÉTHODES

Diagnostic territorial

Située au nord de la Métropole de Lyon, la zone d’étude, délimitée par les deux bassins versants des Vosges et du Ravin, se développe sur une surface totale d’environ 17 km² : 7,35 km² pour le premier et 9,89 km² pour le second. L’occupation du sol pour l'ensemble du territoire des bassins versants des Vosges et du Ravin a été analysée par l’exploitation des données du plan local d’urbanisme et de l’habitat (PLU+H) de la Métropole de Lyon. Une analyse cartographique a été menée pour subdiviser les deux bassins versants en sous-bassins ayant des caractéristiques homogènes. Pour cela, il a été retenu d’exploiter un modèle numérique de terrain à la maille de 1 m, réalisé à l’aide du référentiel grande échelle (RGE ALTI 1 m). Cela a permis de définir les axes de ruissellement. Puis, les sous-bassins ont été définis sur la base d'une occupation des sols et d'une activité anthropique homogènes. Ainsi, il a été identifié les typologies de sous-bassins suivantes : urbain pavillonnaire, urbain collectif, naturel, commercial, industriel et mixte. Les sous-bassins ont également été caractérisés par leurs surfaces et la densité de population évaluée sur la base des données statistiques de l’Insee. Les investigations de terrain de collecte et de caractérisation des macrodéchets ont été ainsi associées à un type de sous-bassin.

Investigation de terrain

Des investigations de terrain ont été menées, en associant les acteurs du territoire en charge de la gestion et de l’exploitation de l’espace public de la Métropole de Lyon afin de :

  • contrôler la conformité des sous-bassins identifiés lors du diagnostic territorial sur l’unique analyse de données géoréférencées — les sous-bassins difficilement accessibles ont été écartés de l’étude ;
  • collecter les macrodéchets diffus sur les voies et espaces publics, hors déchets verts — au total, quatre campagnes de prélèvement ont été réalisées sur la période de mars à juin 2023 ;
  • identifier les natures et les quantités de macrodéchets par sous-bassin.

Pour chaque campagne de terrain, les macrodéchets ont été collectés et analysés en laboratoire. Après un séchage à l’étuve à +50 °C pendant 24 h, les déchets ont été triés, pesés et classés selon la classification européenne des déchets (voir Tableau 1), référence en matière de prévention et de gestion des déchets. Les résultats des comptages ont été extrapolés pour les 21 sous-bassins étudiés sur une année calendaire en tenant compte de leurs surfaces et du nombre d’habitants. Une extrapolation à l’échelle des bassins versants des Vosges et du Ravin a ensuite été réalisée. Ce protocole permet de renseigner les origines des déchets et de discuter des filières de traitement. En parallèle, les déchets ont été caractérisés selon le protocole internationalement reconnu dit OSPAR, qui permet de différencier les items de manière très précise.


RÉSULTATS ET DISCUSSIONS

Diagnostic territorial.

Figure 2 : a) Occupation du sol sur l’ensemble des bassins versants Vosges et Ravin.
b) Représentation des 21 sous-bassins.

L’occupation du sol à l’échelle des bassins versants des Vosges et du Ravin est présentée en figure 2. À partir de la cartographie du ruissellement et des fonds de carte de la zone d’étude, 21 sous-bassins ont été délimités afin d’obtenir une occupation des sols relativement homogène pour un sous-bassin.

Nature et quantité de déchets à l’échelle des sous-bassins-versants.

Les principaux macrodéchets collectés sont les suivants :

  • Les sous-bassins identifiés avec une activité principale de zone commerciale sont ceux dont la densité de macrodéchets est la plus importante. Ils contiennent environ six fois plus de déchets au mètre carré que les autres sous-bassins. Extrapolé sur une année, il a été collecté de l’ordre de 70 kg par habitant par an de macrodéchets sur les sous-bassins principalement à caractère commercial contre 12 kg par habitant par an pour ceux principalement occupés par des espaces urbains collectifs. Cette quantité de macrodéchets est de l’ordre de 5 kg par habitant par an dans les espaces industriels, de 4 kg par habitant par an dans les espaces urbains pavillonnaires et de 3 kg par habitant par an dans les espaces naturels ;
  • Les déchets plastiques sont quantitativement les déchets les plus importants dans la majorité des sous-bassins investigués : le plastique correspond à 35 % des macrodéchets collectés, contre 20 % pour le papier/carton, 17 % pour le métal et le verre et 10 % d’autres macrodéchets. Les 18 % restants sont principalement des déchets d’habillement ;
  • Dans les sous-bassins naturels avec une activité agricole, la route est la principale source et voie de transfert de macrodéchets. Ils ont été observés uniquement au niveau des accotements et des fossés de l’infrastructure ;
  • Pour chaque nature de macrodéchets, la caractérisation a été affinée selon leurs origines. Ainsi, le gisement de plastique est diversifié : le triptyque « bouteille, déchets d’entreprise et emballage » est majoritaire, pour les cartons/papiers, il s’agit en majorité d’emballages, pour le verre et les métaux, respectivement les bouteilles et les cannettes d’aluminium sont les plus présentes.

Nature et quantité de déchets extrapolées à l'échelle des bassins-versants des Vosges et du Ravin. Les investigations menées sur les sous-bassins ont été extrapolées à l'échelle des bassins versants des Vosges et du Ravin (voir Figure 2). Le tableau 2 présente les résultats cumulés sur le bassin versant du Ravin. Plus de 5 t de macrodéchets peuvent être générés annuellement sur le bassin versant. À l'échelle du bassin versant, les espaces naturels, représentant près de 50 % de la surface du bassin – et, donc, la route – sont les plus contributeurs. Les plastiques sont les plus présents.


CONCLUSIONS

La démarche mise en place a permis de déterminer les quantités et qualités de macrodéchets générés sur des territoires homogènes (sous-bassins). Une extrapolation a permis d'obtenir des résultats à l'échelle de bassin versant de cours d'eau. Les résultats de cette étude permettront la mise en œuvre d'actions pour réduire la production de macrodéchets pouvant être emportés par le système d’assainissement et l'hydrosystème naturel sur le territoire de la Métropole.

Parmi elles, il est à noter l'installation de macarons à proximité des regards de récupération de l'eau de ruissellement indiquant « ici commence le fleuve ». Cette initiative permet de sensibiliser les citoyens à la pollution des eaux. D'autres initiatives suivront pour optimiser le tri, mettre en place des réceptacles adaptés aux gisements, ajuster les fréquences de collecte selon les zones les plus émettrices ou tester des solutions curatives sur certaines zones.



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