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Assainissement semi-collectif : un marché en soi

09 juillet 2021 Paru dans le N°443 ( mots)
Rédigé par : Patrick PHILIPON

Entre réseau et assainissement individuel, l’assainissement dit “semi-collectif” couvre des réalités diverses. Des gammes standard aux installations sur-mesure, des lits plantés aux réacteurs à membrane, tout est possible. Tour d’horizon....

Entre l’assainissement individuel per se, marché de masse de produits industriels soumis à agrément, et l’assainissement collectif, ou “tout-à-l’égout”, il existe tout un monde. Lotissements, hôtellerie, parcs, campings, petites entreprises, exploitations agricoles, restaurants, bâtiments d’activités, palais des sports, lieux touristiques, villages ou hameaux éloignés de tout réseau d’assainissement, les situations ne manquent pas où les dispositifs d’assainissement individuel sont insuffisants, et où le raccordement à un éventuel réseau serait beaucoup trop coûteux. Assainissement “semi-collectif”, “autonome regroupé” ou “décentralisé”, “traitement des eaux usées sur site”, “petit collectif”, les appellations varient d’un interlocuteur à l’autre. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Où sont les frontières ?
Installation d’un Biodisc BF au domaine des Colombiers dans les Alpes Maritimes.

Si l’on se réfère à la réglementation, tout commence au-delà de 20 équivalent-habitants (EH). Selon l’arrêté du 21 juillet 2015 (modifié en octobre 2020), à partir de cette taille, les installations ne sont plus soumises à un simple agrément ministériel mais à une obligation de résultat. Autrement dit, les effluents rejetés dans le milieu récepteur doivent avoir une concentration de DBO, DCO et MES inférieure aux valeurs limites réglementaires. Si le milieu récepteur est sensible à l’eutrophisation, des limites sont également imposées pour l’azote et le phosphore. Sans compter les dispositions propres aux zones Natura 2000 ou aux eaux de baignade... « Jusqu’à 199 EH (soit la plupart du temps), une étude d’impact est exigée et le SPANC instruit le dossier. A partir de 200 EH, il faut en plus constituer un dossier “loi sur l’eau”, et c’est en général par la police de l’eau locale (DDTM) qui instruit » précise Sébastien Atlan, responsable France de Kingspan. La limite supérieure est plus floue, même si les acteurs citent volontiers 2 000 EH. A de tels niveaux, l’assainissement collectif devient en général plus intéressant.

Limites et dimensionnement

Pour les constructeurs comme pour les clients, un tel éventail d’échelle recouvre en fait plusieurs réalités différentes. « Le raccordement au réseau n’est plus systématique comme il y a 20 ans. Un réel marché émerge entre 21 EH et 6-800 EH. On voit de plus en plus de lotissements (20, 30, 100 maisons) disposant de leur propre assainissement. Au-delà de 200 EH, on se retrouve avec des lotisseurs, de l’hôtellerie de plein air, des ERP, voire de petites industries ou des surfaces de bureaux » estime Sébastien Atlan. « Les installations de 21 à 80-100 EH représentent la majeure partie de l’activité. Nous avons pléthore de projets pour ce “petit semi collectif” : petits lotissements, petits restaurants, hameaux... Dès que l’on s’adresse aux campings, ou à l’industrie agroalimentaire, on dépasse les 100 EH. A l’autre extrémité, il est rare de dépasser les 800-1 000 EH. Au-delà, le marché est repris par de grands groupes » explique pour sa part Jérémie Grzesiak, directeur France de Bionest. La frontière entre sous-domaines varie selon les fournisseurs et les technologies mais on peut grossièrement diviser ce marché en “petites” installations pour lesquelles les constructeurs proposent des gammes standard et, au-delà d’une certaine taille, des installations sur mesure, supposant en général l’intervention d’un bureau d’études.
La gamme Ecoflo comprend des unités de 26 EH, 38 EH et 50 EH, et au-delà Premier Tech les assemble jusqu’à 200 EH. Ici installation à Saint-Afrique (12) dans l’Aveyron.

Le nombre d’EH n’est d’ailleurs pas forcément le seul critère pertinent. La loi fixe en effet des ratios entre le type d’activité et le nombre d’EH, par exemple un repas servi dans un restaurant est considéré comme équivalent à un quart d’EH alors qu’un emplacement résidentiel dans un camping équivaut à 2 EH. Or la réalité peut différer fortement de ces ratios théoriques. Les effluents des restaurants ou de certaines installations agroalimentaires (laiterie, brasserie) peuvent être extrêmement concentrés en DBO, d’où un dimensionnement délicat. Ce flou dans la réglementation exige une grande rigueur de la part des bureaux d’études et des concepteurs de filières, ainsi que des donneurs d’ordres, souvent tentés d’attribuer le marché au moins-disant. En risquant une mauvaise surprise à l’arrivée : une installation certes dimensionnée selon les règles, donc légalement inattaquable, mais insuffisante pour traiter l’effluent réel. Certains acteurs du domaine mettent en garde et soulignent le sérieux très variable des propositions...

Petite échelle : des solutions standardisées

Acqua Eco propose son système de bioréacteurs à membrane Bio Barrier, pouvant atteindre des concentrations de 10g/l de biomasse bactérienne. « Il est pertinent de 21 EH à de petites collectivités, écoquartiers, centres commerciaux ou villages jusqu’à 150 EH. Il se passe de clarification et de traitement tertiaire et est certifié pour le recyclage et la réutilisation (y compris NF EN 12566 -3). L’eau traitée est réutilisable ou infiltrée sur place » affirme Romain Salza, gérant d'Acqua Eco. Acqua Eco a par exemple équipé un écoquartier qui a dû faire face à la dernière minute à une interdiction de raccordement au réseau. « BioBarrier ne dépend pas de l’activité du sol pour l’épuration, donc le champ d’épandage pour tout le lotissement occupe moins de la surface d’un champ individuel avec les autres techniques. C’est ce qui a permis de débloquer la situation » se souvient Romain Salza. Acqua Eco a également installé un BioBarrier sur le port de Sète, pour la zone d’accueil des chauffeurs qui héberge de 70 à 200 personnes par jour. « Nous avons conçu le village complet : des conteneurs aménagés (WC, douches, lieux de vie) plus le système de traitement des eaux usées et de recyclage vers les chasses d’eau. Le tout est marinisé étant donné l’environnement » rapporte Romain Salza.
En trois mois, Eloy Water a conçu, construit et installé une station de traitement pour les eaux usées de L’écrin du Lac, un village de vacances accueillant 700  personnes au bord du lac de  Serre-Ponçon. Elle comprend un bassin tampon aéré suivi de deux SBR (Airoxy) en parallèle.

Chez Eloy Water, la “barre” se situe aux environs de 100 EH. « De 21 à 100 EH, nous vendons plutôt via notre réseau de concessionnaires, qui s’adresse majoritairement à des terrassiers et entreprises de TP, eux-mêmes en relation avec de petites collectivités pour des bâtiments publics, des salles de fêtes, des clubs sportifs, de la petite hôtellerie de plein air, des maisons regroupées en terrain privé ... » énumère Nicolas Schroeder, directeur commercial France d’Eloy Water. Dans ce domaine de taille, la société propose deux technologies. Tout d’abord, et jusqu’à environ 40 EH, le filtre compact X-Perco. Une cuve de décantation primaire, puis une filtration sur un matériau dérivé du bois dans un compartiment aéré, et c’est tout. « C’est une technologie assez simple, sans apport d’énergie, dans une cuve en béton standard. Elle pourrait convenir au-delà de 40 EH mais alors le coût du média filtrant tend à faire préférer l’autre solution » précise Artémio Cao, responsable technique de la cellule SMART (projets collectifs) chez Eloy. L’autre solution en question est un système de culture bactérienne fixée : Oxyfix. Il comprend une décantation primaire suivie d’un bioréacteur avec support bactérien Oxybee®. « C’est une structure alvéolaire que nous avons développée et produisons. Elle se présente en sacs, et des diffuseurs d’air sont installés en partie basse » précise Artémio Cao. Suit un clarificateur dont la boue est recirculée pneumatiquement vers le premier compartiment. L’ensemble est animé par un simple surpresseur.

Le système FAST( Fixed Activated Sludge Treatment) crée un environnement de traitement optimisé en utilisant un média fixe pour la croissance microbienne. Il est conçu pour être le plus simple, le moins coûteux et le plus robuste de ce type.

Même tendance chez Simop qui propose deux filières complètes de traitement par média filtrant naturel comme la coquille de noisette ou par culture fixée sur lit fluidisé (IFAS). « Nous avons fait évoluer notre gamme Oxymop vers la technique (IFAS). Elle s’appelle désormais Bioxymop Max et vise les 50 à 980 EH. Pour certaines installations comme les campings par exemple, nous privilégions les filtres compacts car ils ont la capacité de mieux absorber les variations de charge », précise Gérald Baudry, directeur commercial & marketing. « Pour améliorer la qualité des traitements, nous avons développé un répartiteur qui permet d'isoler une partie de la filière en bassin d'aération et de clarification si besoin, et avons également intégré à notre gamme des dégrilleurs mécaniques (manuels et automatiques) ».

Pour un restaurant gastronomique installé dans une zone sensible, Bionest a construit une installation de retraitement des effluents comprenant un séparateur de graisses et un BCM (aérobie), suivis d’une filière à culture fixée (80 EH) sur le média Bionest. Une désinfection UV et un massif BRF (pour les odeurs) complètent le traitement.

Kingspan base son offre sur les Biodisc®, des unités monobloc à base de disques rotatifs, acceptant jusqu'à 300 EH – et pouvant s'assembler pour atteindre des capacités de traitement plus importantes. « Nous en avons installé un, muni d’un système de télégestion, sur une barge dans le port du Cap d’Agde. Il fallait rejeter une eau de qualité baignade, après filtration tertiaire par roseaux, de plus dans une zone Natura 2000 » se souvient Sébastien Atlan. Même contraintes et même solution pour Port-Ilon, le port fluvial à Saint Martin-la-Garenne.

Réalisation d’un jardin d’assainissement pour une activité de restauration collective ici en Haute-Savoie.

Premier Tech Eau et Environnement propose plusieurs filières à cette échelle. Tout d’abord un filtre compact sur matériau à base d’écorce de noix de coco : Ecoflo. L’eau est prétraitée dans une fosse toutes eaux puis percole à travers le coco, sur lequel se développe une biomasse, pour être récupérée en partie basse. « Tout l’art est de trouver la bonne formule pour le milieu filtrant : assez poreux pour accrocher la biomasse et assez fibreux pour laisser passer l’air » souligne Antoine Marin, responsable des solutions techniques France chez Premier Tech. La gamme comprend des unités de 26 EH, 38 EH et 50 EH, et au-delà Premier Tech les assemble jusqu'à 200 EH. « Sur ces gammes, la difficulté reste l’entretien : les installations sont suivies par les propriétaires dont ce n’est absolument pas le métier. Il faut donc faire simple et robuste. La fosse toutes eaux est vidangée tous les 5 à 7 ans, la biomasse s’auto-digère » ajoute Antoine Marin. Assez encombrant (moins qu'un filtre à sable tout de même), relativement coûteux à l'achat mais pas en entretien, Ecoflo trouve ses limites vers 200 EH. « La clientèle se partage entre public et privé : petit village, hameau éloigné de toute STEP, campings, hôtellerie, gîtes, sites touristiques, refuges en altitude car Ecoflo est léger et facile à héliporter. De plus, le filtre accepte très bien les variations de charge ou la saisonnalité, contrairement aux microstations » affirme Antoine Marin. Sur le segment, ABAS propose sa gamme ANC Symbiose qui utilise la technologie de la culture fixée, et la décline si besoin en version Zone Inondable. Dans cette version, les cuves en béton sont totalement étanchées, « ce qui signifie que les performances épuratoires sont maintenues même lors d’une immersion totale de la station », souligne Jérôme Vaché, directeur Abas et vice président ATEP (Acteurs du Traitement des Eaux à la Parcelle).

Placé à l’entrée du poste de relevage, le panier dégrilleur de Sebico permet de piéger les objets de toutes sortes (cartons, boîtes, bouteilles, chiffons, etc.) et évite de détériorer ou bloquer la pompe ou les medias filtrants.

Peu présent sur ce marché, Saint-Dizier environnement propose toutefois deux gamme de microstations à lit fluidisé O2FIX, commercialisées en version polyéthylène de 21 à 50 EH et en polyester de 51 à 300 EH.

Adapté pour les applications individuelles en utilisation permanente comme en utilisation intermittente, le filtre compact Tricel Seta est également adapté pour les “petits collectifs” que sont les restaurants, hôtels, campings, regroupements d’habitations etc. visés par Tricel. La technologie Tricel Seta repose sur les fibres de coco (“coir”), qui sont riches en lignine, laquelle leur confère une grande rigidité, une bonne imperméabilité à l’eau et une excellente résistance à la décomposition.
Step de 75 EH pour un residence collective à Saint Martin dans les Caraïbes (Dom Tom réalisée par Tec'Bio et Aquabio).

Au-delà des Seta de base de 12, 15 et 18 EH proposés par Tricel, les cuves de massifs filtrants peuvent être posées en parallèle pour atteindre des capacités de traitement supérieures de 24, 30, 36, 45 et 54 EH. Chez Rikutec, les filtres compacts Actifiltre® grands volumes disponibles en 25 EH, 30 EH, 40 EH et 50 EH sont constitués, à l’image du système compacte d’ANC, d’une fosse septique toutes eaux alimentant un filtre biologique composé des fibres synthétiques inaltérables. « Ce substrat possède des propriétés filtrantes largement supérieures à la majorité des autres substrats utilisés traditionnellement et est particulièrement adapté au semi-collectif », assure Marc Sengelin, directeur technique et président de l'ATEP (Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle).

Installation Biofrance 350 EH avec local technique enterré.

Ces dispositifs non soumis à agrément ministériel puisqu’ils relèvent de l’arrêté ministériel du 21 juillet 2015 modifié le 24 août 2017 doivent être correctement dimensionnés par un bureau d’études selon les spécificités du projet : charges réelles à traiter, fréquence de vidange visée etc, ainsi que les équipements complémentaires éventuellement requis en amont du filtre compact, tels que séparateur de graisses ou dégrilleur, rappelle le fabricant.

Premier Tech peut également installer des stations biologiques à lit fluidisé (MBBR), les Rewatec. Elles comprennent un bassin tampon pour lisser les à-coups de charge hydraulique, puis un décanteur primaire, un réacteur biologique contenant un média de fixation en lit fluidisé, donc une forte quantité de biomasse, et enfin un compartiment clarificateur dont les boues sont redirigées vers le décanteur primaire. La gamme comprend des unités monobloc de 50 à 80 EH, que Premier Tech peut assembler jusqu’à 400 EH. « Ce sont des installations plus compactes qu’Ecoflo, moins chères à l’achat mais plus en exploitation. La soufflante et les pompes pour la boue consomment de l’énergie, l’entretien est plus fréquent et il faut évacuer régulièrement les boues. Cette technologie prend tout son sens au-delà de 200 EH, soit des petites collectivités, des grands hôtels, des gros campings, voire des industries comme des brasseries par exemple » estime Antoine Marin. Enfin, la société Neve a rejoint Premier Tech en janvier 2021, ce qui ajoute à l’offre les biodisques Shannon, plus compacts et plus simples d’entretien que les MBBR.
Installation d'un Actifiltre® 30 EH dans un gîte rural situé dans les Vosges. 

Tec'Bio et ses sociétés sœurs (Biotec Environnement et Aquabio) conçoivent et installent des STEP pouvant traiter jusqu’à 1 000 EH en module de 200 EH maximum.

Ces modules sont des cuves monobloc en PP, PEHD ou béton, plug and play et vont de 21 EH jusqu’à 200 EH. Elles comprennent 3 compartiments, le premier est le compartiment de réception et de dénitrification. Il est muni d’un dégrilleur et est brassé par des diffuseurs grosses bulles. « Nous sommes les seuls concepteurs de station sur le marché à intégrer dans notre offre de base la dénitrification, affirme Samir Chennouf, directeur de la société Tec'Bio. Puis vient la partie activation où se déroule la dégradation biologique et la nitrification. Ce compartiment est équipé de diffuseurs fines bulles. Enfin le décanteur où les boues décantées sont reprises et reinjectées dans le 1er compartiment. Le brassage, l’oxygénation et la recirculation des boues s’effectuent uniquement avec un surpresseur ».
Tec'Bio, Biotec Environnement et Aquabio proposent également de réaliser des installations sur mesure en fonction du type d’effluents à traiter (industrie, collectivités ou activité agricole et viticulture). « Ce sont des stations à culture libre, culture fixée, à culture fixées fluidisés (MBBR) et SBR. Un traitement membranaire ou par ultraviolet ou par électro-oxydation permet de rejeter des eaux sans micro-organismes pathogènes. Ces unités facilement modulables et facilement transportable car containérisables, permettent sur une petite emprise foncière de traiter plusieurs centaines d’EH. Pour une station de 200 EH, cela représente par exemple moins de 18 m² au sol, ce qui offre l'avantage d’être commercialisé dans les DOM TOM ».

“Grosses” installations : du sur-mesure

« Au-delà de 2-300 EH, on fonctionne par projet, en lien avec un bureau d’études, et on raisonne en terme de “chaîne de traitement”: dégrillage, tamisage, prétraitement-décantation puis cœur de traitement propre au site, puis clarification, sédimentation. Cela requiert souvent plusieurs ouvrages » explique ainsi Sébastien Atlan. Bien que plusieurs unités BioDisc® puissent être assemblées pour atteindre de telles capacités de traitement, Kingspan propose plutôt une autre technologie de culture fixe sur lit fluidisé : le système BioFicient+. Chez Premier Tech, la limite se situe plutôt vers 400 EH. « Au-delà de là de 400 à 600 EH, nous proposons des installations sur mesure ou utilisons les MBBR monoblocs de 600 EH de Neve. On peut en installer plusieurs pour aller jusqu’à 2000 EH » expose Antoine Marin.
Bionest se pose en spécialiste exclusif de la micro station à culture fixée, et répond à des demandes de toutes tailles avec la même base technologique. « Nous n’offrons jamais de solution catalogue. Tout est sur mesure, et nous re-dimensionnons tout ce qu’on nous soumet. Nous répondons à beaucoup de situations spécifiques (restauration, industrie) où la réglementation a ses limites. Nous apportons notre expertise au bureau d’études du client. Plus c’est technique, mieux nous sommes placés » affirme Jérémie Grzesiak. La solution repose sur une culture fixée sur un média synthétique breveté, à base de polymère, qui occupe tout le volume du réacteur biologique. « La filière de base comprend une décantation primaire suivie d’un bioréacteur composé de deux compartiments (2/3 - 1/3) contenant chacun du média. Le premier compartiment est aéré, le second non aéré assure quant-à- lui la phase de clarification et d’affinage du traitement. En effet, le média associé à la présence de l’oxygène dissout permet le développement du biofilm propice à cette finalisation du traitement » explique Jean-François Jauliac, responsable de l’ingénierie et des études chez Bionest. Si les eaux à traiter sont particulièrement chargées en MO, Bionest peut ajouter des traitements périphériques. Par exemple un “bassin complètement mélangé” (BCM) en amont, où une culture bactérienne libre (avec apport d’oxygène) abaisse la charge organique pour se ramener à une eau de qualité “domestique”, alors envoyée vers la filière de base.
Dernier chantier en date pour Graf : le chemin des Cimes  à Drachenbronn (67) - un système d’assainissement non collectif de 140 EH .

La société a ainsi fourni une installation de 750 EH en conteneur à un camping dans les Cévennes, situé en zone Natura 2000 et sur un lieu de baignade. La filière, complète, traite la matière organique (DBO, DCO), l’azote et le phosphore. Elle comprend une désinfection UV et les odeurs sont traitées sur un massif de bois raméal fragmenté (BRF). Autre projet délicat : un restaurant gastronomique dans le Sud-ouest, près des plages, étroitement surveillé par les associations environnementales. « Nous traitons toutes les eaux du site, avec un prétraitement par BCM pour les effluents de cuisine, ainsi qu’une désinfection UV et un massif BRF pour les odeurs. Par sécurité, l’ensemble du matériel a été doublé » précise Jean-François Jauliac.

La gamme Simbiose affiche une conception 100% bretonne. 

En Belgique surtout et plus largement dans le monde, Epur qui fait partie du groupe Kingspan depuis deux ans, déploie son programme complet de culture fixée immergée baptisée BIOFRANCE® jusque 2 000 EH, tant en cuves béton fibré préfabriquées, qu’en cuves PEHD rotomoulé. Un programme BIOKIT® (cuvelage construit in situ) complète le dispositif pour les implantations en espaces fonciers à topographie difficile. « Plus de 250 000 stations en service dans le monde sont estimées actives avec ce procédé, indique Antoine Lombard, Business Development Manager France. Une vingtaine de dépositaires régionaux en assurent la commercialisation, les services de proximité et de maintenance en France métropolitaine, aux Caraïbes, sur La Réunion, en Guyane et en Nouvelle Calédonie. Ils sont tous formés à nos techniques conformément aux prescriptions de l’arrêté du 21 juillet 2015 et signataires de notre charte qualité maintenance ».

Installation d'un Bioxymop Max 50 EH.

A cette échelle (quartier, petite collectivité, eaux de brasserie ou de laiterie), Acqua Eco déploie son système Fast basé sur une culture bactérienne fixée. « C’est la solution la plus résiliente, quasiment sans maintenance, sans pièce en mouvement en cuve et sans risque de colmatage » affirme Romain Salza. Le système est installé en conteneur ou bassin ouvert en béton. Il peut être suivi d'un clarificateur secondaire, voire d'une chloration et une filtration sur charbon actif pour recycler l'eau. « Nous avons installé trois tranches de 2 000 EH dans un camp de travailleurs de 6 000 personnes à Dubaï. L’eau est entièrement recyclée sur place » annonce Romain Salza. Autres avantages : cette technologie intègre nativement la dénitrification et permet la gestion aérobie/anaérobie des boues. « Nous ne générons que 22% de la quantité de boues des systèmes concurrents » affirme Romain Salza. Le système Fast peut également s'installer dans des bassins décanteurs existants pour remettre une STEP à niveau. Dans le même esprit, Acqua Eco peut installer sa technologie Rolls Air dans des lagunes existantes. Il s'agit d'un système d'aération avec diffuseurs immergés, sans maintenance.

Filière d'assainissement végétalisé installée au campement Oussouyé au Sénégal. 

« Au-delà de 100 EH, il est nécessaire de faire du sur mesure, donc de traiter directement avec les clients et leur bureau d’étude » estime Nicolas Schroeder, d'Eloy Water. La société peut alors proposer plusieurs technologies. Tout d'abord une culture fixée immergée aérée, en cuve standard jusqu'à 225 EH puis en cuve coulée sur mesure jusqu'à 700 à 750 EH. « La culture fixée s’adapte très bien aux eaux résiduaires urbaines. Si l’effluent à traiter est plus chargé, nous nous tournons vers une culture libre, avec un fonctionnement en batch (SBR) » précise Artémio Cao. Ce système, Airoxy, permet d’absorber jusqu’à 2000 EH. Pour l’industrie agroalimentaire ou les grosses capacités, Eloy préfère toutefois proposer une technologie de bioréacteur à membrane. « La filière comprend un tampon de tête, avec un dégrillage pour protéger la membrane, puis une boue activée aérée à volume constant et une cuve dans laquelle est placé un réacteur à membrane. On peut ainsi traiter des effluents 3 à 4 fois plus concentrés que les boues activées classiques, et le passage par la membrane rend les traitements annexes inutiles. L’eau peut être recyclée pour l’arrosage, la baignade ou les utilités d’une usine » affirme Artémio Cao.

Fosse toutes eaux 25.000 l fabriquée sur-mesure pour le traitement des eaux usées du refuge du cirque de Gavarnie ( 3000 mètres d’altitude) au cœur du Parc national  des Pyrénées.

Suivant la taille de l’installation, Graf décline sa micro‐station easyOne, qui fonctionne sur le principe des boues activées, tandis que Remosa s'appuie sur la maîtrise de ses solutions jusqu’à 1 000 EH. Elles démarrent de la culture fixée avec lit fluidisé (micro-station Necor) et se prolongent en fonction des volumes à traiter par le traitement SBR (du modèle SBREM) et les boues activées (modèle Decanrox). « On propose de compléter les filières au moyen de bacs à graisses, dégrilleurs, homogénéisateurs, de traitements primaires et de décanteurs à boues. Pour recycler les eaux usées (de 50 à 500 EH), la technologie MBR à membranes plates d’ultrafiltration de la station Roxplus complétée avec une faible chloration, permettra de conserver les propriétés au point d’usage pour l’irrigation et le nettoyage d’extérieurs », indique Carme Santasmasas, responsable technique chez Remosa.

Une alternative : le traitement extensif

Spécialiste des jardins d’assainissement individuels, combinant préfiltre à copeaux de bois et zone plantée, Aquatiris peut néanmoins proposer des installations de plus de 20 EH. « Nous pouvons en fait intervenir dans toutes les situations où l’effluent à traiter contient une pollution biodégradable » affirme Anaïs Redonnet, chargée de la conception technique chez Aquatiris. L’originalité des solutions Aquatiris, par rapport aux autres filtres plantés, est de n’avoir qu’un étage. Toutefois, si l’eau traitée est destinée à être rejetée en surface plutôt qu’infiltrée, Aquatiris propose un deuxième étage planté. « Au-delà de 20 EH, la réglementation privilégie le rejet au milieu hydraulique superficiel, plutôt que l’infiltration comme en deçà. Nous préférons infiltrer, c’est plus cohérent avec notre filière, mais il faut alors le justifier » souligne Anaïs Redonnet. La société s’adresse à des campings ou des zones d’accueil touristiques plutôt qu’à des lotissements, où les habitants ne semblent pas toujours prêts à dédier une parcelle à l’assainissement et à en assumer la gestion collective. « Nous réalisons beaucoup de projets sur des effluents agricoles (eau de lavage de salle de traite, de lavage de surfaces), des chenils, des pensions canines » révèle Anaïs Redonnet. Bien que pouvant théoriquement traiter jusqu’à 2000 EH, les filtres plantés ont alors l’inconvénient d’occuper beaucoup de place. « Nous nous arrêtons à 200 EH. Au-delà, nous travaillons avec un partenaire, l’Atelier Reeb » précise Anaïs Redonnet.
BlueSet développe des solutions sur-mesure, adaptées à tous types d’effluents et de climats, pour les particuliers, les hôtels, gîtes, campings et les industries. Ici installation aux Philippines traitant 15000 EH.

« C’est ainsi par exemple que l’assainissement du Moulin de Cusy, lieu d’hébergement et d’insertion par le travail dans la Nièvre, ou encore l’assainissement d’un campement touristique en Basse Casamance au Sénégal, ont été conçus par l’Atelier Reeb selon la philosophie des techniques d’épuration végétalisée (robustesse, faibles coûts d’entretien, insertion jardinée) et réalisés sous contrôle des experts et installateurs d’Aquatiris ».

BlueSET, s’appuie également sur ses solutions d’épuration écologique agréées Résidence secondaire pour réaliser des installations sur-mesure, en fonction des effluents à traiter et de la zone bio-géo-climatique du projet. « Les espèces végétales composant les filtres sont rigoureusement sélectionnées localement pour leurs diverses capacités épuratoires (label : "végétal local"). L’avantage de notre système repose sur l’eau, qui une fois traitée, peut être réutilisée pour tous les types d’usage non potable, et favorise la biodiversité animale et végétale locale. Notre plus grande réalisation se trouve aujourd'hui aux Philippines. Elle traite l’équivalent de 15 000 EH », indique Arnaud Alary. 
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