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29 février 2016 Paru dans N°389

Agée de 41 ans seulement, elle vient de rejoindre les équipes de Marie-Ange Debon, Directrice Générale adjointe en charge de la division internationale et intègre par la même occasion le Comité exécutif du groupe SUEZ, symbolisant ainsi le rajeunissement et la féminisation de l'équipe de direction. Sa mission : assurer la gestion des activités de traitement de l'eau pour le compte de clients municipaux et industriels dans les pays européens et développer l'ensemble des activités eau et déchets du Groupe dans la Communauté des Etats Indépendants et dans plusieurs pays d'Amérique latine comme le Brésil et le Mexique. Rencontre avec Ana Giros Calpe, la toute nouvelle Directrice générale de la Business Unit Europe et Amérique Latine du groupe SUEZ.

Revue L’Eau, L’Industrie, les Nuisances : Vous avez fait l'essentiel de votre carrière dans le monde du transport, plus particulièrement au sein du groupe Alstom, c'est un secteur assez différent du monde de l'eau ?

Ana Giros : Pas autant qu'on pourrait le penser. J’ai effectivement travaillé 20 ans dans l'industrie ferroviaire, notamment chez Alstom, dans plusieurs régions du monde. J’ai commencé en bureau d'études, puis j'ai fait de la gestion de projet, de la direction de produit, avant d'aiguiller vers la division de services pour les activités d'Alstom en Espagne et en Amérique latine. Puis j’ai pris la tête de la division services du groupe, ce qui m'a permis d'avoir un angle de vision différent, dans la mesure où Alstom, à cette époque, était plus orienté sur les produits que sur les services. J’ai eu l'occasion de piloter cette division à un moment où le secteur des transports ferroviaires était en pleine mutation du fait de la mondialisation. Mon dernier poste, Directrice Générale en France, m'a permis de gérer l'ensemble des activités en profondeur dans un territoire domestique clé pour l'entreprise. Même si les activités d'Alstom n’ont que peu à voir avec les activités de SUEZ, la structure des marchés, leurs enjeux, la façon dont ils évoluent ainsi que les attentes des donneurs d'ordres présentent un grand nombre de similarités.

 

Revue E.I.N. : Quel est le périmètre de la Business Unit Europe-Amérique latine dont vous avez la charge ?

A.G. : La Business Unit Europe-Amérique latine de SUEZ compte près de 3.500 personnes et réalise un chiffre d'affaires voisin de 700 millions d'euros. Elle se caractérise par une grande diversité en termes d'activités, de typologie des clients, de contrats gérés, mais aussi par sa géographie qui intègre l'ensemble de l'Amérique latine, hors Chili, ainsi que l'Union européenne, sans oublier certains pays comme la Russie, le Kazakhstan ou encore l'Azerbaïdjan pour l'ensemble du portefeuille des activités de SUEZ y compris sur certains pays, les activités des déchets notamment celles concernant la dépollution des sols. Près de 40% du chiffre d'affaires que nous réalisons concerne l'industrie, ce qui laisse penser qu'il existe des gisements de croissance assez importants dans ce domaine. Nous pensons y avoir beaucoup de choses à apporter du fait de notre expertise sur l'ensemble du cycle de l'eau, y compris dans le cadre d'une approche holistique eau/déchets.

 

Revue E.I.N. : Vous gérez des zones géographiques et des marchés très différents les uns des autres, comment allez-vous procéder pour déployer votre offre ?

A.G. : Nous avons développé chez SUEZ beaucoup de solutions autour de l'énergie, la valorisation énergétique des biodéchets issues des eaux usées, le traitement des micropolluants et également des solutions en matière de décarbonatation. Nous allons nous appuyer sur ce type de solutions qui apportent de la valeur ajoutée à nos clients en fonction de leurs besoins. C’est l'adéquation offre globale /client local qui est importante : raison pour laquelle l'entreprise est en train de s'organiser pour être à la fois globale et locale. D’un côté, une dimension régionale sur laquelle officient des responsables qui connaissent parfaitement les marchés et qui savent comment interagir dans un pays ou dans une région donnée. Et puis une dimension métier transverse afin de capitaliser le savoir-faire dans des activités bien identifiées Des équipes très pointues et expertes dans leur domaine qui feront évoluer les produits en capitalisant sur l'exécution des différents projets. L’objectif est de créer une interaction entre des métiers locaux et la force d'un groupe intégré dans le cadre d'une innovation partagée et ceci en exploitant toutes les synergies possibles. Cela ne peut se faire que dans le cadre d'une dynamique métiers indépendante, ce qui est essentiel pour se développer à l'international. Nous sommes dans l'interactivité des métiers et des organisations et l'une des forces de notre BU est de disposer, en Europe, d'équipes techniquement très pointues capables de venir en appui sur n’importe quel type de projet en Europe de l'Est ou en Amérique Latine.

 

Revue E.I.N. : Quels sont les objectifs que vous vous fixez à court ou moyen terme ?

A.G. : Ils se situent à différents niveaux. Nous devons commencer par transformer nos métiers de base, les réinventer en travaillant autrement, de manière à innover pour transformer par exemple les déchets en matières premières secondaires et créer ainsi de nouvelles ressources. C’est la stratégie globale de SUEZ qui a conduit à regrouper l'ensemble des activités du groupe sous une marque unique, positionnée sur la gestion des ressources. L'objectif est de permettre au groupe de gagner en performance en étant mieux identifié et de faire émerger plus facilement des solutions globales en renforçant les convergences entre les différents métiers. Ce passage à une marque unique s'est accompagné du renforcement de notre stratégie autour de 4 axes : le « smart water » et les nouveaux services, l'industrie, la valorisation des déchets et le développement à l'international. Je pense qu'une bonne partie de nos gisements de croissance se situent dans l'industrie, domaine dans lequel SUEZ n’était pas suffisamment développé jusqu'à présent. Mais aussi le déploiement à l'international : il n’y a pas de raison que les technologies déployées en Europe ne soient pas déclinées dans d'autres régions du monde.

 

Revue E.I.N. : Comment allez-vous procéder ?

A.G. : Nous allons nous appuyer sur plusieurs axes dont l'innovation, en mettant l'accent sur 3 thèmes la décarbonatation, le traitement des micropolluants et la valorisation énergétique, domaine dans lequel nous sommes très avancés. Le projet Biovalsan que nous portons avec la Communauté urbaine de Strasbourg, permet par exemple de produire plus de 1,6 millions de m3 de biométhane par an à partir des eaux usées de la métropole. C’est la première unité à être opérationnelle pour l'injection de biométhane issu d'une station d'épuration dans le réseau de gaz de ville. Sur le site du SIAAP, à Valenton, nous allons encore plus loin en développant, au sein du projet BioGNVAL, la possibilité de liquéfier le biométhane produit afin de pouvoir le stocker et le transporter vers une station-service (bioGNL) ou chez un industriel pour ses besoins en biocarburant. C’est important car dans 40 % des cas, le biométhane ne peut être injecté dans le réseau parce que ce dernier est trop éloigné ou parce que sa capacité est trop faible. Le projet repose sur la technologie CryoPur®, développée en partenariat avec l'ADEME. Bien qu'elles soient remarquables, ces réalisations ne sont pas que des vitrines. Le contrat que nous avons remporté à Annecy montre que ces développements ne sont pas réservés aux grosses unités, ils profitent à tous.

 

Revue E.I.N. : Ou en êtes-vous en matière de micropolluants ?

A.G. : Comme vous le savez, SUEZ capitalise aujourd'hui sur plus de 10 années d'expérience acquise au travers de plus d'une vingtaine de programmes de recherche portant sur les enjeux liés aux micropolluants. La station d'épuration des Bouillides à Sophia Antipolis a été la première usine française équipée d'une véritable filière conçue pour éliminer les micropolluants des eaux usées alors que la règlementation n’impose pas encore la mise en place d'un traitement des micropolluants sur les stations d'épuration. Mais nous tenions à anticiper pour répondre aux enjeux de demain. C’est fait : l'ozonation et la filtration sur charbon actif sont deux technologies qui ont fait leurs preuves. Elles sont également mises en œuvre à Dübendorf en Suisse et le seront prochainement à Lausanne. La Suisse se positionne en effet parmi les pays précurseurs au niveau mondial de la prise en compte de ces nouveaux enjeux. Ces réalisations montrent qu'une technologie développée en France s'exporte bien. Micropolluants et perturbateurs endocriniens sont des problématiques sur lesquelles SUEZ est totalement légitime et apporte des solutions qui marchent.

 

Revue E.I.N. : Ou se situent les gisements de croissance en matière de développement ?

A.G. : Nous pensons qu'il est possible de générer une croissance de l'ordre de 5 à 6% par an à l'international en apportant des solutions dans des pays ciblés comme au Mexique, au Panama, au Pérou ou au Brésil, pays dans lequel il existe des réflexions importantes sur le marché municipal. En Amérique latine, les besoins sont considérables et nécessitent de nombreuses infrastructures pour offrir à l'ensemble de la population des services minimum de qualité. En Europe, le challenge est plus compliqué pour des raisons macro-économiques. En Europe de l'Est, certains marchés sont cependant assez dynamiques, grâce aux financements européens. C’est par exemple le cas en Croatie ou nous avons remporté la conception et la construction d'une station d'épuration à Osijek en mai dernier et la construction de quatre stations d'épuration à Porec en novembre dernier. De même, en République Tchèque, le groupe vient de remporter un contrat de 5 ans pour l'exploitation des infrastructures d'assainissement de la région de ?umperk. Ce succès fait suite à l'inauguration, à la fin de l'année dernière, de notre chantier de la station de traitement des eaux usées de Prague.

 

Revue E.I.N. : Quelles sont les perspectives en France ?

A.G. : Ce marché reste en croissance même si les investissements, notamment de la part des collectivités locales, restent limités pour les raisons que vous connaissez. On observe cependant un flux soutenu de projets, portés notamment par le développement des bioénergies et des énergies alternatives issues du traitement des eaux usées. Ces technologies, qui sont créatrices de valeur, constituent bien souvent une réponse à la baisse des investissements. La décarbonatation collective, qui permet aux ménages de réaliser des économies non négligeables, en est une autre. En Ile-de-France par exemple, le Syndicat des Eaux de la Presqu'Île de Gennevilliers a ainsi confirmé sa décision de distribuer une eau adoucie à l'ensemble des usagers de son territoire en retenant la solution Densadeg® de SUEZ. Elle permet à tous de bénéficier d'une eau adoucie, et de limiter ainsi les gênes et surcoûts liés au calcaire. Preuve que les solutions qui créent de la valeur finissent toujours par s'imposer. C’est ce que nous allons nous attacher à démontrer.

 

Propos recueillis par Vincent Johanet