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L'élévation des températures et la modification du régime des précipitations vont entrainer une raréfaction de la ressource alors que les besoins continueront à augmenter en raison de l'accroissement démographique, de la modification des modes de vie et du développement des loisirs. L'effet ciseaux qui résultera du croisement des courbes de l'offre et de la demande risque de générer des conflits entre les usagers de l'eau et obliger à des choix difficiles. Tel est le constat opéré par un rapport publié par le Sénat qui préconise de préparer aujourd'hui les partages de demain pour ne pas les subir.

« Prévenir les conflits d'usages, dont certains sont déjà à l'?uvre sur notre territoire » : telle est l'ambition de ce rapport de plus de 200 pages, fruit d'une quarantaine d'auditions, intitulé « Eau : urgence déclarée ». La première partie s'attache à dresser un état des lieux, aussi précis que possible pour prendre la mesure des risques de pénurie et répertorier les différents usages de l'eau. Avec une question en forme de constat : sommes-nous suffisamment sensibilisés au risque de pénurie de la ressource en eau ? Pour les auteurs du rapport, les sénateurs Henri Tandonnet et Jean-Jacques Lozach, il faut s'attendre, dans les années à venir, à la survenance de conflits sévères entre les usagers de l'eau. Après avoir passé en revue les fondements de notre politique de l'eau, sa complexité et la multiplicité des intervenants entraînant émiettement des compétences et une dilution des responsabilités, les auteurs s'inquiètent de savoir « qui décide, qui choisit et qui arbitrera, le cas échéant, les conflits d'usages » ? La réalité du réchauffement climatique est connue : plus chaude et plus pluvieuse dans les années à venir, la France devrait connaître des étés pouvant afficher jusqu'à 5°C supplémentaires d'ici à la fin du siècle et des épisodes climatiques extrêmes plus fréquents rappelle le rapport. En métropole, il est prévu une hausse des températures moyennes de 0,6°C à 1,3°C dès 2050, soit un niveau de réchauffement égal à celui qu'a connu la France entre 1901 et 2012. Les auteurs rappellent qu'un seul petit degré de plus correspond, en France, à un déplacement du climat, du sud vers le nord, de 180 kilomètres environ. Autrement dit, le climat de Toulouse en 2050 serait en gros celui que connaissent aujourd'hui les villes de Lisbonne, Tunis ou Alger. « Quels que soient les choix socio-économiques, les tensions sur l'eau vont s'accentuer en France, avec une diminution significative globale des débits moyens annuels à l'échelle du territoire, entre 10 % et 40 %, particulièrement prononcée sur les bassins Seine-Normandie et Adour-Garonne » indiquent-ils. Le dérèglement climatique va donc nécessairement accentuer les tensions et accroître les conflits d'usages ou plus exactement les « pics » d'usages, ces tensions s'exacerbant en période estivale et dans les zones les plus peuplées. La gestion de l'existant ne suffisant pas à réduire les conflits potentiels, le rapport passe en revue les principaux usages, parmi lesquels l'eau potable, l'industrie, l'énergie et l'agriculture avec un évident tropisme en faveur de cette dernière. Les rapporteurs souhaitent ainsi « qu'on ne mette pas en opposition frontale et stérile consommateurs et exploitants agricoles dès lors qu'ils partagent un intérêt commun : celui de disposer d'une alimentation à coûts accessibles », oubliant par la-même, l'apport des Industries agroalimentaires et des industries de transformation qui doivent composer depuis longtemps avec des obligations très strictes, aussi bien pour leur approvisionnement en eau que pour leurs rejets, sans avoir jamais bénéficié d'autant de mansuétude... Au-delà de ces généralités, le rapport formule quelques axes de réflexions dont aucun n'est véritablement nouveau : amélioration du rendement des réseaux de distribution, levée des carcans réglementaires pesant sur la réutilisation des eaux usées' Certains, comme par exemple la création de réserves d'eau de proximité, sont même très contestés, encore récemment par IRSTEA (Voir EIN n°392) dont une expertise a mis en lumière l'impact des retenues sur l'ensemble des caractéristiques fonctionnelles d'un cours d'eau. Au total, un rapport qui a le mérite de dresser un état des lieux intéressant, malgré des ambiguïtés évidentes, la principale consistant à proclamer l'état d'urgence sans esquisser la moindre proposition concrète. Le rapport de la délégation à la prospective du sénat est téléchargeable à l'adresse : http://www.senat.fr/rap/r15-616/r15-6161.pdf