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Mesurer de la manière la plus stable possible le chlore sur le terrain : pour les services techniques en charge de la désinfection d’eau potable, ce défi est plus complexe qu’il n’y paraît. Les travaux menés par EFS SA sur la miniaturisation d’un capteur – dans le cadre du projet «CENSE», doivent les aider à franchir ce cap. Entretien avec Alexandre Huchon, directeur commercial EFS

Revue L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Pouvez-vous retracer les grandes lignes du projet CENSE ?

Alexandre Huchon : L’ambition du projet consiste à introduire sur le marché une sonde d’analyse continue de la qualité de l’eau potable, pouvant être facilement installée en différents points des réseaux de distribution pour assurer une surveillance en temps réel. Aujourd’hui, il n’existe aucune sonde qui puisse se monter directement sur la canalisation et soit capable de mesurer de façon fiable et économique les paramètres principaux -conductivité, la turbidité, les taux de chlore, et la pression-, pour définir la qualité de l’eau. En 2015, EFS s’était déjà penché sur des solutions de miniaturisation des capteurs à travers un premier projet intitulé Smartwater, soutenu par Axelera, qui réunissait Suez et plusieurs acteurs du domaine de l’eau. Ce développement, nous a permis de mettre au point Multi-Probe, une mini sonde de mesure multi paramètres adaptée pour la mesure de 12 paramètres physico-chimiques de manière autonome et en continu. Dans le cadre de ces travaux, nous avons constaté que les mesures ampérométriques pour le taux de chlore sont très sensibles aux variations de pH, de température, de débit d’eau ou aux facteurs externes, ce qui nécessite des vérifications et étalonnages réguliers et ne permet pas un dosage optimal de désinfectant dans l’eau. 

Revue E.I.N. : Quel est le défi scientifique ? 

A.H. : Notre défi était donc d’arriver à mesurer le niveau de chlore de manière aussi fiable que la méthode d’analyse de laboratoire, et donc par conséquent, de garantir un dosage correct d’hypochlorite permettant de sécuriser la distribution d’eau. Nos travaux ont abouti en amont du projet CENSE à développer un capteur miniature qui ne produise aucune dérive de signal. Une première expérimentation réalisée par Suez sur une boucle fermée a validé le bon fonctionnement de la sonde dans tous les cas de figure. Une deuxième phase d’essai d’une durée d’un mois et demi sur le terrain, a permis de confirmer la technologie et d’envisager des premières séries pour un certain nombres d’installations en France.

Revue E.I.N. : Quelles sont les prochaines étapes ?

A.H. : Aujourd’hui on entre dans la phase d’industrialisation du produit. Le projet a reçu un financement de 1,4 M€ du programme d’innovation Horizon 2020 de l’Union Européenne, objet de l’accord de subvention N° 879757. Ce financement nous servira à finaliser le développement de la sonde, son industrialisation et sa mise sur le marché dans 2 ans. Le point fort du financement européen est de couvrir exactement ce qu’aucun des financements français ne couvre. Il finance essentiellement l’industrialisation et la commercialisation, c’est-à-dire qu’il est au cœur du business plan. Depuis le début, Axelera et la Commission européenne à travers cette subvention, sont très conscients du retour sur investissement du projet CENSE, puisqu’il génère du développement et de l’emploi localement. De fait, nous prévoyons de commercialiser la technologie en France puis en Europe en 2021, et d’amplifier la dynamique commerciale en 2023. La production et la ligne d’assemblage se feront dans la région Rhône Alpes, ce qui nous amènera à développer nos équipes. 

Propos recueillis par Pascale Meeschaert