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Entreprises

« Les industriels ont pris de conscience, il y a quatre, cinq ans, que l’eau est une ressource rare et potentiellement critique »

23 avril 2026 Paru dans le N°492 ( mots)
© ifm / Photo Savoie – Pierre Faucouneau, président d’ifm France.

ifm France, la filiale hexagonale du groupe allemand spécialisé dans les technologies d’automatisation, fête ses 50 ans en 2026. L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances est allée à la rencontre de Pierre Faucouneau, président d’ifm France, pour revenir sur ces cinq décennies, présenter la stratégie actuelle de la filiale, en particulier dans le domaine de l’eau, etc.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Sept ans après le groupe ifm, la filiale française célèbre ses 50 ans d’existence cette année. Pouvez-vous revenir sur l’histoire d’ifm France avec quelques dates clés ?

Pierre Faucouneau : La création du groupe allemand remonte à l’année 1969 et ifm electronic France a été la première filiale internationale, ouverte en 1976, donc, à Pantin (Seine-Saint-Denis) – avant de s’installer sur Lyon (Rhône), puis au Bourget-le-Lac (Savoie). À l’origine, cette filiale commerciale était constituée d’une équipe de deux, trois personnes pour la vente de capteurs inductifs – la seule technologie disponible à l’époque dans notre offre. Au cours des années suivantes, de 1976 aux années 1990, la dynamique d’innovation du groupe a permis de compléter, petit à petit, le portefeuille de produits avec des cellules optiques, des capteurs capacitifs, ce qui a amené à l’introduction d’ifm electronic sur les secteurs manufacturiers (automobile, agroalimentaire, usines à bois…) en France. Au milieu des années 1980, une douzaine de personnes (les deux-tiers de commerciaux) travaillaient au sein de la filiale française. En s’intéressant d’un peu plus près aux enjeux propres à l’industrie française, la direction de l’époque a décidé, au milieu des années 1990, d’investir dans une ligne de production locale, sur le site du Bourget-le-Lac. Il s’agissait d’adapter des produits fabriqués en Allemagne aux besoins spécifiques de l’agroalimentaire (capteurs plus robustes en termes d’étanchéité, de nettoyage, par exemple), de l’automobile (câblage, tension d’alimentation, capteurs 2 fils…). L’aventure de cette usine de production a duré jusqu’au début des années 2000 et le rapatriement de toute la fabrication en Allemagne. ifm electronic France a également été à l’origine de la création des filiales dans le Sud-Ouest de l’Europe (Italie, Espagne puis Portugal) et au Maroc, avant d’être gérées directement depuis la main-mère en Allemagne.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Que représente, aujourd’hui, la filiale française en termes d’effectif, de chiffres d’affaires, d’offre de solutions, de marchés, etc. ?

Pierre Faucouneau : En 2025, ifm electronic France a réalisé un chiffre d’affaires de 87,3 millions d’euros, avec 110 collaborateurs – 100 personnes travaillant au sein de la filiale et une dizaine ayant un rôle transverse au niveau du groupe – répartis entre le site du Bourget-le-Lac (environ 40 collaborateurs), les agences commerciales de Noisy-le-Grand (une vingtaine), de Lyon et de Nantes (une quinzaine chacune) et en home office (une vingtaine de commerciaux) pour couvrir le Sud-Ouest, le Centre, la Bretagne, le Nord, etc. En termes d’offre, nous proposons maintenant des capteurs de position, de présence et d’automatisme (portefeuille historique), des capteurs d’instrumentation (débit, pression, niveau et température) – cette première diversification remonte au début des années 1990 – , des produits de réseau et de contrôle – cette deuxième date du milieu des années 1990 – et une offre logicielle lancée il y a une dizaine d'années. L’« intelligence » intégrée désormais dans les capteurs et les technologies de communication comme l’IO-Link permettent de mettre à disposition l’information aux automates et à la couche logicielle – on parle de digitalisation – pour la surveillance de l’état de santé de machines (comme la nouvelle brique Asset Health de moneo), d’éventuelles dérives, etc. Nous continuons à travailler pour rendre ces technologies encore plus accessibles et à démocratiser davantage leur usage auprès du plus grand nombre. Nous commençons aussi à réfléchir à des solutions sans fil qui seraient encore plus faciles à intégrer et à déployer. Par ailleurs, nous adressons, en vente directe quasi exclusivement, environ 10 000 clients français présents dans de nombreux secteurs industriels : l’agroalimentaire – marché historique représentant près de 30 % de notre chiffre d’affaires – , l’automobile (près de 14 %), les engins mobiles avec le machinisme agricole, les travaux publics, le transport, etc. (environ 20 %) et les matériaux. Notre stratégie est de nous diversifier, en termes de taille de clients et de segments de marché, pour avoir une croissance non dépendante d’un seul marché et, donc, pérenne. C’est ainsi que nous nous sommes intéressés de plus en plus à des marchés en devenir, tels que les secteurs de l’eau (filtration, réutilisation de l’eau…), de l’environnement et de l’énergie (chaufferie industrielle, systèmes de refroidissement dans les data centers, par exemple).

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Pouvez-vous expliquer les raisons qui ont amené ifm France à se positionner sur le marché de l’eau ? Et comment adressez-vous ce secteur ?

Pierre Faucouneau : Parmi les raisons avancées, il y a l’aspect de valeur et de RSE : l’eau est une ressource naturelle qu’il est essentiel de sauvegarder et préserver, ce qui nécessite de maîtriser et contrôler son usage. Après des premiers pas dans le domaine de l’eau, il y a une quinzaine d’années, à travers des solutions d’automatisme destinées aux collectivités, aux régies, etc., il nous manquait une offre réellement complète pour pouvoir véritablement jouer les premiers rôles dans ce domaine-là. Le développement de notre gamme de capteurs d’instrumentation – des appareils essentiels pour continuer à automatiser l’usage de l’eau dans l'industrie – depuis une décennie permet de lever aujourd’hui ce premier frein. Nous avons ajouté, en quelques années seulement, les technologies électromagnétiques, à ultrasons et de type Clamp-on dans notre offre de débitmètres, et nous sommes en train d’étoffer encore cette gamme avec des modèles de plus gros diamètre nominal (jusqu’à DN150 et DN200, pour l’instant) pour attaquer les marchés de l’eau potable et des eaux usées. Nous voulons également développer une véritable gamme pour l’analyse physico-chimique [le fabricant propose déjà des capteurs de conductivité, NDR], parce qu’une telle gamme est indispensable pour la maîtrise de la qualité de l'eau et, donc, pour devenir l’un des principaux acteurs du marché de l’eau dans les deux à trois années à venir. Mais la raison la plus importante à l’arrivée sur le marché de l’eau est la prise de conscience, il y a quatre, cinq ans, des industriels que l’eau est une ressource rare et potentiellement critique. De nombreux industriels se sont alors aperçus que l’automatisation de leurs procédés pouvait leur permettre de mieux maîtriser l’usage de l’eau et leurs consommations grâce à des technologies de filtration, de réutilisation. Des early adopters venant souvent d’autres secteurs industriels ont également permis de montrer que la technologie peut aussi être vue comme un moyen de réduire les coûts de maintenance tout en augmentant la qualité de produits fabriqués et la disponibilité des équipements. Auparavant, les acteurs de l’eau pouvaient installer trois pompes, dont deux en redondance, ce qui se traduisait par un Capex [dépenses d’investissement, NDR] très important. La disponibilité des équipements critiques tels que des moteurs, des ventilateurs et des pompes se traduit aussi par leur surveillance avec l’analyse vibratoire.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Cette arrivée sur le marché de l’eau s’est-elle également traduite par des changements au niveau de l’organisation de la filiale française ?

Pierre Faucouneau : Oui, effectivement. Nous avons investi dans des ressources dédiées, avec trois ingénieurs commerciaux spécialisés dans ces métiers-là. Benoît Anssems, qui travaillait au sein de la filiale française, vient d’être promu Industry Manager au niveau du groupe pour le marché de l’eau, et nous allons continuer à investir dans l’organisation et le support technique dans les années à venir. Aujourd'hui, l’activité dans le domaine de l’eau est de l’ordre de 30 millions d’euros pour le groupe et de 3-4 M€ pour la filiale française. Nous visons un chiffre d’affaires de 100 M€ dans le monde et d’environ 10 M€ en France dans quelques années.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Un mot de conclusion…

Pierre Faucouneau : Mon ambition, à titre personnel [Pierre Faucouneau a été promu président d’ifm electronic France à la rentrée 2025, NDR], est de continuer à être présent sur les marchés historiques d’ifm electronic et de prendre une place de plus en plus importante dans les domaines de l’eau, de l’environnement et de l’énergie, où les besoins en termes d’instrumentation et de monitoring sont très importants. C’est aussi une aventure humaine derrière la croissance du chiffre d’affaires – cette croissance permet au groupe de continuer à innover et à développer nos gammes de produits. Il y a la volonté de maintenir le niveau de satisfaction des clients et leur reconnaissance en tant que fournisseur à valeur ajoutée, et d’amener l’ensemble des équipes à contribuer à ce projet.

Propos recueillis par Cédric Lardière

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