La maîtrise du risque légionelle dans les réseaux d’eau chaude sanitaire (ECS) repose sur une distinction réglementaire claire entre eau froide sanitaire et eau chaude sanitaire, distinction qui conditionne directement l’interprétation des seuils applicables et les stratégies de traitement mises en oeuvre.
Le paramètre Legionella introduit par l’arrêté du 30 décembre 2022 concerne en effet les installations intérieures de distribution d’eau froide sanitaire, avec des exigences spécifiques selon les usages et des restrictions renforcées pour les établissements de santé. Les réseaux d’ECS restent, quant à eux, encadrés par les dispositions de l’arrêté du 1er février 2010 modifié.
Pour ces réseaux d’eau chaude sanitaire, la limite de qualité applicable pour Legionella pneumophila est fixée à 1 000 UFC/L au niveau des points d’usage à risque. Une précision essentielle pour éviter toute confusion entre les cadres réglementaires, comme le souligne Fabrice Leteneur, président fondateur de néEau.
Sur le plan technique, la présence de légionelles dans un réseau ECS ne peut être analysée uniquement au prisme des opérations de désinfection.
Les traitements chimiques ou thermiques constituent avant tout des actions curatives, susceptibles d’apporter un résultat microbiologique dans un laps de temps limité, mais sans traiter, à eux seuls, les mécanismes favorisant la prolifération bactérienne.
La prévention durable repose en premier lieu sur la conception des réseaux, qu’il s’agisse d’installations neuves ou existantes, ainsi que sur la maîtrise des évolutions ultérieures du réseau, susceptibles de générer des zones de stagnation ou des déséquilibres hydrauliques. Toute modification doit ainsi être examinée avec vigilance afin de ne pas créer de nouveaux points à risque.
Comme le rappelle Fabrice Leteneur : « Pour qu’une désinfection soit efficace dans le temps, les causes de présence initiale et de développement bactérien doivent être recherchées et éliminées. »
Dans cette logique, la réalisation d’opérations de désinfection n’est pertinente sur la durée que si elle s’inscrit dans une démarche globale incluant des travaux correctifs lorsque cela s’avère nécessaire. Ce principe constitue un prérequis indispensable à la stabilisation durable de la qualité microbiologique de l’eau.
Par ailleurs, ces opérations doivent être conduites dans un objectif de préservation des matériaux en contact avec l’eau, afin d’éviter toute dégradation susceptible de fragiliser les installations et de recréer, à moyen terme, des conditions favorables au développement microbien. Cette exigence implique une coordination étroite de l’ensemble des acteurs concernés — de la maîtrise d’ouvrage aux exploitants, en passant par les bureaux d’études, les entreprises de maintenance et les prestataires de désinfection.
Dans ce contexte, un guide méthodologique consacré à la désinfection des réseaux d’eau sanitaire, élaboré dans un cadre intersyndical, vient structurer les pratiques et rappeler les responsabilités techniques et opérationnelles associées à ces interventions.

