Si l'importance de l'efficience énergétique a récemment été réaffirmée avec l'adoption de la DERU 2, qui incite le secteur de l'assainissement à tendre vers la neutralité énergétique, le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) s'est engagé dans cette voie depuis plus de 80 ans.
« Dès leur conception, la plupart des usines du SIAAP ont été dotées d'unités de méthanisation ou de process de récupération de chaleur. Ainsi, ce sont aujourd’hui plus de 50 % de nos besoins énergétiques qui sont couverts grâce à l’énergie produite sur les usines – 600 GWh sont valorisés sur les usines de traitement », rappelle Julien Laurent, responsable adjoint de la Mission Réglementation, Partenariats et International (MRPI) au sein de la Direction déléguée en charge de l'Innovation, la Stratégie et l'Environnement (DISE) du SIAAP.
La performance énergétique fait partie des objectifs de performance du syndicat interdépartemental au travers de son Schéma directeur industriel (SDI), avec une volonté de tendre vers la neutralité énergétique en réduisant l’énergie consommée et maximisant l'énergie produite. Pour cela, le SIAAP s'est doté d'une trajectoire « énergie » permettant, à la fois, de répondre aux enjeux de la DERU 2, mais également à trois enjeux majeurs.
Le premier est de trouver l’équilibre entre souveraineté et neutralité énergétique : « L’achat d’énergie non produite sur les sites représente 15 % des coûts d’exploitation (600 GWh/an), soumis à la forte volatilité des prix de l’énergie – le coût a, par exemple, triplé en quelques mois, en 2022, à la suite du conflit russo-ukrainien, explique Julien Laurent. Assurer la souveraineté énergétique des sites industriels tout en accompagnant la dynamique sectorielle vers la neutralité énergétique, poussée par la DERU 2, est l'enjeu des vingt prochaines années. »
Le deuxième enjeu consiste à contribuer à l'atténuation au changement climatique dans le territoire. Cette approche prend la forme du partage de son biogaz excédentaire en le réinjectant dans le réseau de GRDF – potentiel injectable de 45 GWh/an depuis l’usine de Valenton, qui bénéficie à 10 000 foyers – ou de la chaleur excédentaire – des projets émergent sur le territoire francilien, à Clichy et Colombes notamment.
« Quelle que soit sa forme, biogaz ou chaleur, le gisement d’énergie à mettre au service du territoire va s’accroître ces dix prochaines années, avec la modernisation des filières de traitement des boues sur nos usines, susceptible de libérer plus de 100 GWh/an d'énergie », affirme Julien Laurent.
Le troisième et dernier enjeu est l'anticipation de la diminution progressive de la valorisation agricole. En 2025, environ 80 000 tonnes de matière ont été épandues sur le sol, mais la tendance est à la baisse, induite par une pression réglementaire et sociétale.
Cela conduit le SIAAP à imaginer d'autres voies de valorisation des sous-produits grâce à l’émergence de nouvelles technologies d’avenir. « L’évolution et la modernisation des filières de traitement et de valorisation des boues d’épuration, combinées à l'évolution des pratiques d'exploitation vers toujours plus de sobriété, vont permettre d’accroître encore le niveau d’autosuffisance énergétique d'ici 2035, pour franchir le seuil des 60 % », constate Julien Laurent.

