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30 novembre 2012 Paru dans N°356
Une étude menée par des chercheurs du CNRS et de l'IRD et publiée récemment dans la revue Geophysical Research Letters l'avait révélé : les zones humides (marais, lagunes, marécages, tourbières'), ont reculé sur l'ensemble de la planète de 6 % en 15 ans. En cause, la pression démographique sur les cycles hydrologiques qui se matérialise le plus souvent par l'assèchement de ses milieux à des fins d'urbanisation. Les pertes de superficie les plus importantes se concentrent là où ont été recensées les plus fortes augmentations de population durant les deux dernières décennies. Autre facteur prépondérant, l'augmentation globale et constante des prélèvements d'eau qui n?épargne pas, parfois bien au contraire, les zones humides. En France, le constat n?est pas plus rassurant. Une enquête nationale menée par le ministère en charge de l'écologie sur les zones humides de métropole et d'outre-mer et dont les résultats ont été publiés le mois dernier, montre que si la situation s'améliore pour 11 % d'entre elles, elle s'est, durant la décennie 2000-2010, dégradée pour 48 % d'entre elles. Certes, cette évolution suit globalement la même tendance sur la période 2000-2010 que sur la décennie 1990-2000, sans s'aggraver ni s'accélérer. De même, la dégradation observée est davantage due à une détérioration de l'état de conservation des milieux humides qu'à une diminution globale de leur superficie. Il n?en reste pas moins que malgré l'arsenal réglementaire déployé notamment depuis la loi du 3 janvier 1992 pour protéger nos zones humides, elles restent soumises à une dégradation lente mais continue, et dans certains cas irréversible, de leur état. Les pressions qui pèsent sur ces milieux sont d'origines diverses. Comme à l'échelon international, les pertes de surfaces sont essentiellement imputables à l'urbanisation et au développement de l'agriculture alors que la dégradation des milieux est plutôt liée à la fréquentation et aux changements de pratiques culturales : drainages, assèchements, comblements' Mais le résultat est là. Même si les acteurs territoriaux ont dans l'ensemble pris conscience de leur importance, 70 % des zones humides en France restent aujourd'hui encore sujettes à un ou plusieurs dysfonctionnements hydrauliques ou hydrologiques et plus de la moitié d'entre elles connaissent une altération de la qualité de l'eau due à l'eutrophisation ou à une pollution par des produits phytosanitaires ou des hydrocarbures. Cette situation pourrait paraitre d'importance seconde si les zones humides ne jouaient pas un rôle primordial dans de nombreux domaines. Véritables interfaces entre les milieux aquatiques et terrestres, elles constituent un élément essentiel des équilibres biologiques, hydrologiques et climatiques. Les zones humides d'un bassin versant contribuent à la qualité de la ressource en eau par leurs effets auto-épurateurs, par leur rôle de stockage qui pondère efficacement les effets dévastateurs des crues, par le renouvellement des nappes souterraines et la rétention des matières nutritives dans les plaines inondables. Les prairies, ripisylves, forêts inondables, eaux libres courantes et eaux stagnantes douces ou saumâtres ont donc des fonctions de régulation très importantes. Elles sont également le lieu d'une diversité biologique unique tout en jouant un rôle économique considérable : alimentation en eau, pêche, agriculture, bois d'?uvre, ressources énergétiques, faune et flore sauvages, transport, loisirs, tourisme, etc. Malheureusement, et en dépit des gros progrès accomplis depuis trois décennies, les zones humides figurent, en France comme ailleurs, parmi les écosystèmes les plus menacés et régressent au profit des territoires artificialisés.