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29 mai 2017 Paru dans N°402 - à la page 5

Une toute nouvelle étude publiée par le Plan Bleu(1) vient utilement illustrer la valeur des zones humides naturelles, ces écosystèmes tout à la fois les plus riches mais aussi les plus menacés de la planète. Utilement, car si les études qui démontrent l’impact du changement climatique sur ces écosystèmes sont nombreuses, à l’inverse, le rôle des zones humides comme outil d’adaptation ou d’atténuation reste encore largement méconnu et sous-estimé.

Or, les zones humides font partie des écosystèmes les plus productifs de la Terre. Tout à la fois «reins du paysage» pour les fonctions qu’elles remplissent dans les cycles hydrologique et chimique et «réservoirs biologiques» en raison des vastes chaînes trophiques et de la riche diversité biologique qu’elles entretiennent, elles jouent également un rôle économique essentiel dans le domaine de l’alimentation en eau, de la pêche, de l’agriculture, des ressources énergétiques, des loisirs, du tourisme, etc.

Les zones humides permettent aussi d’atténuer les effets des changements climatiques en réduisant le niveau des émissions de gaz à effet de serre, en nous protégeant des inondations, des sécheresses et des tempêtes, grâce aux lagunes, mangroves, plaines d’inondation.

Elles nous rendent des services infiniment moins coûteux que ceux supposés équivalents rendus par des infrastructures artificielles. Des services qui devraient être valorisés par le biais du coût que devrait supporter la société en leur absence.

Or, on en est bien loin… : les services rendus par les zones humides restent bien souvent méconnus et associés à des mécanismes complexes, difficiles à appréhender.

Pourtant, leur prise en compte dans les politiques publiques est tout aussi légitime que celle de services influençant classiquement la prise de décision et qui génèrent, eux, des bénéfices facilement démontrables et monnayables.

D’où l’intérêt de cette étude qui s’est attaché à attribuer une valeur monétaire à trois services rendus par les zones humides : la protection côtière, la maitrise des crues et la séquestration du carbone. Résultat : une valeur qui oscille entre 1.000 et 68.000 €/ha/an, et qui permet de prendre en considération les zones humides dans un contexte de changement climatique tout en les plaçant au sein d’un référentiel commun avec les services liés à un marché.

Car il ne s’agit évidemment pas de donner un prix à ces services inestimables, mais plutôt de créer un langage commun pour permettre aux décideurs d’apprécier l’environnement comme un capital naturel dont dépend, en l’occurrence, de nombreux secteurs d’activités.

Cette étude permet ainsi de prendre conscience de l’utilité des zones humides, particulièrement des services de régulation qu’elles rendent, en sensibilisant les acteurs locaux et les gestionnaires de sites, contrairement aux approches classiques qui encouragent la lutte contre le changement climatique au niveau global.

Elle permet aussi de lutter contre l’opinion selon laquelle les zones humides sont des espaces perdus, née de la méconnaissance de l’importance des services qu’elles procurent et à l’origine de leur destruction au profit de l’agriculture intensive, de l’industrie ou d’une urbanisation effrénée.

Opinion qui fait des ravages : les scientifiques estiment que 64% des zones humides de la planète ont disparu depuis 1900. La France n’est pas épargnée bien au contraire : 67 % des zones humides ont été détruites entre 1900 et 1993 et ces milieux restent aujourd’hui encore directement menacés par l'urbanisation, l'intensification de l’agriculture ou encore les pollutions…

Enfin, même si l’exercice a ses limites, il démontre que séparer les besoins de l’économie humaine de ceux de la conservation de la nature et des habitats est à la fois artificiel et préjudiciable.


(1) Evaluation économique des services rendus par les zones humides méditerranéennes en termes de régulation du climat : http://planbleu.org/sites/default/files/publications/rapport_technique_zones_humides_fr_web.pdf