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On estime à près de 100.000 le nombre de substances couramment utilisées dans l'industrie, l'agriculture ou dans le cadre de notre vie quotidienne. Or, une partie considérable de ces substances se retrouvent dans les eaux usées par le biais des réseaux d'évacuation des eaux urbaines. Exception faite des hormones, qui font l'objet d'études approfondies depuis plusieurs décennies, on ne sait que peu de choses sur ces substances, si ce n?est que leurs propriétés physico-chimiques sont très variées et que certaines d'entre-elles, notamment les résidus médicamenteux, ont un impact avéré, même à des doses très faibles, sur les organismes aquatiques. D?où l'intérêt du programme Ampères - Analyse des Micropolluants Prioritaires et Emergents dans les Rejets et les Eaux de Surface - financé par l'ANR et impliquant le Cemagref, Suez Environnement, l'Université de Bordeaux et l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée et Corse. Son objectif est de mesurer les concentrations des micropolluants dans les eaux usées domestiques traitées en entrée et en sortie de stations d'épuration et d'évaluer les capacités d'élimination des différentes technologies de traitement. On lira page 12 de ce numéro les grandes lignes des premiers résultats publiés le mois dernier après trois années de recherches. Des résultats d'autant plus intéressants qu'ils fournissent aux collectivités un outil d'aide à la décision bien utile. Grosso-modo, et bien qu'elles aient été conçues pour traiter l'azote, le phosphore et le carbone, les stations d'épuration éliminent jusqu'à 85% des 33 substances prioritaires définies par la directive cadre sur l'eau, à hauteur de 70 %. En revanche, et selon la nature du traitement appliqué, elles n?arrêteraient qu'environ 35% des autres substances étudiées. C?est dire qu'une élimination correcte des autres substances analysées nécessitera, à une échéance plus ou moins lointaine, la mise en place de traitements tertiaires adaptés c'est-à-dire plus sophistiqués et donc plus coûteux. Ces traitements ? essentiellement l'ozonation, la filtration sur charbon actif et l'osmose inverse - ont également été évalués dans le cadre de ce programme. Les résultats montrent qu'ils permettent de compléter l'élimination de plus de 90% des micropolluants encore présents dans l'eau en sortie d'une station d'épuration conventionnelle, notamment certaines substances non biodégradables tels que certains pesticides et composés pharmaceutiques. En poussant le traitement tertiaire jusqu'à l'osmose inverse ou l'ozonation, les rejets n?auraient quasiment plus d'incidence sur le milieu aquatique. Sauf réduction drastique des rejets et émissions à la source, ou mise en place de structures de traitement décentralisées en amont, par exemple à la sortie des hôpitaux, une élimination efficace des micropolluants passera dans bien des cas par la mise en place de filières tertiaires avancées. Quel sera le coût, en investissement et en exploitation, de cette élimination ? Il dépendra bien évidemment de la complexité de la filière retenue et sera proportionnellement moins important pour les grandes stations que pour les petites, mais il pourrait aller jusqu'à doubler les coûts de l'épuration. Des arbitrages entre risques sanitaires et environnementaux et considérations économiques seront donc nécessaires'