Your browser does not support JavaScript!

C?est un rapport qui arrive à point nommé? Alors que tombent en France les premiers arrêtés pour limiter les usages de l'eau ? 56% des réservoirs d'eau affichaient, fin mars, un niveau inférieur à la normale ? un rapport, confié à BRL par l'Agence Française de Développement (AFD), permet de mieux appréhender le potentiel, la pertinence, les coûts, la rentabilité ainsi que les impacts de la réutilisation des eaux usées épurées. Commençons par le potentiel : l'étude publiée par l'AFD indique que l'activité humaine prélève chaque année environ 3 800 milliards de m3, dont 70% sont utilisés pour l'irrigation, 22% pour l'industrie et 8% pour les usages domestiques. Après usages industriels et domestiques, les eaux usées collectées représenteraient un volume de 370 milliards de m3 dont un peu moins de la moitié serait dépolluées, soit environ 160 milliards de m3. Or, aujourd'hui, 4 % seulement de ces 160 milliards de m3, soit 7 milliards de m3 par an seraient réutilisés chaque année dans le monde tous usages confondus, laissant apparaitre un gisement inexploité important, même si ces volumes démontrent que la réutilisation des eaux usées épurées ne peut représenter qu'une solution partielle à la forte demande en eau et ne se substitue pas aux questions plus générales de la mobilisation de ressources nouvelles. Ce qui ne justifie pas le désintérêt que cette pratique suscite, notamment au sein de l'Union européenne. Car trop souvent, le recyclage des eaux usées épurées n?est envisagé que dans une optique quantitative, par exemple dans un contexte de stress hydrique obligeant à préserver la ressource, ce qui, en France, n?est pas considéré comme une priorité, bien que de fortes tensions pèsent de façon récurrente sur les disponibilités en eau dans certaines régions. Mais il ne faut pas oublier que la réutilisation des eaux usées épurées répond également à des objectifs qualitatifs en préservant la ressource, en permettant le maintien d'usages en aval ou encore en réduisant les rejets de nutriments et de polluants dans des zones naturelles sensibles. A ce titre, elle constitue un outil important pour atteindre le bon état écologique des eaux requis par la directive-cadre sur l'eau. Elle peut également répondre à des objectifs économiques lorsque la réutilisation des eaux usées épurées s'avère moins coûteuse que la mobilisation d'une ressource nouvelle. C?est la raison pour laquelle elle se pratique fréquemment en boucle courte dans l'industrie, dans la chimie, l'agroalimentaire,?.etc. Bref, ces multiples atouts devraient contribuer à généraliser cette pratique. C?est d'ailleurs ce qui se passe en Chine, au Moyen-Orient ou au Maghreb ou les projets d'investissements foisonnent. Mais en France, seuls 28 sites pratiquaient en 2010 la réutilisation des eaux épurées pour l'agriculture et l'arrosage d'espaces verts, comme par exemple à Clermont-Ferrand ou l'eau traitée par la station d'épuration irrigue 650 hectares de cultures. Pourtant, les choses évoluent. L'article 27 de la loi Grenelle 1 dispose que « la récupération et la réutilisation des eaux pluviales et des eaux usées seront développées dans le respect des contraintes sanitaires en tenant compte de la nécessité de satisfaire les besoins prioritaires de la population en cas de crise ». L?arrêté du 2 août 2010, encadre dorénavant les projets de réutilisation des eaux résiduaires urbaines pour l'irrigation de cultures ou d'espaces verts. Le plan national d'adaptation au changement climatique, voulu par le Grenelle et attendu pour cette année, prévoit également de préserver quantitativement et qualitativement la ressource en eau en ayant recours à la réutilisation des eaux usées traitées. Autant de signes encourageants même si c'est bien au plan communautaire que le débat doit être porté. Car une extension du recyclage des eaux usées passe nécessairement, au niveau de l'Union, par la définition de règles claires et communes prenant en compte les préoccupations de santé publique et d'environnement.