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Réutilisation des eaux usées : la France en retard' Faut-il y voir un paradoxe national, la traduction d'un décalage croissant entre le « dire » et le « faire » ou pire encore, la manifestation d'une insidieuse schizophrénie ? Bien qu'elle bénéficie de nombreux atouts pour promouvoir la réutilisation des eaux usées épurées (REUE), thème auquel une large part de ce numéro est consacré, la France accumule depuis presque deux décennies une série de retards impressionnants. Alors qu'elle fût au début des années 1980 parmi les plus en pointe sur le sujet, alors qu'elle abrite en son sein les entreprises les plus pointues du domaine, qui contribuent directement à la plupart des grands projets de réutilisation des eaux usées dans le monde, notre pays reste cantonné à quelques réalisations de taille limitée, sans audace ni relief. Et ceci bien que la REUE bénéficie d'un soutien marqué de l'opinion publique, ce qui, soit dit en passant, ne manque pas de sel au regard de la perception de cette même opinion publique dans le domaine de l'épandage des boues. Alors pourquoi un tel retard ? On objectera qu'en France, l'abondance des ressources en eau ne favorise pas le développement de cette pratique. Ce serait oublier que si notre pays dispose de ressources abondantes, celles-ci sont inégalement réparties. Les fortes tensions qui ont pesé sur la ressource à l'occasion des épisodes de sécheresse ces dernières années et les nombreux arrêtés de restriction ou d'interdiction relatifs aux prélèvements et aux usages en témoignent. Ce serait également limiter les bénéfices de la REUE au simple aspect quantitatif, à une ressource alternative qui serait disponible en cas de besoin. Or, elle est bien plus que cela. Car si elle permet de mobiliser des ressources supplémentaires de bonne qualité en court-circuitant le cycle naturel de l'eau, elle contribue également à assurer l'équilibre de ce cycle et la protection des milieux en conservant et en préservant les ressources et en réduisant les rejets de nutriments et de polluants dans le milieu récepteur. A ce titre, et même sans besoin de ressources en eau supplémentaires, la REUE peut être considérée comme une mesure de protection environnementale à part entière. Pourtant, cette technique qui permet de sauvegarder et d'améliorer la qualité des milieux récepteurs sensibles apparaît encore peu exploitée en France. Et ceci alors même que l'objectif d'atteindre un bon état écologique des eaux devrait constituer un contexte favorable pour la promotion de projets de REUE. D?autant qu'en adaptant le niveau du traitement à l'usage considéré qu'il soit agricole, industriel ou urbain et en respectant la réglementation, la pratique est une alternative sûre et sans danger pour la santé publique. Mais justement, que dit la réglementation ? En France, à ce jour, la réglementation sur la réutilisation des eaux usées épurées ne concerne que la réutilisation agricole. Il y a donc, pour l'instant, un vide juridique concernant les autres usages, peu propice à l'émergence de projets. Interpellée par un député lors des questions au gouvernement le 17 janvier 2007, Nelly Olin a indiqué qu'un arrêté fixant les règles applicables à cette technique était prêt et en attente de l'avis de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail' Quant à l'Union Européenne, elle accuse un retard énorme en terme de législation sur le sujet puisqu'elle se borne à indiquer dans l'article 12 de la directive CEE numéro 91/271 de 1991 sur les eaux usées, que « Les eaux usées traitées sont réutilisées lorsque cela se révèle approprié ». Ces incroyables lacunes n?ont pas empêché certains pays membres d'adopter leur propre réglementation. Mais elles n?ont pas permis l'émergence d'une unité européenne qui seule pourrait inciter au développement de la réutilisation des eaux usées en l'intégrant enfin parmi les grands standards de la gestion des eaux.