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Peu de chiffres mais déjà des certitudes. Le rapport publié par l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique indique qu'un déficit de 2 milliards de m3 en eau potable serait observé à l'horizon 2050. Le coût de ce déficit pourrait atteindre plusieurs milliards d'euros si les volumes devaient être entièrement compensés et des traitements complémentaires mis en ?uvre.

N?en déplaise à certains, le changement climatique est déjà une réalité : plusieurs études ont déjà mis en évidence un réchauffement estival des rivières de plus d'un degré en 30 ans, clairement corrélé au réchauffement de l'air. A la fin du 21ème siècle, il se traduira par une élévation des températures comprise entre 3 et 4°C. Mais si la réalité de ce réchauffement ne fait plus débat, il n?en va pas de même de ses impacts sur notre environnement et nos modes de vie. D?ou l'intérêt du rapport récemment publié par l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc). Ce rapport a été réalisé par un groupe plénier, présidé par la Direction Générale de l'Energie et du Climat et l'Onerc, et par dix groupes thématiques eux-mêmes pilotés par les ministères concernés dont un « groupe eau » supervisé par la direction de l'Eau et de la biodiversité du ministère de l'écologie. Au niveau mondial, on sait que d'ici le milieu du 21ème siècle, la disponibilité en eau devrait augmenter de 10 à 40% à des latitudes élevées et dans certaines zones tropicales humides, et diminuer de 10 à 30% sur les régions sèches. Mais en France, quels seront les impacts du changement climatique sur la ressource en eau ? Pour le savoir, les rapporteurs de l'Onerc ont établi des évaluations sectorielles aux horizons 2030, 2050 et 2100 basées sur les scénarii A2 et B2 du GIEC, le premier étant plutôt pessimiste et le second optimiste. Selon leurs estimations, un déficit de 2 milliards de m3 pour la satisfaction des besoins de l'industrie, l'agriculture et l'alimentation en eau potable serait observé à l'horizon 2050. Logiquement, les zones les plus touchées seront les zones déjà concernées aujourd'hui par des déficits structurels. Le coût de ce déficit pourrait atteindre plusieurs milliards d'euros si les volumes d'eau devaient être entièrement compensés et des traitements complémentaires mis en ?uvre. Des exemples ? Des baisses de niveau des grandes nappes sédimentaires du bassin de la Seine qui atteindraient 15 mètres pourraient conduire à augmenter les coûts d'accès à l'eau de nombreuses activités économiques. Les hausses de température et la réduction des débits engendreraient des contraintes supplémentaires de traitement des eaux brutes comme des eaux usées. Le maintien du potentiel piscicole des rivières ou de l'intégrité des zones humides impliqueraient des aménagements colossaux, etc. Tous les secteurs seraient affectés par cette évolution, qui, selon le rapport, se traduira par une multiplication des conflits d'usage, une dégradation de la qualité des eaux (baisse de la capacité auto-épuratoire, salinisation des nappes en zones côtières, augmentation des concentrations en polluants') et par la perturbation des écosystèmes aquatiques. Quelles sont les mesures d'adaptation à prendre pour limiter les impacts du changement climatique ? Premier constat des rapporteurs, « la mobilisation des gestionnaires de l'eau est encore faible». L'enjeu est d'ailleurs encore peu traité dans les projets de SDAGE. « La capacité des acteurs de l'eau à faire face aux enjeux de la Directive Cadre sur l'Eau est déjà un enjeu majeur » s'inquiètent les rapporteurs, relevant que « la capacité à faire plus en raison du changement climatique constitue un défi supplémentaire à relever ». Pourtant, l'adaptation de chaque secteur au changement climatique passe par une meilleure gestion de la consommation d'eau. Quant à l'adaptation de l'offre, notamment en matière d'infrastructures supplémentaires d'approvisionnement (stockage, transfert, dessalement), elle devra impérativement relever de l'adaptation planifiée pour en étudier préalablement les impacts. Mais pour cela, il faut prendre en compte le changement climatique dans les instances et les plans de gestion de l'eau (Agences, SAGE et SDAGE), ce qui est encore loin d'être le cas. L?évaluation du coût de ces mesures d'adaptation ne pourra se faire qu'à travers des investigations locales. Néanmoins, estiment les rapporteurs, cela pourrait représenter des investissements et des dépenses très importants. Ainsi, la seule décision de redimensionner les capacités d'évacuation des réseaux d'eaux pluviales en milieu urbain, comme l'ont déjà envisagé certains États européens, se chiffrerait déjà en milliards d'euros. Le rapport de l'Onerc est téléchargeable à l'adresse : http://www.ecologie.gouv.fr/-ONERC-.html