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Les rapports traitant des liens entre l'eau et l'agriculture se succèdent à rythme rapide. Après le rapport de Philippe Martin en 2012 sur la gestion quantitative de l'eau dans l'agriculture, l'avis du Conseil économique, social et environnemental sur la gestion de l'eau et de l'agriculture en avril 2013, le rapport d'évaluation de la politique de l'eau par le député Lesage en juin de la même année, le rapport du Conseil général de l'environnement et du développement durable sur l'évaluation de la politique de l'eau de septembre 2013, on lira avec intérêt, dans les pages qui suivent, la dernière étude du CGEDD sur les externalités environnementales liées aux usages agricoles des produits phytosanitaires et des engrais azotés. Il faut ajouter à cette liste déjà longue, les nombreux rapports de la Cour des comptes, dont le dernier a réservé un passage de choix à la question des pollutions diffuses d'origine agricole et aux contributions financières du monde agricole. Mais pourquoi cette focalisation sur le couple eau-agriculture ? C?est que les problématiques liées au partage de la ressource, aux sécheresses à répétition, aux pollutions diffuses, aux marées vertes, au devenir des zones humides, commencent à inquiéter sérieusement' Toutes renvoient à un constat récurrent : celui des limites des politiques sectorielles menées ces quarante dernières années. Ces inquiétudes rejoignent les conclusions de la plupart de ces rapports qui appellent généralement à une meilleure gestion territoriale ainsi qu'à une meilleure coordination des acteurs locaux. Mais tout ceci ne fait pas une politique : mieux gérer, mieux coordonner l'action publique, pourquoi pas, mais comment ? C?est tout l'objectif d'un très intéressant programme de recherche baptisé « Eaux et Territoires », piloté par le ministère de l'écologie, l'Irstea et le CNRS, dont l'ambition principale est de dépasser une vision trop sectorielle des politiques publiques en matière de gestion de l'eau pour proposer des approches scientifiques et des modes de gestion transversaux. Et surtout, des résultats exploitables par l'action publique et/ou collective. Le CGEDD vient d'en publier les premiers résultats qui synthétisent les conclusions de 6 programmes de recherche abordant de manière originale les liens complexes entre ressource en eau et territoires agricoles. Certains de ces programmes concernent la gestion des pollutions diffuses, d'autres abordent les interactions entre dynamiques agricoles et zones humides, ou encore la notion de gestion intégrée. Même si la diversité des cas exposés pose la question de la pertinence d'une généralisation, les conclusions présentées dans ce rapport permettent d'esquisser quelques pistes. L?une des plus importantes montre que la mise en place d'une nouvelle gouvernance, plus ouverte, plus équilibrée, est devenue une nécessité. La politique de l'eau actuelle et la gouvernance associée, tout à la fois inefficace, inéquitable et coûteuse, ne permettra pas de faire face aux enjeux d'aujourd'hui. Une autre piste concerne la nécessité de mettre en place une gestion plus intégrée au plan des usages, des milieux, des acteurs, des temporalités, des espaces, des territoires. Le rapport cite dans sa conclusion l'exemple des enjeux relatifs aux pollutions par les nitrates qui sont aussi bien environnementaux et sanitaires qu'économiques et sociaux. Or, malgré ces différentes dimensions, les approches et les solutions sectorisées demeurent, aujourd'hui encore, la règle. Ces deux pistes permettent d'en définir une troisième : identifier les indices de crise à l'état de signaux faibles, pour éviter d'atteindre des pics de conflits exacerbés et dépasser les blocages qui minent l'action publique. C?est en rompant avec les politiques sectorielles et avec une vision segmentée et en silo des problématiques, que le lien eau-agriculture pourra être progressivement redéfini. http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Ref_-_Eaux_et_territoires_agricoles-2.pdf