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Res Naturalis organise le 19 mai 2009 à Périgueux un colloque sur le thème de l'assainissement non collectif. Au delà des évolutions règlementaires attendues, l'objectif est de faire le point sur l'ensemble des techniques épuratoires, classiques ou innovantes, applicables au secteur de l'assainissement non-collectif. Rencontre avec Francis Dutard, vice-président du Conseil général de la Dordogne chargé de la politique de l'eau, de l'assainissement et de l'aménagement rural.

L?Eau, L?Industrie, les Nuisances : Vous présidez le colloque du 19 mai prochain consacré au thème de l'assainissement non collectif. Quelles sont vos motivations ? Francis Dutard : Le Conseil Général de la Dordogne soutient depuis de nombreuses années les démarches porteuses de progrès et de créativité en matière d'environnement. Nous sommes donc heureux d'être partenaires de ce colloque qui se déroulera sous les auspices de Pierre Paul Grassé, éminent biologiste périgourdin, avec la ferme intention de tirer de ces échanges un profit régional et local. Je suis moi-même maire de Meyrals depuis 1983, un petit bourg rural situé à une dizaine de kilomètres de Sarlat et donc concerné au premier chef par tout ce qui touche à la problématique de l'assainissement non-collectif. A ce titre, j?attache une grande importance aux innovations proposées par les écoindustries en ce domaine, qui me paraissent être le seul espoir de contenir l'inflation des coûts à laquelle nous assistons. Meyrals s'efforce d'ailleurs, dans la mesure de ses modestes moyens, de donner l'exemple en matière d'innovation en hébergeant par exemple une intéressante réalisation d'épuration par sol en place. E.I.N. : Quelle est la place de l'assainissement non-collectif dans la région Aquitaine ? F.D. : L?ANC concerne en Aquitaine une importante partie de la population. En Dordogne, pour des raisons historiques d'habitat dispersé, cette technique d'assainissement concerne une proportion significative d'habitants, même des nouveaux lotissements périurbains. D?autant qu'il ne faut pas sous-estimer les impacts sanitaires sur les ressources en eau d'une absence d'assainissement dans une région dont les sols sont en majorité calcaires. E.I.N. : Que pensez-vous des trois projets d'arrêtés présentés par le MEEDDAT, dont l'arrêté fixant les prescriptions techniques applicables aux installations de moins de 20 E.H. qui doit remplacer l'arrêté de 1996 ? F.D. : Il me semble que ces textes ne mettront pas fin au débat sur les filières innovantes ou alternatives. J?accueille en tout ca favorablement l'annonce d'un nouveau protocole, ouvert à l'ensemble des acteurs de l'ANC, destiné notamment à labelliser les nouvelles filières. J?approuve également la possibilité donnée aux associations de consommateurs ou de défense de l'environnement de participer aux travaux des instances de normalisation qui participeront à l'élaboration des normes destinées à encadrer le développement de ces nouvelles filières. La filière doit s'ouvrir et être la plus transparente possible. E.I.N. : Un système d'ANC coûte de 5.000 à 12.000 euros et nécessite un entretien régulier et coûteux. Au-delà de l'intérêt de ce système au plan environnemental, n?est ce pas un obstacle pour un grand nombre de foyers en milieu rural ? F.D. : Il y a, à mon sens, deux raisons pour promouvoir l'ANC en milieu rural. La première est liée au fait que chaque citoyen est responsable de ses rejets. Les rejets se dispersent et contaminent nécessairement les nappes aquifères, qui, elles, sont une ressource collective. La deuxième raison, c'est le principe de précaution qui a été promu pour anticiper les risques sanitaires humains, par exemple les épidémies connues et inconnues comme les maladies émergeantes, l'encéphalite spongiforme, le virus aviaire, la fièvre de la langue bleue, etc' Vous posez ensuite la question du coût. C?est vrai que la charge financière d'une installation d'ANC est souvent difficile à assumer pour les familles. Longtemps, ces installations ont été négligées ce qui a sans doute contribué à dégrader une partie de nos ressources. Eh bien oui, c'est un problème qu'il nous faut résoudre en développant des solutions plus efficaces et moins couteuses. C?est d'ailleurs tout l'objet de ce colloque. E.I.N. : C?est ce que vous attendez de ce colloque ? F.D. : Tout à fait. L?objectif de cette journée est très clair : il s'agit de mieux connaître et de perfectionner les systèmes épuratoires qui participent de près ou de loin à l'assainissement non collectif. Vous savez, on se trompe lourdement en pensant qu'une fosse ou un filtre à sable sont des procédés simples. Les mécanismes chimiques et biologiques impliqués dans ces réacteurs sont à la fois complexes et mal connus, essentiellement parce qu'ils n?ont pas bénéficié des recherches et de l'attention portées aux procédés d'assainissement collectif. Il est donc grand temps de se pencher sur cette problématique pour contribuer à faire émerger des systèmes efficaces, économiques, simples à exploiter et à maintenir. Plus généralement, j?entends promouvoir en Aquitaine et en Périgord en particulier, un pôle environnemental dynamique capable d'analyser les besoins spécifiques de la région et d'y répondre de concert avec les entreprises et les universités. Il me parait également important d'être à l'écoute des réalisations à l'étranger qui nous préservent des dangers de la suffisance et de l'autosatisfaction. Ceci rejoint notre volonté politique de coopération avec les pays lointains. Ce colloque sera d'ailleurs l'occasion d'évoquer des réalisations intéressantes en Allemagne et au Vietnam. Je ne doute pas qu'elles susciteront un grand intérêt. E.I.N. : A qui s'adresse cette journée ? F.D. : Prioritairement aux élus locaux qui ressentent le besoin de s'informer aux plans techniques, réglementaires et économiques directement auprès des développeurs, des éco-indus¬triels et des universitaires des académies voisines avec lesquels nous menons des programmes de recherches. Également, bien sûr, aux techniciens des services publics d'assainissement non-col¬lectif de la région Aquitaine, mais aussi de toutes les autres régions qui sont confrontées à la même problématique que nous. Nous avons veillé à concevoir programme dense et concis afin que chacun puisse trouver à l'occasion de cette journée les réponses qu'il souhaite aux questions qu'il se pose.