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Quand l'eau du robinet ne coule plus de source? Quels enseignements tirer de cette campagne de communication qui a amené un groupe propriétaire d'une marque d'eau en bouteille à vanter les bienfaits de son eau tout en mettant en garde contre l'eau du robinet ? Petits rappels des faits pour ceux de nos lecteurs à qui cette affaire aurait bien improbablement échappé. Le 8 janvier, le groupe Neptune, propriétaire de l'eau en bouteille de marque Cristaline lance une nouvelle campagne sur 1.400 panneaux publicitaires de la capitale. Si l'on en croit les affiches placardées, l'eau du robinet aurait mauvais goût, elle contiendrait des nitrates, du chlore et du plomb, elle proviendrait des eaux usées et notamment des toilettes. Très logiquement, les réactions fusent. De France Nature Environnement qui fait valoir que l'eau du robinet « est contrôlée un grand nombre de fois avant d'arriver chez le consommateur. De la ministre de l'écologie, Nelly Olin, qui lors de ses v?ux à la presse se déclare « très en colère ». De la FP2E qui précise que « Avec un coût pour le consommateur de seulement 0,3 centime d'euro par litre, qui inclut son retraitement avant rejet dans le milieu naturel, l'eau du robinet est un bien compétitif au regard des eaux embouteillées ». Du Sedif qui rappelle que « l'eau du robinet est l'un des produits alimentaires les plus contrôlés (250.000 analyses annuelles) qui respecte toutes les normes de potabilité et bien au-delà : 63 paramètres contrôlés pour 54 prévus dans la réglementation ». D?Eau de Paris qui décide d'engager une procédure pénale contre Cristaline. Bien évidemment, tout cela est exact. De même qu'il est juste de dénoncer le caractère éminemment scandaleux de la campagne de Cristaline qui jette le discrédit sur le travail de tous ceux ? délégataires ou régies municipales ? qui se battent 24h sur 24 et 365 jours par an pour veiller à la qualité de l'eau du robinet. Mais s'indigner ne suffit pas. Car même si la tendance s'infléchit en 20 ans, la consommation d'eau embouteillée a doublé en France. Si l'on en croit la dernière édition du baromètre Sofres/C.I.Eau, 63% des Français boivent régulièrement de l'eau du robinet contre 66% de l'eau en bouteille. Pourtant, 84% d'entre eux font confiance à l'eau du robinet, 80% la trouvent sûre, 74% en sont satisfaits et 73% la trouvent bonne. Alors pourquoi les Français se transforment-ils en porteurs d'eau ? Pourquoi cet engouement pour l'eau en bouteille, ou plutôt - puisque l'emballage coûte plus cher que le contenu - pour les bouteilles contenant de l'eau ? Un survol rapide des forums sur le net donne un début de réponse. Ici, on invoque le mauvais goût de l'eau distribuée, notamment l'excès de chlore, pour justifier le choix de l'eau embouteillée. Là, on argue d'un niveau trop élevé en pesticides. Ailleurs, un internaute se vante, non sans malice, de consommer Cristaline depuis qu'il a bénéficié d'une distribution gratuite suite à un excès de turbidité des eaux du réseau'. Bref, ceux qui délaissent l'eau du robinet le font pour des raisons gustatives mais aussi parce que leur confiance est limitée. Ils préfèrent une eau en bouteille à laquelle une communication millimétrée associe une image de standing, de sécurité et même de pureté censée générer de multiples bienfaits pour la santé. Alors faut-il intensifier les campagnes de publicité initiées ces derniers mois par les distributeurs d'eau, le Syndicat des Eaux d'Ile de France ou encore la ville de Besançon qui a été jusqu'à créer une marque pour son eau du robinet ? Ce qui est sûr, c'est que l'hypersensibilité du consommateur vis-à-vis des risques sanitaires impose une intensification des efforts engagés tant sur le goût que sur la constance de la qualité de l'eau distribuée. Constance car si le moindre soupçon pèse sur l'eau du robinet, alors la défiance apparaît. La qualité est vraiment devenue l'exigence première en termes organoleptiques comme en termes de sécurité alimentaire et de santé.