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Six mois après les vagues de chaleur qui ont concerné l'ensemble du pays, au cours desquelles plusieurs communes ont dû être alimentées par camions citernes, le BIPE et la Fédération Professionnelle des Entreprises de l’Eau (FP2E) publient la 7ème édition de l’étude sur les services publics d’eau et d’assainissement en France et à l’international.

Face à l’urgence climatique, la question du stress hydrique qui illustre le déséquilibre entre les prélèvements en eau douce et la ressource renouvelable disponible, risque de s’accentuer dans le futur et occasionner des arbitrages de consommation de plus en plus compliqués. « Pour la politique nationale de l’eau, il y aura un avant et après 2019, prévient Frédéric Van Heems, président de la FP2E. Cette étude le montre. En France, sous l’impulsion des collectivités et grâce à l’apport de nos entreprises, les services sont de plus en plus innovants, en matière technologique comme sociétale ou de gouvernance, et de plus en plus performants. Pour autant, la politique nationale de l’eau est à un moment charnière. Alors que le temps est venu de s’adapter au changement climatique et de répondre aux attentes environnementales - les indicateurs plus que jamais le montrent - le modèle économique du secteur est fragilisé et doit trouver de nouvelles marges de manœuvre ». En effet, même si la préservation de la ressource est désormais une préoccupation partagée par 67 % des Français et la volonté de s'inscrire dans une démarche d'économie circulaire affichée par 86 % de la population pour réutiliser les eaux usées pour leurs usages domestiques, l’évolution démographique par région montre que la population continuera d’augmenter dans des territoires en stress hydrique, donnant lieu à de possibles conflits d’usage, pour les services d’eau potable et d’assainissement collectif, comme pour d’autres services de réseaux. Les enjeux locaux résident donc nécessairement dans le dimensionnement des infrastructures, dans la mutualisation de moyens dans certains cas, ainsi que dans la gestion quantitative de la ressource.

L’étude du BIPE et de la FP2E se veut, avant tout, un outil pragmatique pour concrétiser les objectifs de la directive-cadre sur l’eau en s'appuyant sur l’analyse des données collectées de 2009 à 2016 auprès des services de l’Observatoire national SISPEA et sur les principales sources publiques, tout en valorisant les résultats d’enquêtes menées auprès des entreprises membres de la fédération.

La préservation de la ressource : l’enjeu de l’investissement en première ligne

Au cours des années 2000, le rendement du réseau d’eau potable a progressé. Il se situe sur la période récente autour de 80, indiquant un taux de fuite constant, de l’ordre de 20% depuis 2012. Selon Frédéric Van Heems, l’amélioration du rendement des réseaux a permis d’économiser un milliard de m3 de prélèvement d’eau par an alors même que la population en France augmentait de 4.5 millions d’habitants. Si ce taux de rendement montre l’efficacité de certains services, il masque cependant l’hétérogénéité des rendements par taille de services. Le taux est d’autant meilleur que le service dessert une population importante. Ainsi, la densité du taux de fuite dans les petits services atteint un niveau tel, de 30 à 45 %, qu’il faudrait 2 milliards d’euros pour améliorer l’ensemble des performances des services d’eau et d’assainissement. « Alors que la question de la gestion patrimoniale des infrastructures et de mise en conformité des usines de traitement d’eaux usées, est posée depuis des années, les budgets sont en baisse. Celui des agences de l’eau a diminué de 9% en 2019-2024 par rapport à 2013-2018, baisse d’autant plus pénalisante qu’il est en partie employé à d’autres finalités que l’eau, contrairement au principe « l’eau paie l’eau ». 

A travers cette étude, il ressort que le rendement épuratoire des stations d’épuration est élevé dans les services gérés par les entreprises de l’eau. Sur les 2,25 milliards de m3 d’eaux usées traitées en 2017, les stations supérieures à 2000 équivalents habitants affichent un rendement épuratoire de 96,9% et les très grandes stations un taux de 96,6%. Depuis 2010, les volumes traités dans les stations gérées par les entreprises de l’eau ont progressé de 7,4%. L’ensemble des services d’assainissement a produit en 2016 plus d’un million de tonnes de matières sèches de boues, dont 54% sont produites par les entreprises de l’eau. 

Si d’importants progrès technologiques ont été réalisés au cours des quinze dernières années au niveau du traitement des boues en des débouchés potentiels, notamment pour l’épandage, les industriels restent attentistes quant aux réponses apportées sur le plan réglementaire pour la réutilisation des eaux usées traitées. Ils rappellent que cette solution constitue non seulement une réponse aux enjeux économiques actuels des stations d’épuration mais aussi un atout important pour affronter les épisodes de sécheresse et s’adapter aux aléas climatiques. 

Au cours de la période, les compteurs « intelligents » favorisant la maîtrise de la consommation d’eau ont doublé en 4 ans. Sur les 16,1 millions de compteurs gérés par les entreprises de l’eau, plus d’un tiers sont des compteurs « intelligents ». Les compteurs télé-relevés, en particulier, permettant de détecter d’éventuelles fuites d’eau et d’alerter les abonnés sont toutefois inégalement répartis puisque 60% sont installés dans les services urbains, 40 % dans les services ruraux.

D’une importance cruciale pour répondre aux enjeux environnementaux de l’eau, les dépenses en R&D consacrées aux nouvelles technologies ont progressé de 17% représentant 140 millions d’euros et près de 1000 collaborateurs. Les principaux axes émergents de recherche sont : le traitement des micropolluants, la sobriété des systèmes, la digitalisation et la smart city. Pour Pascal Le Merrer, président du BIPE, la question des enjeux sociétaux et environnementaux de la gestion de l’eau exige d’amplifier l’apport du digital dans le système et d’accélérer la collecte des données pour en améliorer la gestion, l’analyse et la communication de ces informations aux abonnés. 

L’étude est accessible à l’adresse : https://fp2e.org/flowpaper/BIPE-2019/#page=1

Pascale Meeschaert