Your browser does not support JavaScript!

Des études menées par deux organismes de recherche suisses, l'Eawag (Institut suisse fédéral pour les sciences et la technologie de l'eau) et l'Empa (Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et de recherche), ont démontré que les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables de rejet de pesticides dans les rivières. Le lessivage des façades aurait une large part de responsabilité dans la pollution de l'eau.

Le Service des déchets, de l'eau, de l'énergie et de l'air de Zurich (Awell) a mis à jour dans son secteur une concentration excessive de pesticides dans certains cours d'eau. Par ailleurs, des mesures récentes effectuées sur deux rivières suisses ont identifié 26 substances actives. Dans 22 des cas, le seuil spécifié dans l'Ordonnance fédérale sur la protection des eaux (niveau maximum de 0,1µg/l) était largement dépassé. Ces résultats ont conduit à une observation : toutes les substances ne peuvent provenir de l'agriculture. En effet, certains agents en présence sont interdits dans le domaine agricole, d'autres ne correspondent pas à la courbe saisonnière des concentrations typiques des composés utilisés dans les champs. Résultats par ailleurs confirmés par les études de l'Eawag sur les effluents de stations d'épuration et les eaux pluviales du bassin versant du lac Greifen. Il apparaît donc que des sources non-agricoles contribuent de manière déterminante à la pollution des eaux à travers le réseau d'assainissement urbain, notamment via le lessivage par les pluies des peintures et des crépis des façades. Utilisées comme algicides ou fongicides, ces substances sont ajoutées de manière quasi systématique aux peintures et aux crépis synthétiques pour assurer une isolation thermique extérieure. On estime ainsi entre 60 et 300 tonnes la quantité de biocides utilisée par an en Suisse. Dans le cadre du projet URBIC, les chercheurs de l'Ewag et Empa ont démontré qu'un nombre important de substances biocides contenues dans les façades était entraîné par l'eau de pluie. Des éléments de façades ont ainsi été soumis à des pluies artificielles et exposés à des rayons ultraviolets à des températures variées. Les tests menés à l'air libre en conditions réelles météorologiques ont été effectués sur un immeuble miniature et sur plusieurs constructions récentes dans la région de Zurich. Les concentrations de biocides se sont avérées très importantes en particulier sur les façades qui venaient d'être fraîchement repeintes ou crépies. Par exemple, la teneur en diuron (herbicide) mesurée dans le premier litre d'écoulement des façades était de 7 000 µg/l. Si cette quantité avait été déversée dans une rivière ou un cours d'eau, ce litre de lessivat aurait dû être dilué 70 000 fois selon les termes de l'Ordonnance sur la protection des eaux. Si cela montre l'impact du ruissellement des façades et du rejet des eaux urbaines dans les petits cours d'eau, il faut également prendre en compte la diminution de la concentration des polluants au fur et à mesure des pluies. Les taux d'entraînement par lessivage dépendent par ailleurs de la solubilité des produits utilisés mais aussi de leur degré de dégradation photochimique et des propriétés des peintures et des crépis mis en ?uvre. Des études par modélisation informatique ont prouvé que ces concentrations de biocide provenant du ruissellement de façades ont des effets toxiques sur les algues, les plantes et les organismes aquatiques. Ces lessivages contaminés peuvent rejoindre les cours d'eau via les égouts ou les évacuations des eaux pluviales. Des substances créées pour inhiber la croissance des algues sont actives aussi bien sur les façades que dans les cours d'eau, et ce même à un taux très dilué. Quelques nanogrammes par litre suffisent, telle la cybutryne (Irgarol®1051) utilisée pour protéger la coque des bateaux. A ce jour l'impact environnemental du « cocktail » de ces substances reste encore mal connu. Michael Burkhardt, coordonnateur du projet URBIC, met en lumière la faille de l'Ordonnance sur les produits biocides qui ne tient pas compte de l'action des agents protecteurs de façades sur les cours d'eau. Une remise en question de l'utilité même de ces substances lui paraîtrait apporter une solution pour remédier à cette pollution. Toutes les façades ne nécessitant pas forcément un traitement antifongique et antialgique, il préconise de réfléchir à une conception architecturale à même d'éviter l'humidité et de responsabiliser les propriétaires par l'entretien de leurs façades et de la végétation qui entoure leur habitation. Ces différentes initiatives auraient pour conséquences, selon Michael Burkhardt, de freiner la course aux garanties de construction et, partant, d'inciter les fabricants à diminuer le taux de substances toxiques contenues dans leurs produits. Un large débat public auquel sont conviés les chercheurs, l'industrie, les autorités cantonales et les fabricants est donc en train de s'amorcer en Suisse.