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31 juillet 2006 Paru dans N°293
Pesticides : quelles solutions ? Les ministres chargés de l'environnement, de la santé et de l'agriculture ont présenté le 28 juin dernier en conseil des ministres un plan destiné à réduire les risques que font courir l'utilisation des pesticides sur la santé et l'environnement. Objectif : réduire de 50% d'ici 2009 les quantités de substances actives les plus dangereuses vendues chaque année en France? Un plan bien tardif mais nécessaire puisque la France est le premier utilisateur de pesticides en Europe et le 3ème au niveau mondial, et que, d'après l'Ifen, 57% eaux souterraines et 80% des eaux superficielles sont polluées par les pesticides. Et de l'aveu même du ministère, le prochain bilan pourrait bien faire apparaître de nouvelles dégradations'. Les moyens engagés pour parvenir à atteindre cet objectif s'articulent autour de plusieurs axes : - Assurer une traçabilité des ventes pour limiter la mise sur le marché des substances cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. La France prévoit de défendre auprès de la Commission européenne l'application du principe de substitution dans la réglementation communautaire. - Les procédures d'évaluation des produits et la gestion des risques liés à la distribution et à l'utilisation des produits phytosanitaires seront par ailleurs améliorées ; - La vente aux jardiniers amateurs de produits ne portant pas la mention « emploi autorisé dans les jardins » sera interdite. - Les contrôles lors de la distribution et de l'utilisation des produits seront renforcés. Les pratiques et systèmes de production qui emploient moins de pesticides seront encouragés, par l'acquisition et la diffusion de références techniques et par des incitations financières. - Une zone non traitée d'au moins 5 mètres le long des cours d'eau sera rendue obligatoire afin de limiter les transferts de pesticides dans l'eau et la qualité des pulvérisateurs sera améliorée grâce à un contrôle périodique obligatoire. - La formation des professionnels, distributeurs ou applicateurs agréés de produits phytosanitaires, intégrera un volet relatif aux risques sanitaires et environnementaux. Les médecins en milieu rural seront également formés sur les risques liés aux pesticides. - Enfin, une taxe de quelques euros par kilo de matière active dangereuse pourrait être intégrée dans le cadre de la loi sur l'eau dont le vote en seconde lecture est finalement été reporté au mois de septembre?. Pour faire bonne mesure, un comité de suivi de l'efficacité du plan, « ouvert à la société civile », sera mis en place, de même qu'un observatoire des résidus de pesticides (www.observatoire-pesticides.gouv.fr) qui s'efforcera de rassembler les informations disponibles, notamment en termes de santé?. Que peut-on attendre de ce plan ? De plus en plus d'agriculteurs sont demandeurs d'alternatives à l'emploi de pesticides, qui soient faciles à utiliser, efficaces, bon marché tout en ne remettant pas en cause leurs rendements. Car c'est bien là que se situe le n?ud du problème. Un rapport commandé à l'Inra et au Cemagref soulignait dès la fin 2005 que seule une rupture avec plusieurs décennies pratiques d'agriculture intensive pourrait permettre de limiter l'usage des produits phytosanitaires en France. Il est pourtant courant de citer l'exemple du Danemark, régulièrement présenté comme un modèle pour avoir réussi à diminuer de plus de 50 % son utilisation de produits phytosanitaires : une analyse rigoureuse de ce cas révèle pourtant qu'en supprimant massivement l'utilisation d'anciennes molécules, ce pays s'est trouvé pris au piège de pratiques qui reposaient essentiellement sur quelques substances actives appartenant aux mêmes familles chimiques. Privés de toute possibilité d'alternance, les agriculteurs danois n?ont pu éviter que parasites et autres nuisibles ne s'adaptent aux produits. Sans nouvelles molécules et privé des anciennes, il est probable qu'à terme, le gouvernement danois doive revoir sa copie et réintroduire des substances interdites auparavant, ce qui entraînerait mécaniquement une hausse sensible des quantités de matières actives utilisées.