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Res Naturalis organise le 17 avril prochain à Périgueux un colloque sur le thème des nouveaux procédés épuratoires. Au delà des conceptions biotechnologiques traditionnelles, l'objectif est de faire le point sur les techniques épuratoires de demain. Rencontre avec Bernard Védry, Conseiller scientifique en environnement et organisateur de ce colloque.

L?Eau, L?Industrie, les Nuisances : Vous organisez une journée consacrée aux procédés innovants en station d'épuration. De quoi s'agit-il ? Bernard Védry : La collecte et l'évacuation des eaux usées préoccupent les villes depuis leur origine. Les grandes civilisations de l'Antiquité connaissaient déjà des systèmes d'évacuation très perfectionnés. Il n?en va pas de même pour le traitement des eaux usées dont la nécessité n?est apparue que bien plus tard. N?oublions pas que ce n?est qu'en 1940 que la station d'Achères en région parisienne, a inauguré l'ère de la station d'épuration en utilisant les techniques des boues activées et du lit bactérien. Ces techniques ne prendront véritablement leur essor qu'au début des années 1960. Le traitement des eaux usées est donc une discipline très récente. E.I.N. : Peut-on vraiment parler de discipline ? B.V. : Pourquoi pas ? Est-ce parce qu'il s'agit d'eaux usées que les travaux qui s'y rapportent perdent de leur noblesse, de leur importance ou de leur complexité ? Pourquoi faudrait-il que les problématiques de l'eau soient toujours abordées par le prisme de l'eau potable, de l'eau pure qui serait source de santé et de vie, sans qu'il ne soit jamais rappelé que l'eau est cycle et que sans assainissement, la pureté de l'eau n?est qu'un mythe bien temporaire ? Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, il s'agit d'une discipline à part entière, qui en tant que telle, fait l'objet de travaux et de recherches dont vous imaginez l'importance et l'enjeu pour des milliards d'êtres humains. A Périgueux, il s'agit de présenter un éventail de technologies qui seront mises en service dans les 10 ou 20 années à venir. Technologies existantes et mises au point et validées actuellement mais peu ou pas encore répandues, procédés innovants parce que les organisateurs du colloque sont convaincus que l'adaptation technologique est la seule réponse correcte, et peut-être la plus efficace, aux changements accélérés de société que nous connaîtrons, et en cette matière, mieux vaut prévenir que subir. E.I.N. : Pourtant, aujourd'hui, on sait à peu près tout faire avec des eaux usées y compris, si on le désirait, de l'eau potable?. B.V. : Techniquement on sait, oui? Pratiquement, les objectifs du millénaire démontrent bien qu'on ne sait le faire que localement, essentiellement dans les pays développés et encore imparfaitement car on laisse trop souvent de côté les eaux pluviales. De plus, nous consommons trop d'énergie habitués que nous sommes à ne pas considérer cet aspect. Nous produisons également trop de boues' Et tout cela à des conditions financières qui rendent l'exercice réservé aux pays riches. J?ajoute que même dans un pays comme la France le résultat est bien imparfait, Bruxelles ne se prive pas de nous le rappeler? Nous devons donc faire montre de beaucoup d'humilité car en fait nous ne savons pas grand-chose et ce que nous savons n?est pas toujours correctement mis en ?uvre. E.I.N. : Quelles sont les avancées ou même les ruptures que l'on observe dans ce domaine ? B.V. : Elles sont nombreuses et c'est tout l'objet de ce colloque? Globalement, les thèmes traités sont assez représentatifs des problématiques actuelles et des solutions qu'elles recevront dans dix ans. On y reconnaît l'économie d'énergie omniprésente, les recherches de biomasses spécialisées court-circuitant les cycles métaboliques classiques et donc raccourcissant la durée du processus : la réduction des volumes de boue, le recyclage des eaux épurées traitées, l'utilisation de l'énergie solaire, les plantes supérieures en assainissement. Sans être de véritables ruptures, ce sont dans tous les cas des avancées technologiques très importantes. E.I.N. : Plus précisément, pouvez-vous nous donner quelques exemples d'avancées que les exploitants pourraient voir arriver ? B.V. : Ces avancées diffèrent selon le lieu ou le degré d'avancement dans lequel s'inscrit l'exploitant considéré. Tous ceux qui sont présentés contiennent des éléments astucieux, innovants, originaux. Il y en a un, originaire de Hongrie, très curieux et qui passionnera les agriculteurs pratiquant la culture hydroponique, c'est-à-dire hors sol, fréquente en Périgord. Une serre recouvre un bassin de boues activées, aéré par bullage, des plantes sont disposées à la surface de la boue, racines dans la boue. Ces plantes qui bénéficient de l'air chaud enrichi en CO2 connaissent une croissance importante. Voilà un exemple de l'utilité innovante des végétaux en traitement des eaux. E.I.N : Les techniques innovantes présentées à Périgueux sont-elles facilement assimilables ? B.V. : C'est un problème. Comme l'innovation consiste à exploiter plus minutieusement un processus biochimique ou chimique ou physique, l'utilisateur du procédé devra nécessairement s'informer plus profondément sur la technique concernée. Une formation est nécessaire, ciblée, condensée et pédagogique avec non seulement l'objet du procédé mais aussi ses annexes tels que contrôle, régulation, maintenance etc... L'OIEau présente à ce sujet une intéressante communication. Des universitaires seront présents à l'écoute des innovations pour les transcrire dans leurs cours. E.I.N : L'ANC est-il concerné par le Colloque de Périgueux ? B.V. : Pas directement, mais indirectement parce que la doctrine ANC est jeune et extrêmement évolutive ; elle tire sa substance de l'avancée technologique de l'assainissement collectif qui est en quelque sorte sa banque de données techniques. Certains procédés peuvent parfaitement être transposés en ANC. C'est d'ailleurs un peu en pensant à l'ANC que nous avons des présentations concernant des techniques pour pays émergeants très analogues par l'absence d'énergie électrique ou mécanique aux technologies ANC. Le traitement des matières de vidange provenant des fosses toutes eaux de l'ANC est abordé par une conférencière avec le procédé « Rhizodor ». E.I.N. : A qui s'adresse cette journée ? B.V. : A tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin aux techniques épuratoires quelles qu'elles soient, qu'ils soient eux-mêmes acteurs ou décisionnaires, exploitants ou chercheurs. Nul besoin de disposer de compétences particulières pour suivre les exposés et les témoignages que les intervenants - pour la plupart des développeurs ou techniciens de terrain - présenteront. En une seule journée, l'auditeur pourra voir, entendre et questionner 17 conférenciers, tous chercheurs, développeurs de haut niveau professionnel. Il recueillera ainsi le condensé de milliers d'heures de travail, de recherche, d'expérimentation, de mise au point'.. En somme, l'auditeur recevra une véritable mise à niveau pour les dix années à venir. Il pourra d'ailleurs, si son attention se relâche, retrouver dans les actes du colloque l'intégralité des présentations avec quelques articles supplémentaires non présentés « in vivo » faute de temps. Propos recueillis par Vincent Johanet