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28 février 2015 Paru dans N°379

Orège est en train de réaliser le troisième déploiement en France de son procédé SLG qui permet de conditionner, d'épaissir, de déshydrater et de valoriser les boues municipales et industrielles. Cette technologie de rupture autorise une séparation de phases immédiate et franche, qui a pour effet d'épaissir la boue et d'optimiser sa déshydratabilité tout en générant un centrât de qualité. Ce nouveau contrat élargi le positionnement de la technologie SLG vers la résolution des problématiques de nuisances olfactives. Il marque en ce sens une nouvelle étape importante de son développement. Rencontre avec Pascal Gendrot, Directeur Général d'Orège.

Revue L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Quels enseignements tirez-vous de ce nouveau déploiement de la technologie SLG en région Provence-Alpes-Côte d'Azur ?

Pascal Gendrot : Cette implantation de la technologie SLG a eu lieu sur une station d'épuration inaugurée il y a deux ans. Bien qu'enterrée en centre-ville et sous une plage du littoral méditerranéen, elle connaissait de graves nuisances olfactives qui faisaient l'objet de nombreuses plaintes des riverains. En outre, les exploitants devaient faire face à un problème de rendement des épaississeurs présent sur le site, avec notamment un taux de capture très faible, proche de 60 %. L’intégration de la technologie SLG répondait donc à un triple enjeu : l'élimination des odeurs, l'amélioration significative du rendement de l'atelier boues, et plus largement de la station d'épuration considérée dans sa globalité.

 

Revue E.I.N. : Ou en sommes-nous aujourd'hui ?

P.G. : Orège a implanté sur le site deux unités SLG d'une capacité de traitement de 25 m³/heure chacune. Les résultats font apparaitre aujourd'hui un abattement significatif des molécules odorantes et une élimination des nuisances olfactives qui constituaient la problématique principale à laquelle étaient confrontés les exploitants. Mais on a pu également observer une amélioration très nette de l'épaississement des boues, ce qui permet d'absorber plus facilement les pics de fonctionnement de la station en période estivale. Le taux de capture s'est considérablement amélioré : il s'est stabilisé à un niveau très élevé depuis un an et atteint même 98 à 99 % depuis 6 mois.

 

Revue E.I.N. : Ou en est aujourd'hui la technologie SLG au plan technique ?

P.G.: Le développement technologique est continu et la technologie SLG évolue régulièrement. Moins en termes de conception générale qu'en termes de combinaisons, par exemple avec un outil de séparation que nous appelons le Flosep. Il s'agit d'un flottateur séparateur dynamique très rapide qui permet de positionner la combinaison SLG/Flosep non seulement sur les applications de pré-déshydratation et déshydratation comme nous le faisons depuis 2 ans, mais aussi en flottation-épaississement en sortie de bassins. Cela nous permet d'obtenir une qualité de filtrat exceptionnelle ? nous sortons des filtrats de moins de 100 ppm de DCO et moins de 50 ppm de MES - en enchainant ensuite sur une étape de déshydratation en ayant épaissi très largement, jusqu'à un facteur de 15 à 20, l'effluent brut prélevé en sortie de bassin. Ce développement nous permet de nous positionner très en amont de l'atelier boues, sur des boues liquides ou épaissies en pré-déshydratation ou en déshydratation.

 

Revue E.I.N. : Qu'est-ce qui freine encore aujourd'hui l'essor de cette technologie ?

P.G.: Plus rien. L’intégration d'Orège au sein du groupe Eren assure au plan financier une stabilité bienvenue. Au plan technique, nous avons largement fait la preuve de l'intérêt du SLG sur plusieurs types d'applications, aussi bien en milieu urbain qu'en milieu industriel. Tout ceci explique sans doute la progression impressionnante des manifestations d'intérêt que nous observons depuis 4 mois. Le seul frein qui subsiste, c'est la structuration des équipes Orège et plus précisément l'intégration de chefs de projets polyvalents, capables de gérer des projets de A à Z, en France comme à l'étranger.

 

Revue E.I.N. : Combien de sites ont aujourd'hui recours à cette technologie ?

P.G.: Nous déployons notre troisième projet en France et 4 ont lieu en ce moment même, en Angleterre, en Belgique, Italie et Grèce. Nous travaillons par ailleurs sur une bonne trentaine de projets, certains très avancés, qui pourraient trouver leur concrétisation dès cette année. Ils sont assez diversifiés et concernent un nombre variable d'unités SLG, le plus souvent de 1 à 4. 25 d'entre eux concernent des applications urbaines et 5 des applications industrielles. Sur deux stations d'épuration, on devrait assister à un déploiement quantitatif important avec plus de 10 SLG. Nous nous apprêtons notamment à implanter dans le sud de la France, près de Montpellier, 4 SLG de plus de 50 m3 de débit hydraulique chacun, sur une station d'environ 450.000 EH. Ce contrat concerne une application de déshydratation en amont de centrifugeuses, de boues digérées.

 

Revue E.I.N. : Quels sont vos objectifs à court et moyen terme en France et à l'international ?

P.G.: Outre la France, notre développement commercial se focalise sur 8 pays : la Grande-Bretagne, le Benelux, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, les Etats-Unis et le Canada. Nous mettons en place actuellement sur chacun de ces marchés des équipes structurées qui travaillent sur l'aboutissement de nombreux projets. Plusieurs contrats-cadre sont par ailleurs en négociations parfois avancés avec des acteurs internationaux d'envergure. Nous venons de dépasser l'effectif de 50 personnes et nous ambitionnons de franchir le cap des 80 salariés d'ici la fin de cette année.

 

Revue E.I.N. : L’essentiel de votre développement semble de situer à l'international. Pour quelle raison ?

P.G.: Rappelons quand même que nos trois premières références se situent en France. Mais c'est vrai que notre développement pourrait connaitre un développement plus accéléré à l'international du fait des spécificités des différents marchés nationaux. En Angleterre, une dizaine de « Water Company » jouissent d'exclusivités régionales sans que la concurrence s'en trouve exacerbée. En Allemagne, l'essentiel du marché est tenu par des régies municipales indépendantes, de même qu'aux Etats-Unis et le marché est très atomisé. Paradoxalement, il est donc plus facile de cheminer sur ces marchés. Il faut également tenir compte d'un autre phénomène qui concerne la conjoncture économique, toujours difficile en France, sans parler de la situation financière des collectivités locales, qui s'avère parfois très problématique...

 

Revue E.I.N. : Quels sont les développements techniques sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

P.G.: Nous travaillons essentiellement sur des applications industrielles et plus particulièrement sur la séparation de sous-produits susceptibles d'être valorisés. Je pense par exemple aux hydrocarbures. Nous travaillons sur un programme de développement qui pourrait permettre de séparer, de récupérer et de valoriser les hydrocarbures présents dans les boues. Il pourrait déboucher sur des applications concrètes dans quelques mois.

 

Propos recueillis par Vincent Johanet