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30 septembre 2014 Paru dans N°374

Pour les collectivités locales comme pour les exploitants, les nuisances odorantes sont devenues un enjeu majeur. Chaque mois, Lionel Pourtier, expert en environnement odeurs et gaz, aborde une problématique relative aux odeurs et aux nuisances atmosphériques.

Alors que deux feux d'automne étaient allumés à environ 20 mètres l'un de l'autre et dans l'alignement parfait de l'axe du vent, j?observais que les fumées ne se mélangeaient pas. Ils offraient une illustration parfaite du décalage entre le comportement théorique que nous attendons et le comportement réel des masses gazeuses. Par déformation professionnelle, je repensais aux pulvérisations des produits de désodorisation faites en limite de site pour qu'ils « détruisent » les odeurs émises par les ouvrages en exploitation et la question récurrente que l'on pose : Que faut--il penser des produits de désodorisations, des « destructeurs » ou des « neutraliseurs » d'odeurs ? Si la question paraît simple, la réponse ne l'est pas. En effet, l'efficacité met en jeu plusieurs mécanismes dont les 4 quatre principaux se situent au niveau chimique, aéraulique, économique et psychosociologique. Au niveau chimique, les composés permettant la désodorisation doivent interagir avec les mélanges d'un grand nombre de molécules d'odorant dont la perception constitue l'odeur (amines, aldéhydes, soufrés, cétones etc.). Disposer d'une ou quelques molécules capables de telles interactions relève de la science-fiction. Admettons que nous ne soyons pas dans les secrets des fabricants et qu'elles existent, plusieurs questions se posent alors : Comment faire la st'chiométrie des réactions chimiques pour dimensionner l'installation comme l'ingénieur le ferait pour tout système de lavage chimique des gaz ? Quelles sont les cinétiques de réaction ? Sont-elles compatibles avec l'utilisation que l'on voit sur site ? Plusieurs études ont été menées (EOG, Ecoles des Mines d'Alès, de DOUAIS, INERIS, Ecole de Chimie de Rennes, etc.) dont certaines ont été publiées par l'ADEME. (Voir ci-contre). Toutes concluent que l'efficacité chimique n?est pas démontrée significativement dans les conditions expérimentales testées. D?un point de vue physique, le principe de mise en ?uvre des produits de désodorisation consiste à pulvériser le principe actif dans l'air afin qu'il puisse interagir avec les molécules odorantes à traiter. Cette pulvérisation est faite directement en limite de site avec l'aide de buses de brumisation, soit dans les conduits canalisant les molécules odorantes (ex : cheminée). Pour que les pulvérisations en limite de site soient efficaces, il faudrait que les panaches se mélangent très rapidement et complètement. L?exemple des 2 fumées rappelle que l'air ne fait pas ce que l'on veut mais répond à des lois physiques aboutissant à des mécanismes aérauliques extrêmement complexes. En ce qui concerne la pulvérisation de produit actif dans une canalisation, elle laisse songeur tous ingénieurs quant aux mécanismes mis en ?uvre. Rappelons que les traitements des gaz par des tours de lavage consistent à permettre des réactions entre des produits actifs et les molécules odorantes contenues dans l'effluent gazeux (ce qui ressemble beaucoup à notre situation) ; pour ce faire, il faut faire passer les molécules de la phase gazeuse dans la phase liquide, mettre en place des zones de contacts dont la durée permettra les réactions chimiques désirées. Les produits de désodorisation auraient-ils des propriétés physiques et chimiques particulières pour permettre une réactivité immédiate et de s'affranchir des difficultés auxquelles sont confrontés les ingénieurs spécialistes du traitement des gaz ? Nous venons de voir que ces produits et leur utilisation présentent de nombreux doutes quant à leurs efficacités olfactives. Cependant, ces produits sont largement utilisés par de nombreux exploitants qui relatent la satisfaction des riverains depuis la mise en service de ces produits. En fait, c'est ici que réside toute l'efficacité olfactive de ces produits. Ils agissent au niveau de la psycho-sociologie des riverains. Par la mise en place de ces rampes d'aspersion, ces derniers perçoivent une action concrète de traitement des odeurs mise en ?uvre par l'exploitant. Leur problème de nuisances est enfin pris en compte. Même si ces produits ont une efficacité très limitée d'un point de vue chimique ou physique, ils ont une efficacité par un effet s'apparentant à l'effet placebo. Ces produits sont donc des outils de communication parfois utiles et nécessaires lorsque des traitements plus techniques sont difficiles à mettre en ?uvre. L?efficacité économique de la pulvérisation de produits de désodorisation est à mettre en rapport aux coûts liés à la gestion des conflits avec les riverains se plaignant de nuisances olfactives et à l'efficacité olfactive exprimée par ces derniers. Ainsi, l'acquisition d'un tel procédé de traitement doit être faite en toute lucidité en se posant les bonnes questions, telles que : - Comment vais-je évaluer la réduction de nuisances odorantes après la mise en ?uvre de mon système de désodorisation ? - Le système sera-t-il perçu comme efficace de façon pérenne ? - Quels sont les effets sanitaires qui peuvent être produits par les produits pulvérisés en combinaison avec les émissions actuelles ? - N?existe-t-il pas d'autres approches techniques plus efficaces (Traitements en amont ou en aval, modification du mode d'exploitation, la construction de merlon pour modifier les écoulements odorants, etc. ) ?