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Le gouvernement a présenté le 5 février dernier le détail de son plan de lutte contre les algues vertes. Ce plan, qui fait la part belle aux mesures curatives, est accueilli sévèrement par les élus locaux comme par les associations de protection de l'environnement. Il illustre bien le manque de détermination de l'Etat face aux pollutions d'origine agricole dénoncé par la Cour des comptes dans le cadre de son rapport annuel.

40 ans. C?est le temps qu'il aura fallu aux pouvoirs publics pour présenter un plan susceptible de lutter contre ce fléau qui envahit chaque été plusieurs baies bretonnes. La prolifération des algues vertes est un problème récurrent sur les plages bretonnes depuis les années 70, mais le phénomène a pris une ampleur nationale cet été après le décès d'un cheval et le malaise de son cavalier suite à des émanations d'H2s dues à la décomposition d'algues vertes sur une plage de Saint-Michel-en-Grève, dans les Côtes-d'Armor. Le gouvernement, contraint de se saisir du problème, avait alors promis un plan « algues vertes » qui a finalement été dévoilé en Conseil des ministres le 3 février dernier avant d'être détaillé à Rennes le 5 février. Ce plan, d'un montant de 134 millions d'euros sur cinq ans, concerne 23 bassins versants associés aux 8 baies à algues vertes identifiées dans le sdage du bassin Bretagne-Loire. Il fixe trois objectifs. Le premier concerne une « gestion irréprochable » des algues vertes échouées via l'amélioration de leur traitement pour « supprimer tout risque sanitaire et réduire les nuisances ». Il prévoit ainsi que les algues soient ramassées et stockées avant d'être méthanisées pour éviter « qu'elles se redéversent sur les champs », a précisé la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, à la sortie du Conseil des ministres. Dès cette année, le ramassage des algues vertes sera financé par l'Etat à hauteur de 700.000 euros. Près de 8 millions d'euros seront mobilisés pour la création de trois plateformes de compostage dans les Côtes d'Armor. Le second objectif, concerne la réduction des flux de nitrates « de toutes origines » vers les côtes, notamment par la modification des pratiques agricoles basée sur le principe de l'expérimentation. L'Etat s'engage à financer des projets de méthanisation des algues et du lisier. Il subventionnera également la modernisation des exploitations agricoles. Une « traçabilité des flux d'azote » sera également mise en place ainsi qu'un renforcement des contrôles. Enfin, un volet du plan concerne « l'amélioration des connaissances sur le phénomène de prolifération des algues vertes », jugé insuffisant, et sur les moyens de leur valorisation, ce qui en dit long sur l'idée que l'on se fait, en haut lieu, de pouvoir résorber le phénomène. Un « comité de pilotage » sera chargé de sa mise en ?uvre sous la présidence du préfet de la région Bretagne. Du côté des associations de protection de l'environnement, le scepticisme domine. « Les 134 millions d'euros de ce plan, seront-ils consacrés pour l'essentiel aux mesures préventives de réduction de la pollution des eaux ou bien une fois encore à la gestion curative des algues vertes ? » s'interroge notamment Eau & Rivières de Bretagne qui prône « une autre répartition des aides agricoles, pour soutenir les pratiques respectueuses de l'environnement ». La FNSEA estime quant à elle avoir été entendue et s'est félicitée du choix de l'expérimentation par le gouvernement.