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Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l'eau devient une ressource rare et précieuse. Dans un rapport rendu public le 11 mars dernier, la Banque mondiale prévoit que la quantité d'eau disponible par habitant va chuter dans ces régions d'au moins 50% d'ici 2050 et met en garde contre les graves conséquences sociales et économiques pour ces pays si rien n'est fait.

Selon le rapport intitulé « Une meilleure gouvernance pour une meilleure gestion de l'eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord », le premier de la Banque mondiale sur le sujet depuis dix ans, les pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord consomment près de 80 % de l'eau dont ils disposent. Un chiffre qui contraste fortement avec des régions comme l'Amérique latine, les Caraïbes ou l'Afrique subsaharienne, où les pays ne consomment que 2 % environ du volume disponible. Ce niveau de consommation élevé est d'autant plus inquiétant qu'il ne laisse que peu de marge à ces pays de la région pour absorber l'accroissement de leur population ou les effets du changement climatique, qui pourraient contribuer à réduire le volume d'eau disponible par habitant de moitié d'ici 2050. « Au Yémen, la population ne consomme que 2 % de la ration d'eau qui est celle du commun des mortels dans d'autres parties du monde. Le pays tire l'essentiel de ses ressources des nappes phréatiques, lesquelles s'épuisent à un rythme rapide » s'alarment les auteurs du rapport. Ceci ne signifie pas que ces pays soient inéluctablement voués à des lendemains difficiles nuance la Banque mondiale : une marge de man?uvre importante réside dans le fait que 85 % de leur consommation d'eau servent à l'irrigation. Cette région compte en effet autant de surfaces irriguées que les États-Unis, et une bonne partie de ces terres est affectée à des cultures qu'il y aurait moyen de pratiquer plus facilement ailleurs et d'importer. Selon Julia Bucknall, expert reconnue de la gestion des ressources naturelles et coauteur du rapport, ces pays vont devoir affecter l'eau aux usages qui génèrent le plus haut niveau de revenus et d'emplois, plutôt qu'à des cultures comme le blé, qui sont faciles et moins coûteuses à pratiquer ailleurs. Et compte tenu de son climat, la région aurait intérêt à se concentrer sur des cultures adaptées telles que le raisin, les tomates, le melon ou les fraises en développant ses échanges avec l'Europe. « Nous ne prétendons pas que les choix à opérer sont aisés, ajoute-t-elle. Ils impliquent de douloureux changements, mais l'alternative est pire. En effectuant maintenant les choix difficiles au niveau des politiques, on permettra à l'eau de continuer à générer des services, des moyens de subsistance, des emplois et des effets positifs sur l'environnement pour l'avenir. » Déjà, certains pays ont commencé à s'attaquer aux problèmes de l'eau à mesure que s'imposaient à eux les coûts inhérents à la pollution et à la faiblesse de la ressource. L?Algérie, l'Égypte et le Maroc consacrent ainsi de 20 à 30 % de leur budget à l'eau. Beaucoup de pays se sont également résolus à gérer d'une manière plus rationnelle leurs ressources en eau, en décentralisant le pouvoir de décision dans ce domaine ou même, dans le cas du Maroc, en privatisant le secteur de l'irrigation. « Mais c'est au niveau des politiques autres que celle de l'eau que résident pour beaucoup les réponses aux problèmes », souligne Julia Bucknall. Allusion aux mesures de soutien aux prix agricoles qui maintiennent artificiellement la rentabilité de certains produits, ou de subventionnement des prix de l'énergie, qui ont pour effet de réduire de manière artificielle les coûts de pompage de l'eau dans les nappes profondes.