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L'OCDE a présenté le 24 janvier dernier les résultats d'une étude sur la gestion des risques d'inondation sur le bassin de la Seine en Ile-de-France. Commanditée par l'Etablissement public Seine Grands Lacs (EPTB) en charge de la gestion des quatre barrages en amont de Paris, cette étude relance la question de la gestion du risque et de la vulnérabilité de la région face aux inondations.

On le sait depuis longtemps. La métropole francilienne reste très exposée au risque d'une inondation par débordement de grande ampleur de la Seine, comme celle qui s'est produite en 1910. Depuis, d'autres inondations ont eu lieu, notamment en 1924 et 1955. Mais depuis 60 ans, aucune crue majeure n'a eu lieu, contribuant à estomper le risque dans les mémoires. Certes, ce risque a été réduit par les travaux de protection, notamment de construction de barrages en amont du fleuve, dès les années 1920, puis dans les années 1950 et jusqu'au début des années 1990. 

 Mais les gros investissements ont été modestes ces deux dernières décennies et l'étude suggère que les protections ne sont pas au niveau des standards d'autres pays de l'OCDE, notamment en Europe. Car l'exposition au risque et la vulnérabilité qui en résulte ont augmenté du fait de l'urbanisation croissante ainsi que de la construction de nombreuses zones d'activités et d'infrastructures autour de la Seine. 

L'interdépendance de ces réseaux les uns avec les autres, l'interpénétration des chaînes de production et leur fonctionnement en flux tendu, le rôle clé de la mobilité des personnes et des échanges et la concentration des populations et des capitaux sont autant de facteurs d'accroissement de la vulnérabilité. Ces éléments justifient la démarche d'évaluation menée par l'OCDE.


Des dégâts évalués entre 3 et 30 milliards d'euros

Car dans le cas le plus extrême, une inondation de la Seine en Île-de-France impacterait près de 5 millions de personnes et de nombreuses entreprises, avec des impacts économiques, humains et sociaux considérables. Elle perturberait le fonctionnement de l'État et des institutions ainsi que l'ensemble des infrastructures et réseaux critiques qui irriguent quotidiennement la métropole francilienne. 

 La distribution de l'électricité pourrait être affectée avec près d'un quart des infrastructures de transformation électrique inondées ou coupées préventivement et plus de 1,5 million de clients pourraient voir leur électricité coupée. Les transports publics pourraient être affectés sur une large portion avec près de 140 km du réseau de métro fermés préventivement sur 250. Le réseau routier pourrait être bloqué en de nombreux points. 

L'alimentation en eau potable pourrait être interrompue dans la périphérie de Paris où plus de 5 millions d'abonnés pourraient subir des coupures d'eau prolongées et 1,3 million une dégradation de sa qualité. Montant des dégâts : de 3 à 30 milliards d'euros pour les dommages directs assortis d'une réduction du PIB qui atteindrait sur 5 ans de 1.5 à 58.5 milliards d'euros ! Bien entendu, un tel scénario n'a rien d'inéluctable et l'étude de l'OCDE formule des recommandations visant à prévenir les risques et à augmenter la résilience de la région.


Mettre en place une gouvernance adaptée

L?essentiel des propositions reposent sur une réorganisation de l'ensemble des politiques publiques. Car malgré un arsenal légal avancé (lois de 1982, 1995 et 2003) la gestion du risque inondation en Île-de-France s'effectue dans un cadre fragmenté suite aux strates successives de décentralisation ce qui entrave l'émergence d'une vision d'ensemble. Pour améliorer la résilience de la région, les auteurs soulignent les opportunités offertes par la constitution du Grand Paris, notamment à travers les contrats de développement territorial. Un niveau de résilience prédéfini pourrait aussi s'appliquer progressivement aux opérateurs réseaux critiques afin de renforcer les exigences. 

 Dans le domaine de l'eau, par exemple, en plus d'un plan d'urgence pour l'alimentation en eau potable de la métropole, les opérateurs ont investi dans des mesures de protection de leurs usines de production d'eau potable situées en zone inondable. Des dispositifs spécifiques de protection ont été installés pour faire face aux inondations (protections amovibles, pompes). Mais l'étude signale que les niveaux de résilience ne sont pas équivalents à l'échelle de la métropole, certains opérateurs devant interrompre le service à un niveau inférieur à d'autres. Reste la question du financement, évalué entre 300 et 450 M€ par an. Ou trouver les ressources nécessaires ? 

L'étude évoque des contributions provenant des collectivités locales généralement mobilisées dans le cadre des Programmes d'action pour la prévention des inondations (PAPI) ainsi que d'autres sources de financement qui pourraient être mobilisées pour la prévention, telles que celles liées à la politique de l'eau au sens large avec les agences de l'eau, des opérateurs de réseaux et les entreprises qui souhaitent investir dans leur propre résilience ou avec l'Union européenne, notamment pour la mise en oeuvre de la directive sur les inondations.

Le rapport de l'OCDE est téléchargeable à l'adresse : http://www.seinegrandslacs.fr/