Your browser does not support JavaScript!

Jadis bien loin de l'exemplarité, la Communauté d'Agglomération du Pays Ajaccien a engagé depuis quelques années des investissements exceptionnels pour répondre aux exigences de la directive « eaux résiduaires urbaines » et bien au-delà pour mener à bien un programme exemplaire de gestion globale et concertée de l'eau. La construction de la station d'épuration de Campo Dell'Oro, projet phare de ce programme, a nécessité la refonte complète du réseau de transfert des effluents et la construction d'un nouveau réseau long de 6 km en PRV centrifugé. Un chantier réalisé en un temps record par des entreprises locales.

Depuis sa création en 2009, la Communauté d'Agglomération du Pays Ajaccien (CAPA) qui regroupe une dizaine de communes représentant 65.000 habitants soit 55% de la population du département de la Corse du sud, mène une démarche ambitieuse et volontariste pour restaurer la qualité de l'eau et préserver les milieux aquatiques du pays Ajaccien. Cette volonté forte s'est traduite par la signature, dès la création de la CAPA, d'une convention baptisée « Contrat horizon 2013 » porteuse de deux objectifs principaux : la mise en conformité du système d'assainissement des eaux usées de la CAPA d'une part, et la préparation d'un contrat de baie et d'un Sage, véritables documents de programmation et de planification. Objectif affiché : « créer les conditions de l'émergence d'une solidarité de bassin versant pour favoriser la coexistence et le développement des activités économiques telles que le tourisme, la pêche, les activités portuaires, l'agriculture, etc., tout en préservant l'environnement et les milieux aquatiques » souligne Simon Renucci, Président de la CAPA et député maire d'Ajaccio. Pour parvenir à ce résultat, la mise en conformité du système d'assainissement de l'agglomération d'Ajaccio au regard de la directive « eaux résiduaires urbaines » apparait rapidement comme la pierre angulaire de la stratégie de reconquête des milieux. Un schéma directeur d'assainissement ambitieux L?élaboration en 2008 du schéma directeur d'assainissement met en lumière la nécessité de reconcevoir en profondeur l'ensemble du système d'assainissement de l'agglomération Ajaccienne. La station d'épuration des Sanguinaires, construite au début des années 1980, d'une capacité de 80.000 E.H., et qui recevait les effluents de l'agglomération ne répond plus aux normes en vigueur. De plus, la station, trop limitée en capacité, ne peut faire face aux débit entrants observés lors de forts épisodes pluvieux (2.000 m3/h soit 3,5 fois plus que le débit accepté). Le schéma directeur d'assainissement montre la nécessité de reconstruire la station des Sanguinaires (60.000 E.H.) tout en créant un nouvel ouvrage à l'Est de la ville d'une capacité de 65.000 E.H. soulageant la station des Sanguinaires à hauteur de 24.000 E.H. Ce nouvel ouvrage, c'est la fameuse station de Compo Dell'Oro, une station pas tout à fait comme les autres qui est le fruit d'une démarche environnementale innovante développée par son constructeur Vinci Environnement pour en limiter les impacts environnementaux. Compo Dell'Oro : première station à l'impact environnemental mesuré Première station de traitement des eaux usées en France à bénéficier d'un suivi de son impact environnemental, la station de Campo Dell'Oro est le fruit de choix technologiques innovants résultant d'une démarche originale baptisée Ecosave? (Voir EIN n°333 et 343). Cette démarche, qui s'inscrit dans la politique de développement durable et d'éco-conception du groupe Vinci, a pour objectif de proposer, de la construction à l'exploitation, une conception compatible avec une empreinte environnementale limitée, associée à une qualité et une exploitation optimisée. Elle se traduit par exemple par la mise en place de procédés compacts, performants et faciles à exploiter, à l'image du procédé R3F® qui repose sur une technologie à biomasse fixée sur un matériau support inerte fluidisé dans les bassins d'aération. « R3F® permet de réaliser des stations compactes, de faibles dimensions, couvertes et désodorisées, exemptes de toute nuisance, explique David Beldent, ingénieur d'affaires chez Vinci Environnement. Le procédé est de plus capable de s'adapter rapidement à de fortes variations des charges en ajoutant simplement du support de masse bactérienne dans les bassins de traitement ». La station bénéficie par ailleurs de procédés de régulations optimisés assurant un juste équilibre entre empreinte environnementale, dépenses énergétiques et rationalisation de l'exploitation. L?instrumentation de mesure et d'analyse, majoritairement fournie par Endress+Hauser, est directement reliée à la commande de process. Chaque paramètre (notamment la régulation des process carbone et azote, brevetés pour les applications MBBR) est ainsi directement intégré dans la conduite de process de manière à l'adapter en continu de façon optimale. Autre exemple, le choix d'un traitement des boues basé sur les ultrasons doit permettre de réduire les volumes d'environ 10 % tout en produisant 15 % de biogaz en plus. Gain estimé : environ 40 000 euros par an. Grâce à cet outil, la CAPA ne s'inscrit pas seulement dans une logique de rattrapage en termes d'infrastructures mais bien dans une logique de développement sur le long terme. « En allant bien au-delà des exigences réglementaires et en conservant une capacité de traitement supplémentaire importante, ce projet intègre les perspectives de développement de notre territoire sur les 25 prochaines années » souligne Simon Renucci. La construction de la step de Campo Dell'Oro engagée, il restait à assurer le transfert des effluents des quartiers Est d'Ajaccio et leur raccordement à la future station d'épuration. Un challenge difficile compte tenu de la nature des zones traversées et de la diversité des conditions géotechniques rencontrées. Opter pour un matériau pérenne, facile et rapide à poser Nathalie Blusseau est chargée d'études techniques au sein du bureau d'études techniques Pozzo di Borgo chargé de superviser ce chantier. Elle explique : « Nous avions trois défis à relever : le premier concernait un calendrier précis et resserré. Il fallait que les effluents arrivent en même temps que la mise en route de la station d'épuration. Le second, d'ordre technique mais aussi économique, consistait à déterminer, sur plus de 6 km, le meilleur tracé pour l'implantation des canalisations de transfert des effluents. Le troisième défi concernait le choix du matériau dont serait constituées ces canalisations ». C?est finalement la réponse au troisième défi, celui du matériau, qui permettra de remplir les deux premiers objectifs. Après avoir longuement hésité entre le PEHD, le PRV ou la fonte, c'est finalement le système de canalisations en PRV centrifugé d'Hobas qui sera choisi. Une première en Corse ou la fonte s'imposait le plus souvent. Mais les difficultés liées au tracé retenu et la variété des conditions géotechniques rencontrées ont cette fois plaidé en faveur d'un matériau aussi pérenne mais plus léger donc plus facile à mettre en ?uvre. « La simplicité et la rapidité de mise en ?uvre ont pesé de façon très importante dans le choix effectué par la CAPA » souligne Nathalie Blusseau. Des canalisations plus légères, livrées en tronçons de 3 ou 6 mètres facilement recoupables sans qu'il soit nécessaire de retravailler les aboutures, facilement emboitables grâce à des manchons préposés, sur lesquelles viennent se greffer des regards en PRV fabriqués sur mesure, présentant les mêmes garanties en terme de résistance et constituant ainsi un réseau homogène, sont autant d'arguments qui ont joué en faveur de la solution proposée par Hobas France. Les avantages inhérents au matériau lui-même, c'est-à-dire au PRV centrifugé d'Hobas, ont également su séduire le bureau d'études Pozzo di Borgo autant que les ingénieurs de la CAPA : inerte au courant vagabonds, insensible à l'H2S, résistant à l'abrasion, le PRV est un matériau pérenne qui a fait ses preuves, même dans les environnements les plus extrêmes. « Des arguments décisifs puisque des études géotechniques avaient mis en évidence des sols de faible résistivité, donc assez corrosifs vis-à-vis de canalisations métalliques, une forte présence de vases noires et de sables fins ainsi que la présence de nombreuses nappes saumâtres » souligne Michèle Orlandi, ingénieure à la CAPA. 6 km de canalisations en PRV centrifugé dont 4 km en DN 600, 2,3 km en DN 500 ainsi que 12 regards en PRV réalisés sur mesure ont donc été fournis par Hobas France assurer la liaison entre les quartiers Est d'Ajaccio et la nouvelle station d'épuration. Des conditions géotechniques difficiles 3 équipes de 5 personnes travaillant en simultané ont permis à l'entreprise Raffalli d'assurer la pose des 6 km de canalisations de transferts en moins de 7 mois. « Nous avons travaillé simultanément sur 3 tronçons différents, explique Philippe Saint Bonnet, conducteur de travaux chez Raffalli Travaux Publics. Un premier tronçon en refoulement de 2,3 km en DN 500, un tronçon en gravitaire en DN 600 sur 500 mètres et un troisième tronçon en refoulement en DN 600 sur 3,6 km ». Une pose souvent délicate, en milieu urbain avec des sous-sols très encombrés, deux traversées de voies SNCF impliquant un fonçage en DN 800 sur 45 mètres, la proximité immédiate d'un aéroport, un tronçon de 700 mètres situé au beau milieu d'une base militaire nécessitant des précautions particulières et des conditions géotechniques particulièrement difficiles. Car bien que le chantier ait été réalisé en haute saison, la présence de sols marécageux et instables a nécessité l'utilisation de géotextiles de renforts anti-contaminants pour protéger les canalisations. « le géotextile anti-contaminant rempli un triple rôle, explique Jean-Marie Joussin, directeur général d'Hobas France. Il empêche les particules fines de migrer vers les vides en décomprimant la zone d'enrobage du tuyau constitué de sables ou de gravettes, il confine la zone de pose et il constitue un renfort qui permet de garantir les caractéristiques mécaniques du tube sur le long terme ». Des conditions de mises en ?uvre des canalisations et regards ont été définies entre Hobas France et l'entreprise Raffalli qui posait pour la première fois du PRV. « Ce partenariat a permis une pose rapide et sans incident malgré la diversité des conditions géotechniques rencontrées » se félicite Jean-Claude Campana, directeur opérationnel de l'entreprise Rafalli. La liaison entre les quartiers Est d'Ajaccio et la station de Campo Dell'Oro s'est achevée dans les délais impartis et les essais de pression réalisés (3 bar en DN 500 et 4,5 bar en DN 600) sur un linéaire de 5 km sont parfaitement concluants. Quant au gros ?uvre de la station, il est également achevé. Les émissaires terrestres et maritimes sont posés et les équipements de la station sont désormais en cours de montage. La mise en eau devrait avoir lieu au mois de novembre 2012. Mais la CAPA ne s'arrêtera pas là. Après ce chantier qui représente un investissement de 28,6 M? dont 5,2 M? pour les seuls réseaux (et 3,3 M? pour les canalisations), elle engagera près de 110 millions d'euros de 2011 à 2018 dans le domaine de l'assainissement pour mener à bien son programme de gestion globale et concertée de l'eau et assurer sereinement le développement du pays Ajaccien. Vincent Johanet