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01 decembre 2017 Paru dans N°406 - à la page 3

« Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus de contraintes du fait de leur surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées ». Telle est la conclusion du Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017 , publié au début de ce mois de novembre, qui souligne l’urgence de mieux gérer les eaux usées.

Ce document met en évidence le fait que les eaux usées ont longtemps été négligées alors qu’elles constituent une solution à la raréfaction croissante des ressources en eau ainsi qu’une source abondante de nutriments, de minéraux et d’énergie. Il montre qu’une gestion améliorée des eaux usées implique aussi bien la réduction de la pollution à la source, que l’élimination de contaminants dans les effluents, la réutilisation des eaux usées et la récupération de sous-produits utiles. Ensemble, ces quatre actions entrainent des avantages sociaux, environnementaux et économiques essentiels, et contribuent au développement durable.

D’ailleurs, les exemples de valorisation des eaux usées à des fins agricoles, industrielles, environnementales, récréatives et même de consommation, se multiplient dans le monde.

La réutilisation des eaux usées traitées est sans doute le mode de valorisation le plus évident. Windhoek, en Namibie, est l’exemple le plus connu et le plus ancien de de recyclage des eaux usées traitées pour la production en eau potable, seule solution susceptible de permettre à la ville de faire face à la pénurie d’eau. Depuis 1969, le procédé de traitement multi-barrières permet d’obtenir une eau purifiée d’une qualité conforme à toutes les normes requises en matière d’eau potable. Aucun problème sanitaire n’a jamais été signalé.

Les populations de certains pays comme l’Australie, le Japon, le Mexique ou Singapour, boivent déjà des eaux usées traitées tout comme certaines populations des États-Unis, notamment en Californie, en Virginie et au Nouveau-Mexique.  L’usine de Big Spring, au Texas, conjugue ainsi microfiltration, osmose inverse et désinfection UV pour produire une eau potable à partir d’eaux brutes et d’eaux usées traitées et desservir quelque 250.000 personnes. La réutilisation de l’eau « adaptée à l’usage prévu » y est également monnaie courante. Le niveau de traitement dépend alors de l’adéquation entre la qualité de l’eau et l’utilisation finale. La compagnie d’eau West Basin, en Californie, produit 5 types d’eaux « sur mesure » pour des usages spécifiques : irrigation, tours de refroidissement, barrières contre les infiltrations d’eau de mer, recharge d’eaux souterraines, eau d’alimentation de chaudière.

Les eaux usées sont aussi une source d’énergie dont le potentiel, immense, reste peu exploité (chaleur et biogaz). A Vancouver, au Canada, l’ancien village des JO d’hiver de 2010, converti en immeubles d’habitation, est chauffé à l’aide d’effluents issus de la station de traitement des eaux usées d’un village voisin. C’est aussi le cas de la Wintower, à Winterthour en Suisse, dont les 28 étages sont chauffés l’hiver et climatisés l’été par les eaux usées.

Les eaux résiduaires recèlent également des nutriments et matières organiques susceptibles d’être valorisés. En Australie, en Chine et au Japon, la récupération du phosphore contenu dans l’urine au moyen de toilettes à séparation d’urines est monnaie courante. Elle permet de répondre à la forte demande en phosphore tout en limitant la charge d’éléments nutritifs dans les eaux usées.

De même, les eaux usées permettent de satisfaire de nombreux besoins récréatifs ou écosystémiques. Elle est pratiquée depuis plus de 50 ans aux Etats-Unis. Outre l'arrosage de parcs, de golfs ou de jardins publics, plusieurs lacs artificiels sont alimentés en tout ou partie par des eaux usées traitées. C’est le cas du lac Santee, en Californie, mis en eau en 1960 et alimenté par des eaux usées épurées. La baignade y est autorisée depuis 1965. 

Ainsi, loin de n’être qu’un problème à régler, les eaux usées peuvent être source de multiples avantages. A la condition toutefois, au-bien delà de la disponibilité des techniques de traitement, de bénéficier d’un environnement juridique, institutionnel et financier, favorable… 

Vincent Johanet