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Le 86ème congrès de l'Astee (Association Scientifique et Technique pour l'Eau et l'Environnement) se déroulera du 4 au 7 juin 2007. Plus de 400 congressistes sont attendus à Barcelone pour échanger et faire le point sur un certain nombre de problématiques liées à l'eau, à l'assainissement et aux déchets. Rencontre avec François Mauvais, directeur général de l'ASTEE.

L?EAU, L?INDUSTRIE, LES NUISANCES : Le congrès de l'Astee sera placé cette année sous le thème central des « Conséquences des changements climatiques sur les services publics d'eau potable, d'assainissement, de déchets et sur les milieux aquatiques ». Pourquoi avoir choisi ce thème ? François Mauvais : Dans les 50 prochaines années, notre planète risque de connaître des évolutions climatiques importantes. Le troisième rapport du GIEC, rendu public le 6 avril dernier, en dresse un tableau aussi précis qu'alarmant. L?ASTEE n?a ni la vocation, ni les compétences nécessaires pour s'immiscer dans le débat actuel sur la réalité de ces changements et sur leur ampleur. Par contre, il a nous a paru intéressant et utile de nous placer dans l'hypothèse où les changements climatiques seraient ceux qui sont décrits aujourd'hui pour examiner leurs impacts prévisibles sur la gestion des services d'eau et d'assainissement. Deux questions centrales nous paraissent devoir être débattues : premièrement, quelles seraient, sur le plan technique, les conséquences d'un réchauffement sur le fonctionnement des services publics d'eau et d'assainissement. Deuxièmement, ces services sont-ils, dans leur conception ou leur mode de gestion, à l'origine de l'émission de gaz à effet de serre et dans l'affirmative, de quels moyens disposons-nous pour les réduire. Les investissements des collectivités territoriales sont réalisés pour durer au moins un demi siècle. Nous sommes donc sur des pas de temps importants. C?est dire qu'il faut se préoccuper de ces questions sans tarder. Comment faire évoluer les ouvrages existants et à venir pour qu'ils soient adaptés aux conditions des prochaines décennies ? Dans ce nouveau contexte, comment appréhender la répartition des usages de l'eau entre eau potable, milieux naturels et besoins agricoles ? Voici quelques unes des interrogations auxquelles les experts, industriels, universitaires qui participeront à ce congrès s'efforceront de répondre. E.I.N. : Concrètement, en quoi les services d'eau et d'assainissement peuvent-ils être concernés par les effets d'un réchauffement climatique ? F.M. : Prenons un exemple : une réduction sensible des consommations d'eau rendue nécessaire par la rareté de la ressource entrainerait plusieurs conséquences directes. Les réseaux d'eau par exemple ont été conçus pour des besoins affichés de l'ordre de 150 à 200 litres par personne et par jour. Un temps de séjour plus important dans les canalisations d'eau potable pourrait, par exemple, entrainer des problèmes sanitaires par manque de tirage. Côté assainissement, cette diminution des consommations pourrait être à l'origine d'une concentration forte des effluents qui risqueraient de devenir très septiques. Devra-t-on en revenir, par exemple, à des systèmes de chasse qui, il y a moins de trente ans, faisaient hurler les grands gestionnaires de réseaux d'assainissement ? Bref, on voit bien qu'une simple diminution de la consommation aurait des conséquences en chaine sur la conception de l'ensemble des équipements, aussi bien des unités de production d'eau potable que des stations d'épuration et des réseaux. E.I.N. : De quelle façon les services d'eau potable et d'assainissement pourraient-ils être de gros émetteurs de gaz a effet de serre ? F.M. : Les stations d'épuration produisent du CO2 ne serait ce que parce qu'elles produisent beaucoup de NO2 qui a un impact fort sur le CO2. Ce n?est pas anecdotique. Mais c'est surtout la question de l'énergie qui est centrale. Le poste énergie est le plus important en terme de dépense brute, hors main d'?uvre, dans une usine de production d'eau potable ou une station d'épuration. Or, bien des ouvrages de gestion de l'eau fonctionnent aujourd'hui de la même façon qu'il y quarante ans. Ce n?est ni acceptable, ni durable. Que faire des réseaux d'assainissement conçus dans les années 70-80 en s'affranchissant de la règle de l'écoulement gravitaire et qui ne fonctionnent que grâce à des pompages et re-pompages en série ? Pour de nombreux gestionnaires de réseaux, l'optimisation des rendements énergétiques est une question essentielle. Il en va de même pour les exploitants de stations d'épuration : le fait d'avoir dû multiplier les étages de traitement pour répondre aux objectifs fixés par la directive ERU et la DCE a eu des impacts importants sur les consommations énergétiques. Comment diminuer sensiblement les besoins en énergie tout en assurant un niveau de traitement toujours plus élevé ? Les réponses existent. Certaines sont d'ordre technique, comme par exemple le recours plus systématique à la variation de fréquence pour les équipements électro-techniques ou encore le recours à d'autres filières telles que la méthanisation qui permettent d'utiliser l'énergie produite par le process épuratoire. D?autres réponses ont une dimension plus sociologique, comme la réutilisation des eaux usées pour certains usages. Mais dans certaines régions de France, en particulier celles où se conjuguent une forte demande en eau agricole en période estivale et une pression touristique intense, il faudra probablement redéfinir une approche globale de la gestion de la ressource et des milieux naturels peut être plus pointue qu'elle n?est aujourd'hui. Et en tout cas, réunir autour d'une table l'ensemble des gestionnaires et usagers pour les inciter à se projeter dans des hypothèses qui ne sont pas a priori aujourd'hui totalement mesurées en terme d'impact. E.I.N. : Réutilisation des eaux usées, méthanisation, autant de domaines dans lesquels la France est très en retard' F.M. : Oui, la France est en retard car elle n?a pas encore eu a affronter véritablement, de façon prégnante et répétée, de gros problèmes de ressource en eau. La prise de conscience fait donc défaut. La France est aussi l'un des pays européens ou les services de l'eau et de l'assainissement sont le plus déconcentré. Et donc de la responsabilité des élus locaux. Ce qui ne favorise pas forcément la réflexion et la prise de conscience : à une atomisation territoriale correspond une atomisation décisionnelle. Il faut aussi aller plus loin dans la gestion intégrée de l'eau. Le petit cycle de l'eau est une vérité souvent oublié de nos élus, y compris ruraux. Du coup, nous sommes arrivés à une dichotomie complète entre le service d'eau et le service d'assainissement alors qu'il s'agit de la même eau et qu'entre les deux, il y a le milieu naturel et la problématique de la ressource ! Cette dimension là doit être ré-envisagée. C?est un domaine dans lequel l'ASTEE a un gros travail de sensibilisation à faire. E.I.N. : Pourquoi avoir choisi Barcelone pour tenir le congrès de l'ASTEE ? F.M. : Une règle non écrite mais très appréciée veut que tous les quatre ans le congrès de l'ASTEE se tienne à l'étranger. C?est l'occasion de sortir des problématiques trop franco-françaises pour s'ouvrir à des thématiques ou des expériences différentes et souvent enrichissantes. Partant de ce constat et vu le thème central du congrès, Barcelone a été un choix plutôt facile ! Soumise à des conditions climatiques plus sévères qu'en France, la Catalogne a-t-elle adopté une gestion plus économe de l'eau ? Quelles sont les solutions innovantes mises en ?uvre pour répondre à la demande agricole, industrielle, domestique ? Quelle est la place faite en Catalogne aux ressources nouvelles, au dessalement, à la réutilisation des eaux usées au stockage des eaux de pluie ? Plus largement, quelle est la politique de l'eau en Espagne ? Comment la gestion intégrée s'organise-t-elle aux niveaux national, régional, du bassin ? Autant de questions auxquelles les intervenants catalans s'efforceront de répondre. E.I.N. : Un congrès réussi, c'est quoi ? F.M. : Un congrès réussi c'est un congrès au cours duquel les thèmes sont abordés sans a priori ni tabou y compris sur des thématiques nouvelles. C?est aussi l'occasion d'initier des débats qui devront se poursuivre dans le cadre de groupes de travail dédiés, existants ou à créer. Il est très important que les débats se prolongent. A fortiori sur une thématique comme celle des effets du réchauffement climatique, sur laquelle nous ne sommes pas en attente de production mais plutôt de capitalisation d'informations, de transmission et de sensibilisation. E.I.N. : Pourquoi avoir réduit la durée du congrès ? F.M. : Le temps est une denrée rare aujourd'hui. Conséquence logique, les congrès de 4 jours tels que les organisaient les sociétés savantes au 19ème siècle, c'est fini ! Nous attendons autour de 400 congressistes en espérant que la grande majorité vienne plus de 48 heures... C?est dire qu'il était nécessaire de trouver un format plus adapté aux contraintes actuelles et à la demande des congressistes, qu'ils soient ou non adhérents de l'ASTEE. Renseignements et inscriptions : http://www.astee.org Propos recueilli par Vincent Johanet