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29 juillet 2011 Paru dans N°343
L?hydroélectricité, qui représente aujourd'hui près de 20 % des capacités électriques mondiales tout en disposant d'un potentiel de développement 5 fois supérieur à son niveau actuel fait partie de ces énergies renouvelables et non polluantes qui la promettent à un bel avenir : pas de gaz à effet de serre, pas de déchets, longue durée de vie des ouvrages, exploitation simple et fiable, ajustement facile de la production?.etc. Bref, le développement de l'énergie hydraulique qui représente déjà près de 90 % de la production d'électricité d'origine renouvelable dans le monde semble assuré pour peu que les projets les plus respectueux de l'environnement soient privilégiés au détriment des ouvrages massifs, générateurs de lourds impacts sur l'environnement et les activités humaines. Mais il est une autre façon de produire de l'énergie à partir de l'eau qui est restée ces dernières années singulièrement sous exploitée alors que son potentiel est considérable : la géothermie. Selon une étude publiée le 14 juin dernier par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la production mondiale de chaleur et d'électricité à partir de la géothermie pourrait être multipliée par 10 en quelques années seulement pour représenter environ 3,5% de la production annuelle d'électricité mondiale et 3,9% de l'énergie pour le chauffage. Une vingtaine de pays dans le monde produisent déjà de l'électricité géothermique (géothermie haute température), pour une puissance d'environ 10.000 MW. Aux Philippines, elle représente 17 % de l'électricité produite et en Islande près de 30 %. Plus de 70 pays utilisent également la géothermie pour produire de la chaleur (géothermie basse température), notamment le Japon, la Chine, les Etats-Unis et certains pays d'Europe. La France elle-même dispose dans son sous-sol d'un important potentiel géothermique en basse, très basse et haute énergie dont seule une infime partie est exploitée par une soixantaine d'installations dédiées au chauffage urbain et réalisées pour la plupart dans les années 1980, lorsque les énergies fossiles étaient encore abondantes et bon marché. Mais le renchérissement des coûts associé aux progrès techniques enregistrés en matière de forages profonds permet à la géothermie de connaitre, après une pause de deux décennies, un net regain d'intérêt. Ce renouveau constitue une chance pour notre pays qui capitalise une forte expérience de production d'électricité à partir de la géothermie au travers notamment de la centrale de Bouillante en Guadeloupe ou en métropole avec le projet de Soultz-Sous-Forêts qui repose sur l'injection d'eau dans des roches sèches : des puits sont forés à 5 000 m au c'ur d'un massif granitique à quelques centaines de mètres de distance. Dans le premier, on injecte de l'eau à haute pression. Dans le second puits, on pompe l'eau réchauffée par son passage dans les roches à haute température pour faire fonctionner des turbines et produire de l'électricité. Certes, le prix de revient de cette électricité reste encore supérieur à celui du kWh nucléaire car il nécessite des forages à grande profondeur dans des milieux encore mal maitrisés. Mais si l'on parvient à baisser les coûts en accompagnant le développement de la filière, le potentiel de cette énergie propre et locale pourrait surprendre? Déjà les projets se multiplient : l'usine Roquette à Beinheim (Bas-Rhin) sera en 2014 la première au monde à utiliser la géothermie profonde pour faire tourner près d'un tiers de ses installations. Sa production de 24 mégawatts, sur les 90 dont l'usine a besoin, permettra au site de réduire sa dépendance au gaz naturel et de se prémunir contre les hausses de prix tout en économisant 39.000 tonnes de C02 par an. Le développement de la géothermie a d'ailleurs été identifié par le Grenelle de l'environnement comme prioritaire et la filière se structure. Un Comité national de la géothermie a été lancé en juillet 2010 pour accélérer son développement en proposant des actions et des recommandations. Une Association Française des Professionnels de la Géothermie, regroupant les professionnels de la filière a également été créée pour assurer la promotion des entreprises, techniques et productions géothermiques en France et en Europe. Une simplification du cadre législatif relatif aux opérations de minime et moyenne importance est en cours par le biais de nouveaux textes législatifs et réglementaires. Bref, ca bouge enfin dans le domaine de la géothermie et nul ne s'en plaindra?.