Si des échéances jusqu’à 2045 pour la directive Eaux résiduaires urbaines (DERU 2) peuvent paraître encore loin, l’étude réalisée par le Syndicat national des entreprises du traitement de l’eau (Synteau) révèle, dans cette première partie, les investissements qui seraient nécessaires, les freins à lever concernant le traitement tertiaire de l’azote et du phosphore, et propose même des recommandations.
La nouvelle directive européenne Eaux résiduaires urbaines (DERU 2) a été publiée en décembre 2024 et les États membres ont jusqu’au 31 juillet 2027 pour la transposer en droit national. D’autres échéances s’étaleront sur une période de plus de dix ans, à savoir 2033, 2036, 2039 et 2045. « Ces échéances paraissent loin mais en fait, elles sont déjà très courtes et vont nécessiter la mise en œuvre de moyens assez forts, en termes financiers ou moyens humains, pour les tenir », affirme Patrick Therond, coauteur de l’étude et coanimateur du groupe de travail au sein du Syndicat national des entreprises du traitement de l’eau (Synteau), avec Pascal Jouaffre.
C’est précisément le travail qu’a mené le syndicat en 2025 et dont des représentants ont dévoilé une partie des résultats au début du mois de février 2026 pour répondre aux interrogations en termes de délais et de financements. Comme le périmètre d’activité de ses adhérents concerne le traitement de l’eau potable, des eaux usées municipales et industrielles – à savoir les stations de traitement des eaux usées (STEU), et non les réseaux, les déversements, etc. – , le syndicat s’est concentré sur l’article 7 (traitement tertiaire de l’azote et du phosphore pour les STEU de plus de 10 000 équivalents-habitants [EH]), l’article 8 et l’article 11 de la DERU 2 qui en compte 35 au total.
Pour évaluer l’impact de la DERU 2 par simulation de différents scénarii, le Synteau s’est appuyé sur la base nationale de l’assainissement collectif Roseau, fournie par la Direction de l’eau et de la biodiversité (DEB). Cette base a été enrichie avec les données des adhérents du syndicat (dates de la dernière rénovation des stations, filières de traitement mises en œuvre, consommation énergétique, tranches d’obligations…). Au niveau de l’article 7, les nouvelles obligations se basent sur la semaine la plus chargée (Charge brute de pollution organique, ou CBPO) – 78 millions d’EH, soit 73 % de la capacité nominale du parc français – , et non sur le dimensionnement des installations (charge nominale).
De nombreuses STEU déjà conformes
« Le parc français constitué de 23 000 stations d’épuration (STEP) affiche une capacité nominale de 106 millions d’EH, même si la charge moyenne n’atteint actuellement que 51 millions d’EH, ce qui permet de recevoir des charges supplémentaires ou alors de pousser plus loin les traitements. Compte tenu de l’évolution faible de la population française à l’horizon 2050, selon l’Insee[ Institut national de la statistique et des études économiques.], il n’est pas nécessaire d’envisager d’accroître les capacités du parc national », précise Patrick Therond.
Le Synteau a ainsi recensé 1 225 STEU en tranche d’obligation supérieure à 10 000 EH, dont 693 en zone sensible « azote » et 69 au-delà de 150 000 EH. Sur ces 693 STEU, le syndicat en a identifié 626 conformes à la DERU 2 – ce sont toutes les stations qui traitent déjà l’azote en 2023 au niveau des nouvelles exigences – et 44 avec une conformité potentielle. Parmi les 69 STEU de plus de 150 000 EH, 36 sont conformes à la DERU 2 et 20 affichent une conformité potentielle. « Les STEU avec conformité potentielle sont celles avec des boues activées faible charge, avec une charge moyenne inférieure à 80 % de la charge nominale, sous réserve de temps d’aération supplémentaire, et celles avec des cultures fixées, avec étape de dénitrification et une charge moyenne inférieure à 80 % de la charge nominale, sous réserve d’ajout de réactifs (méthanol) », explique Patrick Therond.
Toujours sur les 1 225 STEU, le Synteau en a identifié 795 en zone sensible « phosphate » et 69 au-delà de 150 000 EH. Sur ces 795 STEU, 561 sont conformes à la DERU 2 et 151 à 189 sont potentiellement conformes. En ce qui concerne les 69 STEU de plus de 150 000 EH, 22 sont conformes aux nouvelles exigences et 24 à 34 stations, avec un niveau de rejet en matières en suspension (qui contiennent du phosphore particulaire) inférieur à 16 mg/l (11,4 mg/l pour les STEU supérieures à 150 000 EH), sont considérées comme pouvant être potentiellement conformes à la DERU 2, sous réserve d’ajout de réactifs de chlorure ferrique (FeCl3) et sans investissements supplémentaires. Il reste donc 23 STEU en zone sensible « azote » et 13 STEU de plus de 150 000 EH à mettre à niveau. Les enjeux sur l’azote portent principalement sur ces 13 STEU car les investissements pour les petites stations sont plus limités.
Deux enjeux, le foncier et le délai
Il reste donc 23 STEU en zone sensible « azote » et 13 STEU de plus de 150 000 EH, ainsi que 45 à 83 STEU en zone sensible « phosphate » et 13 à 23 STEU de plus de 150 000 EH à mettre à niveau, via l’ajout nécessaire d’une étape supplémentaire de traitement. Les enjeux sur l’azote et le phosphore portent principalement sur les plus grosses STEU car les investissements pour les petites stations sont plus limités. Le Synteau fait toutefois le constat suivant à propos des STEU supérieures à 150 000 EH : elles sont confrontées à deux enjeux, à savoir le foncier et le délai.
Certaines stations, qui ne sont actuellement pas équipées de traitement tertiaire (azote et/ou phosphore), ne disposent pas de foncier suffisant pour mettre en place les traitements additionnels. « De nombreuses stations sont aujourd'hui localisées en zone périurbaine. S'il y a besoin de mettre des traitements additionnels, il faut alors de l'espace que toutes ne disposent pas forcément », précise Patrick Therond. Les délais moyens de travaux sur la base de STEU neuves (selon les abaques du Synteau) sont de 48 mois (150 000 EH), 55 mois (250 000 à 450 000 EH) et de plus de 60 mois (au-delà de 500 000 EH). Pour les stations en réhabilitation ou en extension, pour lesquelles on doit garantir la continuité de service – cela impose un phasage plus complexe des travaux – , ces délais doivent être augmentés de 30 à 50 %.
En considérant ces deux contraintes (foncier et délai), pour les échéances intermédiaires en 2033 et 2036, et l’échéance finale en 2039 dans le cas des traitements de l’azote et du phosphore – ce sont 13 installations de plus de 150 000 EH à mettre à niveau, avec un foncier très compliqué – , il faut donc démarrer les pré-études et le processus de mise à niveau des STEU dès 2026 pour tenir les objectifs en 2039. Pour les agglomérations d’au moins 10 000 EH – 23 installations à mettre niveau sur l’azote, 87 à 95 installations sur le phosphore – , il faut capitaliser sur l’avance sur les objectifs de 2039 et anticiper les mises à niveau pour ne pas amplifier davantage l’effet de « vague » entre 2036 et 2042. Ce pic correspond au renouvellement des installations construites à la fin des années 1990 et au début des années 2000 pour respecter la DERU de 1991, la durée de vie moyenne d’une STEP étant d’une trentaine d’années – 45 % du parc français aura plus de 30 ans en 2035.
3 milliards d’euros pour le traitement de l’azote
Le Synteau a enfin évalué les investissements et les coûts d’exploitation nécessaires pour l’article 7 de la DERU 2, grâce à la création et l’utilisation d’abaques basées sur des travaux récents en Suisse, notamment. Pour le traitement de l’azote, le chiffrage est estimé à 3 milliards d’euros, à ±50 % près car ce traitement dépend des technologies présentes sur chaque site, de la nature des sols, de l’espace disponible (démolition, phasage). Pour le traitement du phosphore, le syndicat a identifié deux cas de figures : l’ajout seul de réactifs sans investissements et la mise en place d’un traitement de filtration d’affinage. Les investissements seraient compris entre 160 et 390 millions d’euros, avec des surcoûts liés à l’eau traitée de 1,7 à 5,5 centimes d’euro par m³ d’eau traitée par an, y compris les coûts d’investissement, les coûts additionnels d’électricité et de réactifs.
Face à ces défis, la mobilisation collective du secteur et la coordination avec les acteurs publics seront déterminantes pour réussir la transition du modèle français d’assainissement vers une gestion toujours plus durable, innovante et efficiente. Pour Philippe Carrio (voir photographie), président du Synteau, « nous réaffirmons notre engagement à accompagner les pouvoirs publics et les collectivités territoriales dans la mise en œuvre des nouvelles obligations de la DERU 2. Les solutions et les expertises sont maîtrisées, permettant à la France de répondre pleinement à l’ambition sanitaire et environnementale européenne. La transposition de la directive constituera une première étape décisive, permettant aux collectivités territoriales, exploitants, ingénieurs conseil et constructeurs de se mobiliser sans attendre pour la réussite de cette transition. »

