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27 decembre 2013 Paru dans N°367

L?usine d'épuration Seine Morée, inaugurée le 6 décembre dernier, aura une capacité de traitement de 50 000 m3 par jour (76 500 m3 par jour par temps de pluie). Elle aura en charge la dépollution des eaux usées de 200 000 habitants, répartis sur 6 communes en Seine-Saint-Denis (Aulnay-sous-Bois, Sevran, Tremblay-en-France, Villepinte, Vaujours, auxquelles s'ajoutent une partie du Blanc-Mesnil et de l'aéroport de Roissy-CdG). Entreprise en octobre 2010, la construction de l'usine, d'un montant de 122 M?, a été financée par l'Agence de l'eau Seine-Normandie (45%), le SIAAP (35%) et la Région Île-de-France (20%).

La 6ème usine d'épuration du SIAAP, au Nord-est de la Seine-Saint-Denis, tire son nom d'un petit cours d'eau qui traverse les communes de Sevran, Aulnay-sous-Bois et Le Blanc-Mesnil et qui va réceptionner les eaux traitées par l'usine : La Morée. Il a été progressivement réduit au rôle d'égout et partiellement recouvert au 19ème siècle. La qualité des eaux que l'usine rejette dans la Morée permettra de redonner vie à ce petit cours d'eau en favorisant le développement de la biodiversité. La construction de l'usine Seine Morée a débuté en 2010. Cinq sites de traitement des eaux usées (eaux domestiques, pluviales et industrielles) jalonnent déjà les vallées de la Marne et de la Seine. Mais il était nécessaire de compléter ce dispositif par une 6ème usine en amont de la Seine avec comme objectif l'amélioration de l'état biologique et chimique de la Seine pour respecter les objectifs fixés à l'horizon 2015 par la Directive Cadre sur l'Eau. Seine Morée est ainsi à l'avant-garde des nouvelles techniques de construction inspirées par les exigences du développement durable. Faire fonctionner une usine de traitement située sur un terrain exigu à proximité de riverains et d'une nappe d'eau affleurante, tout en respectant des normes de rejet draconiennes, impose de recourir aux technologies les plus innovantes. Recourir aux technologies les plus innovantes Acheminées par de nouveaux collecteurs, les effluents sont débarrassés successivement dégrillées, puis dessablées, dégraissées avant une première décantation physico-chimique. Ces opérations se font dans un seul bassin, aucun réactif n?est utilisé. L?eau ainsi décantée séjourne ensuite dans un second bassin tampon de 6 000 m3 avant de subir une opération de tamisage. Elle est alors dirigée vers un bassin d'aération d'une capacité de 39 500 m3 dans lequel 3 zones permettent de traiter le carbone, l'azote et le phosphore. Un ultime traitement membranaire permet d'éliminer les éléments dissous. Au final, l'eau ainsi traitée est utilisable pour l'arrosage et les usages industriels. Une partie est prélevée pour les besoins de l'usine et des collectivités avoisinantes tandis que le flot le plus important est rejeté dans la Morée. La succession des trois bassins de traitement biologique permet de ne pas consommer de méthanol pour éliminer les pollutions azotées et réduit considérablement la consommation de chlorure ferrique par le traitement du phosphore. En outre, le biogaz produit lors de la décantation primaire sans réactif est valorisable par cogénération. L?énergie thermique ainsi produite est utilisée pour le chauffage et la production d'eau chaude tandis que l'énergie mécanique est transformée en énergie électrique grâce à un alternateur puis consommée par l'installation. Le traitement de l'air a également fait l'objet d'une attention particulière. Pour réduire les nuisances odorantes, les odeurs sont captées à la source. Tous les équipements susceptibles de présenter un impact odorant sont confinés. Pour assurer la sécurité des agents chargés de l'exploitation, tous les locaux sont ventilés et l'air rejeté dans l'atmosphère est préalablement traité sur trois lignes de quatre tours de désodorisation. Les boues issues du traitement des eaux sont quant à elles stockées puis épaissies, par sédimentation ou par centrifugation selon leur nature. On obtient ainsi des boues liquides à 70 g de matière sèche/litre. Elles seront acheminées vers un centre de méthanisation commun au SIAAP et au SYCTOM dont le projet est actuellement en cours d'élaboration. Elle permettra de traiter simultanément les biodéchets et les boues issues du traitement des eaux de Seine Morée. Cette unité traitera les 10 000 tonnes de boues produites par le SIAAP et les 15 000 tonnes de biodéchets obtenus à partir des collectes sélectives. Par ailleurs, 410 m3 par jour de jus de méthanisation seront renvoyés vers Seine Morée pour y être traités. Pour permettre une homogénéisation optimale du mélange, le procédé de traitement retenu est celui d'une digestion biologique. Le digestat obtenu deviendra un compost normé. L?architecture de l'usine a également fait l'objet d'un soin particulier : belle à regarder, mais aussi à la pointe des exigences environnementales en matière de construction. Une usine à la pointe des exigences environnementales en matière de construction Le terrain qui accueille Seine Morée comporte un dénivelé de 4 à 5 mètres que les architectes ont exploité pour concevoir l'usine tel un paysage. Ainsi, les bassins biologiques sont disposés en contrebas et les autres bâtiments sont superposés de manière décalée. À l'intérieur de l'usine, le cours d'eau la Morée qui coule aujourd'hui sous le terrain est réouverte et renaturée. Les parois des bâtiments allient minéral et organique, grâce à des blocs de gabion surmontés de caissettes végétalisées. Au pied du bâtiment d'exploitation et du bâtiment administratif, deux plans d'eau paysagers sont aménagés. Bordés d'ajoncs et d'iris des marais, ils rappellent la vocation de l'ouvrage au service de l'eau. Ils peuvent également faire office de bassins d'expansion en cas de crues. Conformément au PLU, la hauteur de construction est inférieure à 15 mètres. Grâce à une architecture étudiée, l'usine devient paysage pour le passant. Le chantier et l'ensemble immobilier final s'inscrivent dans une démarche de qualité environnementale en continuité avec la politique de développement durable du SIAAP. Avant de concevoir Seine Morée, les attentes de l'ensemble des parties prenantes (riverains, élus, collaborateurs') ont été identifiées et les matériaux permettant de respecter les normes environnementales les plus exigeantes ont été sélectionnés. Le cahier des charges des travaux impose également des normes strictes pour limiter leur impact sur l'environnement. Dans un souci d'économie d'énergie, les bâtiments bénéficient d'une isolation optimale. L?utilisation des énergies renouvelables est privilégiée pour le fonctionnement des équipements : panneaux solaires pour chauffer l'eau des sanitaires, chauffage des locaux techniques grâce aux calories récupérées dans le processus de traitement des eaux, pompes à chaleur pour le chauffage et la climatisation des locaux. La circulation des camions de livraison ou d'enlèvement s'effectue dans la partie basse de l'usine, dissociée de celle des véhicules légers.