Le congrès sur les sols, les sédiments et l’eau Intersol va ouvrir ses portes du 24 au 26 mars 2026, à Lille, pour sa 25e édition, preuve de la pertinence de cet événement qui trace sa route sans tambours ni trompettes depuis une trentaine d’années. L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances a échangé avec Vincent Limousin, gérant de WEBS, organisateur de l’événement, et Jonathan Sénéchaud, président de la commission communication de l’UPDS, sur la prochaine édition et sur les tendances du marché.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Avant d’aborder la prochaine édition du congrès Intersol, comment se présente actuellement le marché de la dépollution des sites et des sols ?
Jonathan Sénéchaud : Historiquement, dans les années 1990-2000, ce secteur était un marché orienté vers l’intervention d’urgence. Lors de l’accident d’un camion ou d’un train, de l’explosion d’un pipeline, des produits chimiques pouvaient se déverser dans le milieu environnement et il fallait mobiliser des moyens en urgence pour récupérer un maximum de produit et traiter le milieu. Au fil des années, une réglementation s’est mise en place avec des circulaires, la loi Barnier, la loi Alur, la loi Industrie verte, etc. et a ainsi structuré le marché. Aujourd’hui, le métier de la dépollution des sites et des sols est désormais mature… même si le secteur connaît une forte pression.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : À quels types de pression faites-vous référence ?
Jonathan Sénéchaud : La crise que connaît le marché de l’immobilier se traduit déjà par une certaine frilosité de la part des promoteurs et des aménageurs à acheter des sites à risque, parce que des « mauvaises » surprises peuvent rendre les surcoûts difficilement maîtrisables. Le contexte géopolitique international de ces derniers mois a également tendance à réduire les investissements industriels, et la difficulté d’adoption du budget de l’État, associée aux élections municipales, a aussi un impact négatif sur les contrats publics – ces derniers représentent 15 à 20 % des dossiers de dépollution des sites et sols pollués. S’il était favorable au marché depuis sa mise en place après la pandémie de Covid-19, en aidant notamment les acteurs publics, le fonds Friches a désormais tendance à diminuer. Il y avait même une incertitude sur la pérennité de son budget lors du dernier vote du budget de l’État.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : La situation n’est toutefois pas si difficile, il existe bien des moteurs qui portent le marché de la dépollution des sites et des sols…
Jonathan Sénéchaud : Effectivement, on peut mentionner le recours à de nombreux travaux d’ingénierie et études pour réduire le risque des surcoûts difficilement maîtrisables que j’évoquais précédemment. Il y a également les ATTES (ATTES-Secur, ATTES-Mémoire, ATTES-Travaux et ATTES-Alur) qui sont des attestations délivrées par des bureaux d’études certifiés. Elles concernent surtout le marché de l’ingénierie et, dans une moindre mesure, celui des travaux pour des friches ou d’anciennes ICPE qui n’avaient pas forcément été régulièrement réhabilitées et qui retrouvent le chemin de la réglementation.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Cette année, ce sera la 25e édition du congrès Intersol. Pouvez-vous revenir, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’événement, sur son histoire ?
Vincent Limousin : En 1992, dans le cadre des activités inscrites au programme de la Commission économique pour l’Europe des Nations unies (CEE-ONU), le Comité du Commerce, de l’Industrie et du Développement des entreprises avait lancé, sous l’impulsion de la délégation de la République tchèque, un projet pilote démontrant la nécessité de procéder, en urgence, au nettoyage de certains sites pollués par les produits chimiques dans les pays à économie en transition. Appuyées par le ministère de l’Industrie, les entreprises françaises compétentes en la matière avaient alors exprimé leur intérêt pour l’organisation en France d’une manifestation de démonstration de leur savoir-faire dans le but de s’introduire non seulement sur les marchés des pays d’Europe de l’Est, mais également dans l’ensemble des pays où se posait le problème de la dépollution des sols. De son côté, l’association Interchimie, consciente de l’intérêt de ce thème sur les plans technologiques et économique, et de l’impact que pourrait avoir une manifestation de dimension européenne sur la compétitivité des entreprises françaises, avait accepté d’organiser, en 1995, à Paris-Nord Villepinte, un premier « Atelier international sur les techniques de décontamination et de réhabilitation des sols pollués par les produits chimiques » sous l’égide de la CEE-ONU. C’est d’ailleurs dans ce cadre-là que je me suis rapproché de l’UPDS[1] qui venait d’être créée. L’événement, dont la première édition réunit, sur trois jours, plus de 500 spécialistes venant de 18 pays, est vite devenu annuel et j’ai ensuite repris la marque et créé ma société WEBS.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Qu’est-ce qui a fait, selon vous, le succès d’Intersol ?
Vincent Limousin : Il y a d’abord un comité scientifique, qui s’appuie sur un large réseau de spécialistes fidèles et dont le rôle est de déterminer, à chaque édition, les thématiques les plus pertinentes pour le cycle de conférences. Le renouvellement des thématiques contribue également à la pérennité de l’événement. Nos meilleurs ambassadeurs sont aussi les congressistes qui participent au congrès, pour certains, depuis des années, voire des décennies. Ce qui confirme que l’événement est aujourd’hui le rendez-vous convivial d’une véritable communauté. Certains intervenants souhaitent avoir un « mini-stand » pour poursuivre les échanges avec des congressistes, faire du business éventuellement, mais la clé de voûte, le cœur d’Intersol reste le cycle de conférences. Aujourd’hui, le congrès est plus francophone (moins international) que les années précédentes. Cela peut s’expliquer, entre autres, par le fait que toutes les techniques de traitement sont désormais connues et que les problématiques actuelles sont plutôt d’ordre juridique, financières, etc. et gérées de manière différente par chaque pays. Je tiens à préciser qu’il n’y a aucun sponsor, ce qui nous laisse une liberté d’action et de parole totale. Si l’édition 2026, dont les partenaires sont Axelera, le cluster Eaux, Milieux, Sols et l’UPDS, se tiendra du 24 au 26 mars prochain à Lille (Nord), la manifestation se déroule aussi alternativement à Paris et à Lyon.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Que réserve l’édition 2026 en termes de temps forts ?
Vincent Limousin : Cette année, la thématique portera sur « Les sols pollués et dégradés : gestion des risques et des incertitudes. Vision croisée des parties prenantes » afin de proposer une approche plus « chantier ». Les retours d’expériences seront déclinés dans trois sessions (Conception du projet, Diagnostic et Techniques & Travaux). Une table ronde coorganisée par Axelera et le cluster Eaux, Milieux, Sols abordera le thème des « Collectivités et aménageurs : comment composer avec les sols pollués ? ».
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Pour l’UPDS, comment se traduit ce partenariat ? Et que vous apporte-t-il ?
Jonathan Sénéchaud : C’est important, pour nous, d’être partenaire d’Intersol car, déjà, c’est le congrès le plus abouti de notre métier et un événement plus scientifique que peuvent l’être des salons comme Pollutec. En plus de faire partie du comité scientifique, nous allons mettre en avant des projets de recherche et des retours d’expérience de nos adhérents. C’est aussi l’occasion, pour ces derniers, de participer à des présentations, de se rassembler, de faire de la veille sur l’innovation, la réglementation, les liens avec d’autres métiers – on peut vraiment parler d’un écosystème à la croisée de différents métiers. Intersol est véritable devenu le grand rassemblement de la profession.
Propos recueillis par Cédric Lardière
[1] Union des professionnels de la dépollution des sols ; elle représente une soixantaine d’adhérents totalisant un chiffre d’affaires de plus de 550 millions d’euros.

