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Pour les collectivités locales comme pour les exploitants, les nuisances odorantes sont devenues un enjeu majeur. Chaque mois, Lionel Pourtier, expert en environnement odeurs et gaz, aborde une problématique relative aux odeurs et aux nuisances atmosphériques.

L'histoire de l'arroseur arrosé a un effet comique dans l'un des premiers films des Frères Lumière. Cet effet m'est apparu pathétique lorsqu'il fut mis à jour dans une réunion publique organisé autour de problèmes de nuisances olfactives d'un ISDND. Tout d'abord, rappelons que les odeurs que l'on perçoit dans notre quotidien sont constituées de mélanges de molécules odorantes. Elles entrent dans notre nez soit par les narines, soit par deux orifices situés dans notre palais, la voie rétro nasale, pour interagir avec la muqueuse olfactive située au fond de nos deux cavités nasales. 

 Comme pour l'audition ou la vision, ces deux muqueuses olfactives produisent une perception stéréo-olfactive nous permettant d'orienter spatialement l'origine de l'odeur. Ainsi, nous identifions la personne qui porte ce parfum si envoûtant (ou si dégoûtant). Les riverains de sites odorants nous désignent souvent l'origine des nuisances odorantes en se tournant et la désignant de la main. Il suffit à l'expert de reporter cette direction sur la carte pour savoir si le site impliqué est bien dans la direction indiquée. 

 Lorsqu'une personne perçoit une odeur et cherche à déterminer son origine, il se tourne dans l'axe d'où vient l'odeur, donc face au vent, se comportant comme les coqs des girouettes qui pointent leurs becs dans la direction d'où vient le vent. A l'inverse, si l'on cherche à savoir où sont susceptibles d'aller les odeurs en étant placé sur le site, l'observateur va tourner le dos au vent pour observer le panache qui s'oriente comme le drapeau qui indique le sens du vent. C'est-à-dire à 180° du vent indiqué par la girouette. 

C'est ainsi qu'un président d'association rusé, mais pas malin, avait demandé rétrospectivement à ses membres de remplir des fiches d'observations olfactives. Rusé, et pour augmenter la crédibilité des plaintes odeurs, il avait préalablement récupéré les données de direction de vent auprès d'un service météorologique et en fonction de la localisation de l'observateur, il avait déterminé les dates auxquelles chaque observateur était susceptible de recevoir les odeurs du site. Fort de cette collection importante de plaintes d'odeurs, il demanda à la municipalité de statuer sur celles-ci. 

C'est ainsi que dans le cadre de cette mission, j'ai scrupuleusement localisé sur une carte les plaignants, déterminé pour chacun d'eux les directions du vent permettant d'impliquer le site en question, et calculé les fréquences de congruence. Il apparut ainsi, et j'ai été obligé de le présenter lors de la réunion publique, que toutes les plaintes avaient été faites alors que le vent était opposé aux directions impliquant le site. 

C'est ainsi que le président de cette association a rendu un grand service à l'exploitant et a discrédité les riverains en les impliquant dans un mensonge finalement peu malin.

Lionel Pourtier lionel.pourtier@environnement-air.fr