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Si les tendances actuelles persistent, le continent africain ne pourra pas nourrir l'ensemble de sa population à l'horizon 2030. Au nord, la production agricole sera freinée par les limites du potentiel cultivable et la faiblesse des ressources en eau. En Afrique subsaharienne, ce sont le rythme de la croissance démographique et surtout les verrous économiques qui constitueront des freins importants à une autosuffisance alimentaire. C?est ce qui résulte d'une étude menée par BRL Ingénierie pour le compte du Centre d'analyse stratégique (CAS).

En Afrique, à l'horizon 2030, la population, qui a déjà quadruplé entre 1950 et 2010, devrait encore augmenter de moitié, passant de 15 % à près de 20 % de la population mondiale. A cet accroissement démographique soutenu, il faut ajouter une urbanisation croissante et des habitudes alimentaires en forte évolution qui conduiront à une forte augmentation des besoins alimentaires. Or, en parallèle, le changement climatique va provoquer une plus forte variabilité des disponibilités en eau et aura donc un impact non négligeable sur les rendements agricoles. Le climat du continent africain se caractérise déjà par une pluviométrie très variable dans le temps, d'une année sur l'autre et d'une saison à l'autre, ainsi que dans l'espace. Mais à l'horizon 2030, des évolutions de température et de pluviométrie de plus forte amplitude entraîneront des conséquences directes sur les ressources en eau disponibles, bien que d'importance différente d'un territoire à un autre. Un point positif cependant : une part importante des potentiels agricoles inexploités au niveau mondial se trouve en Afrique subsaharienne, qu'il s'agisse de terres potentiellement cultivables ou de ressources en eau. Ces potentiels sont encore sous-exploités du fait d'un cadre économique et réglementaire souvent insuffisant. C?est pourquoi, la production agricole de l'Afrique et donc sa capacité à nourrir sa population, dépendront en grande partie des politiques agricoles, énergétiques et foncières que mettront en ?uvre les gouvernements africains mais aussi des moyens que les institutions internationales, les gouvernements, les ONG pourront mobiliser. L?irrigation, première activité consommatrice d'eau (70 % de la demande en eau à l'échelle mondiale, plus de 85 % en Afrique) joue bien entendu un rôle clé. D?autant qu'elle sera fortement concurrencée dans les décennies à venir par les autres usages (eau potable, industrie, énergie) ce qui pourrait contraindre à terme une partie de la production alimentaire. On considère en effet que la disponibilité de l'eau devient un facteur critique lorsque plus de 40 % des ressources renouvelables sont utilisées pour l'irrigation. Or, selon la FAO, l'Afrique du Nord utilise déjà 58 % de ses ressources en eau pour l'irrigation et ce pourcentage pourrait s'élever à 62 % en 2050. Dans les décennies à venir, le continent africain devrait donc rester structurellement déficitaire sur le plan agricole. Au nord, cela sera principalement dû aux limites du potentiel de terres cultivables et des ressources en eau. En Afrique subsaharienne, malgré un important potentiel de ressources premières, l'augmentation de la production agricole risque d'être grevée par le rythme de la croissance démographique et l'absence de cadre économique et réglementaire adapté. L?étude menée par BRL Ingénierie pour le compte du CAS explore cependant plusieurs pistes parmi lesquelles le développement d'une irrigation plus économe en eau, la recherche de cultures plus efficaces et mieux adaptées à leur environnement ou encore le développement de systèmes mixtes d'exploitation agricole conciliant cultures commerciales et vivrières. La volonté politique des États africains sera essentielle pour impulser des dynamiques de changement pérennes. Mais les pays développés ont aussi un rôle à jouer, la coopération internationale étant essentielle pour soutenir financièrement et techniquement les États africains dans la mise en place de stratégies d'adaptation. L?étude publiée par le centre d'analyse stratégique est téléchargeable à l'adresse : http://www.strategie.gouv.fr/content/defi-alimentaire-afrique-na-329