Une nouvelle enquête menée par l’Astee permet de dresser un panorama de la perception, des besoins et des défis des PME françaises face aux tensions autour de la ressource en eau, ainsi que de dessiner les tendances en cours et d’avancer des leviers d’actions pour ces entreprises.
L’Astee[1] vient de publier le panorama « L’eau et les PME en France », dont l’objectif est d’éclairer les décideurs et d’accompagner ces entreprises vers une gestion durable et adaptée de cette ressource, essentielle à leur activité et développement. Cette étude qualitative vise ainsi à dresser un état des lieux sur la perception, les attentes et les besoins des PME concernant la gestion de l’eau, un enjeu de plus en plus stratégique renforcé par le changement climatique et ses impacts.
Pour mener à bien ce panorama, le groupe de travail « PME et Eau » de l’Astee a questionné, entre mai et novembre 2025, un échantillon de 92 PME représentatif de la variété des secteurs d’activité (artisanat, services et PME industrielles) et des tailles de structure (TPE, PME et ETI). Cette étude a été réalisée avec le soutien du Fonds de dotation des Banques Populaires qui se sont engagées, depuis plus d’un an, dans le mouvement « Agir pour l’eau ». Les résultats ont été complétés par une série d’échanges avec les pôles de compétitivité Aqua-Valley et Aquanova, et auprès d’acteurs institutionnels et sectoriels tels que les agences de l'eau, les Chambres de commerce & Industrie, des Régions, des syndicats professionnels et patronaux.
Premier constat issu de l’enquête, l’appréhension du sujet « eau » est très hétérogène selon le secteur, la taille de la structure et les usages de la ressource. L’étude révèle que seulement une petite moitié des PME dispose d’une connaissance réelle de leur consommation d’eau (production et usage domestique) et que seulement 42 % de celles utilisatrices d’eau témoignent d’une vigilance accrue, mettant en place des actions d’optimisation ou des plans de gestion spécifiques.
Des disparités à combler en termes de connaissance et de maîtrise
Cette situation contrastée montre que, si le sujet « eau » est globalement identifié, « la connaissance de la consommation permettrait une meilleure appréciation de ce que la ressource en eau génère », décrit le rapport. C’est pourquoi « des stratégies d’actions ciblées et spécifiques sont à imaginer (TPE comparées aux PME) », précise-t-il. Car, de la même façon, la dépendance à l’eau varie fortement : 42 % des entreprises interrogées se disent fortement dépendantes, tandis que 21 % s’estiment peu concernées, soulignant un enjeu de conscientisation du sujet et, donc, la nécessité de renforcer la sensibilisation.
Selon sept critères de notation, le panorama de l’Astee indique que 25 % des répondants présentent un niveau de maîtrise très faible du sujet « eau » (note de 1,75/7). En revanche, les PME industrielles semblent plus en avance sur la question (moyenne d’environ 4/7). Parmi les critères retenus, la réglementation sur la qualité des eaux rejetées reste ainsi méconnue au sein de l’échantillon interrogé : 82 % des PME utilisatrices d’eau déclarent ignorer ce qui relève de leurs obligations légales.
Par ailleurs, l’eau potable est largement considérée comme un acquis, une évidence, et non comme un enjeu, rappelant l’importance de promouvoir pour chaque usage une qualité d’eau associée. De fait, le niveau de maîtrise du sujet « eau » par les PME s’avère très hétérogène. Le panorama met également en avant l’attention croissante suscitée par le changement climatique et, donc, de potentielles tensions sur la ressource en eau, changement perçu comme une menace directe, notamment par les structures de plus grande taille. Ce qui renforce, d’après l’étude, le besoin de conscientisation et la « nécessité d’évaluer les impacts à moyen terme » (horizon 2030) pour les entreprises.
Freins à l’action et leviers d’accompagnement
Plusieurs obstacles semblent toutefois freiner le passage à l’action des PME sur le sujet « eau ». La difficulté à identifier les organismes d’accompagnement, la méconnaissance des solutions techniques, le manque de visibilité des dispositifs d’aides et des opportunités de financement font partie des freins les plus cités. La transversalité de la thématique « eau » couplée à la multitude de métiers et services rendent également le sujet complexe à appréhender dans son ensemble, d’où la nécessité d’apporter de la clarté et des clés de lecture compréhensibles.
Cet ensemble de contraintes induit de « rendre plus visibles et lisibles les structures et organismes pouvant répondre aux PME, les aider et les accompagner sur les questions de la ressource en eau », signale le rapport. Trois axes d’accompagnement sont dès lors priorisés par les PME, à savoir la sensibilisation et la formation sur la gestion de l’eau – plébiscitées par plus de la moitié des répondants – , l’accompagnement technique (ingénierie et expertise) et le soutien financier, plébiscités chacun par environ un tiers des entreprises interrogées.

