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La CCI Paris Île-de-France formule 25 préconisations pour accélérer la transition hydrique

07 octobre 2026 Paru dans le N°495 ( mots)
© CCI Paris Île-de-France

De nombreuses entreprises connaissent encore mal leur consommation d’eau, une ressource vulnérable à moyen terme. Dans un rapport, la CCI Paris Île-de-France appelle les entreprises à anticiper un risque stratégique sous-estimé au travers de 25 préconisations.

Alors que la France a connu un été caniculaire à l’été 2026, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Paris Île-de-France vient de publier un rapport consacré à la ressource en eau, un enjeu stratégique pour les entreprises francilienne. La Région bénéficie aujourd’hui d’une situation relativement sécurisée grâce à ses capacités de stockage et à une gestion coordonnée de la ressource, mais cet équilibre reste fragile. L’une des conséquences est la dégradation de la qualité de l’eau. Selon les projections de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les restrictions d’usage de l’eau au sein de la région francilienne pourraient s’étendre, dans le scénario le plus défavorable, sur plus de 150 jours par an d’ici 2040. Les impacts économiques associés à la raréfaction de la ressource pourraient atteindre près de 1,4 milliard d’euros d’ici 2050 et jusqu’à 2,45 milliards d’euros à l’horizon 2100.

Revenons au rapport de la CCI Paris Île-de-France. Son principal constat est celui d’un déficit persistant de connaissance et d’anticipation au sein du tissu économique francilien. Une enquête réalisée, à l’été 2026, par le Centre régional d’observation du commerce, de l’industrie et des services (Crocis) auprès de 163 entreprises d’Île-de-France révélait que 65 % d’entre elles ne connaissent pas leur consommation annuelle d’eau et que 62 % n’ont pas identifié les postes les plus consommateurs. Cette méconnaissance limite forcément la capacité des entreprises à détecter les fuites et les surconsommations, à identifier des économies potentielles et à construire une véritable stratégie de sobriété hydrique. À ces risques physiques s’ajoute le coût de l’eau, qui pourrait encore augmenter de 30 à 50 % d’ici 2030-2035.

La CCI Paris Île-de-France formule 25 préconisations organisées autour de quatre priorités. La première est le renforcement de la connaissance et de la mobilisation, en améliorant la lisibilité et la fiabilité des données disponibles, en encourageant les entreprises à cartographier leurs usages, à réaliser un bilan hydrique et à développer une véritable culture du risque. La deuxième priorité consiste à clarifier la gouvernance et le cadre réglementaire, en rendant le cadre juridique plus lisible, avec une répartition équitable des efforts de sobriété, tenant compte des volumes réellement consommés et des investissements déjà réalisés.

La troisième priorité est l’adaptation du modèle économique et territorial de l’eau, en adoptant une meilleure cohérence entre les politiques de l’eau, d’aménagement, d’énergie, d’agriculture et de développement économique et en développant les coopérations territoriales. Enfin, la quatrième et dernière priorité réside dans l’accélération de l’innovation et l’accompagnement des TPE-PME. Capteurs « intelligents », télérelève, détection des fuites, nouveaux procédés de filtration, recyclage des eaux de process et réutilisation des eaux usées traitées constituent autant de leviers pour réduire les prélèvements et les consommations.

35 % des entreprises ont déjà engagé des démarches

Aujourd’hui, 35 % des entreprises interrogées ont déjà engagé des démarches visant à réduire leur consommation d’eau. La prise de conscience des enjeux liés à l’eau varie toutefois selon la taille, la dépendance et l’exposition des entreprises. Pour passer à l’action, elles ont besoin d’un accompagnement concret et d’outils simples. En 2024, près de 30 % du budget de l’agence de l’eau Seine-Normandie consacré aux projets industriels est ainsi resté inutilisé, alors que certaines aides peuvent couvrir jusqu’à 80 % du coût des études et 60 % de celui des équipements.

La CCI régionale recommande de s’appuyer sur les acteurs de proximité disposant d’un fort ancrage territorial, notamment les CCI et les fédérations professionnelles, pour renforcer la diffusion des connaissances et des bonnes pratiques en matière de gestion de l’eau auprès des entreprises. « Si les enjeux énergétiques sont aujourd’hui largement intégrés par les acteurs économiques, leur dépendance à la ressource en eau reste encore sous-estimée. Mesurer ses consommations, identifier ses vulnérabilités et anticiper les tensions futures doivent désormais faire partie intégrante de la stratégie des entreprises. La sobriété hydrique n’est pas seulement une exigence environnementale ; elle constitue un enjeu de résilience, de compétitivité et de continuité de l’activité », conclut Dominique Mocquax, auteur du rapport et membre élu de la CCI Paris Île-de-France.