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Entreprises

L’usine de Méry-sur-Oise, programmée pour innover

02 juin 2022 Paru dans le N°453 ( mots)
© DR

Pour le Sedif, la nanofiltration inaugurée en 1999 consacre l’usine de Méry-sur-Oise comme une vitrine technologique capable de transformer une eau dégradée en une eau potable de qualité. Dans la continuité de la filière membranaire expérimentée depuis plus de 20 ans, le syndicat est engagé dans le déploiement de l’osmose inverse basse pression (OIBP) pour viser l’abattement complet de la matière organique et éliminer les micropolluants.

« Il y a 23 ans, le Sedif a assumé un choix audacieux, celui de privilégier la nanofiltration. Très débattue dans les années 80, après dix ans d’étude, de travaux et moyennant un investissement d’un milliard de francs, la filière membranaire de Méry a pu commencer à produire et distribuer une eau bien moins calcaire et bien moins chlorée que l’eau des filières traditionnelles », explique Pierre-Edouard Eon, vice-président du Sedif et maire de Méry sur Oise. « Aujourd’hui, avec l’unité de nanofiltration, l’usine de Méry-sur-Oise, qui alimente 860 000 habitants reste une vitrine pour le monde ».  

Une eau brute dégradée

Pour achever le traitement de l’eau captée dans l’Oise, le procédé de nanofiltration, qui permet de retenir toutes les particules supérieures à un nanomètre (10-9 ), s’est imposé comme la technologie la plus adaptée pour traiter les pollutions spécifiques de la rivière. « L’Oise est une rivière particulièrement polluée, plus que la Seine ou la Marne » insiste Anne-Laure Colon, cheffe du service études de faisabilité, filière haute performance du Sedif. « Elle a une très forte teneur en matière organique dissoute qui est difficile à traiter et engendrait parfois, avant 1999, des non-conformités sur l’eau produite ». C’est également une rivière dans laquelle on retrouve des micropolluants. A l’époque, l’atrazine et ses dérivés. 

Equipée de 9120 modules dans lesquels les membranes sont enroulées, l’unité de nanofiltration élimine matières organiques, sulfates, virus, bactéries et pesticides. Seuls certains sels minéraux peuvent passer. Avec une eau mieux débarrassée des composés organiques, il est possible d’ajouter moins de chlore pour garantir la qualité bactériologique de l'eau jusqu’au robinet du consommateur.

OIBP, plus que jamais

Si la décision d’utiliser la nanofiltration a maturé lentement, les nouveaux développements vers une eau sans chlore et sans calcaire sont, eux, la conséquence logique des objectifs sanitaire, économique et écologique que s’est fixé le Sedif pour ses 4 millions d’usagers, rappelle le syndicat.

L’intégration de ces filières membranaires, permettant l’élimination de la matière organique dissoute et des micropolluants, devra permettre de donner un nouvel élan à la démarche innovante de l’eau sans chlore et d’anticiper le durcissement prévisible de la réglementation sur les micropolluants et résidus médicamenteux, estime Anne-Laure Colon. Et ce même si le saut technologique réalisé dans les années 1996 à 1998 pour installer la nanofitration est sans commune mesure avec celui qui est fait en passant de 10-9 à 10-11 m pour l’OIBP, souligne Luc Strehaïano, premier vice-président du Sedif.

« Nous avons travaillé à un cahier des charges exigeant, notamment sur l’objectif de Th situé entre 8° et 10 °f et l’élimination de la matière organique dissoute. C’est au concepteur réalisateur de voir avec quelles membranes sortir une eau adoucie à Th 8° et avec très peu de matières organiques », justifie Anne-Laure Colon.

Dans le cadre de la démarche « Eau sans chlore », le Sedif a mis en place un comité d’experts regroupant des universitaires français et étrangers, des maîtres d’ouvrages pratiquant l’eau sans chlore (Grenoble et Waternet aux Pays-Bas) et des institutionnels français (DGS, ARS, AESN).

La dernière réunion, organisée au siège du Sedif en novembre 2021, a permis de proposer les bases d’une méthodologie pour la détermination des zones les plus sensibles du réseau de distribution en termes de risque de contamination, mais aussi pour l’élaboration de programmes de surveillance de la qualité bactériologique de l’eau, à intégrer dans un système d’alerte. 

Les experts ont également donné leur avis sur les programmes d’essais et de recherche en cours de réflexion au Sedif qui leur ont été présentés. « Le but est de partager les connaissances actuelles pour s’orienter sur la R&D à mettre en place afin d’arriver à maitriser un réseau avec de l’eau sans chlore ». La démarche se veut donc progressive et inspirante. Il sera toujours possible de revenir à la chloration à tout moment, assure le Sedif.

Pascale Meeschaert