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Les défis de l’eau tels qu’ils se présentent aujourd’hui imposent aux décisionnaires du secteur privé, de faire évoluer leurs outils de pilotage. La notion d’intendance de l’eau permet de diminuer l’exposi¬tion aux risques de l’ensemble des usagers et donc d’en accroitre le bénéfice pour tous à l’échelle du bassin. Dans cet article, nous explorons comment les méthodes de mesure des risques liés à l’eau permettent de dimi¬nuer stratégiquement l’exposi¬tion des industries. Cette évaluation des risques offre à l’entreprise la possibilité de contribuer à la protection des ressources tout en préservant son objet : produire et croître.

Qu’il y en ait trop ou trop peu, l’eau est au cœur des risques à évaluer. A l’échelle mondiale, sur le millier de grandes catastrophes naturelles recensées chaque année l’eau est en cause dans 90% des cas.

 En 2016, un rapport établi par la Caisse Centrale de Réassurance précise que les capacités de sinistre sur le territoire français étaient de l’ordre de 530 millions d’euros pour les inondations et de 360 millions d’euros pour les sécheresses. Mais la totalité des conséquences est mal prise en compte. Aux pertes directes couvertes par les assurances, s’ajoutent les pertes indirectes. Il n’est pas rare de voir des acteurs économiques en grande difficulté face à des pertes d’exploitation rarement assurées.

 En matière de risques liés à l’eau, les chiffres et les termes cachent donc une réalité qu’il convient de définir pour permettre à l’entrepreneur de piloter son outil de production sereinement.

 

Des réponses guidées par notre perception du risque

Nos perceptions sont parfois trompeuses. Prenons l’exemple d’un industriel qui se trouve à Bruxelles ou à Londres. Dans ces deux capitales, les précipitations annuelles moyennes sont de l’ordre de 800 mm. Intuitivement, nous pourrions penser qu’il ne manquera pas d’eau. Et pourtant, ces dernières années, des problèmes d’infrastructure et de sécheresse à répétition ont provoqué des ruptures régulières d’approvisionnement en eau dans les bassins de captation de ces villes. Londres et Bruxelles ne sont pas des cas isolés. Tokyo, Sao Paolo ou Rome, pourtant sous des climats pluvieux, souffrent aussi de manque d’eau.

En France, les arrêtés préfectoraux de restriction d’eau déclenchés à la suite d’une sécheresse deviennent la norme sans que rien ne soit mis en œuvre pour y remédier. On sait pourtant que les capacités de stockage devraient être augmentées de 500 millions de mètres cube pour un coût prévisionnel de 1,5 milliards d’euros.

Pour leur approvisionnement en eau, les acteurs économiques font face à une incertitude dont les contours ne sont pas correctement balisés. Les inondations, les sécheresses, la pollution ou encore le manque d’infrastructures sont autant de facteurs de vulnérabilité externes à l’entreprise pouvant se transmettre en interne. Ce sont autant de risques pour la continuité de l’exploitation du ou des sites concernés.


Mesurer ses risques liés à l’eau, une étape importante…

Il existe des bases de données pour mesurer les vulnérabilités des bassins (ex : Aqueduct du World Resources Institute ou le Water Risk Filter du WWF). Si l’information disponible dans ces bases donne un premier aperçu des enjeux, elle ne permet pas une traduction concrète en termes de risques pour un site industriel donné.

L’évaluation des risques doit déterminer pour chaque site de production un profil de vulnérabilité. Ce profil est établi en fonction du bassin versant et de la situation du site dans ce bassin. En effet, d’un endroit à l’autre, ce profil peut changer.

A chaque grande classe de risque correspondent des facteurs spécifiques à chaque site. Ils se mesurent par la rencontre entre la probabilité d’occurrence d’un aléa (évènement perturbateur de l’accès à l’eau) et son impact sur la capacité de production.

Il est possible de pousser plus loin cette analyse « classique ». L’évaluation des risques doit s’accompagner d’un chiffrage financier précis de l’exposition aux risques du site de production. Cette monétisation du risque possède trois vertus :

1.       Hiérarchiser les risques et donc les priorités ;

2.       Démontrer au décisionnaire le coût de son inaction ;

3.       Fournir un argument de rentabilité à l’action.

En matière de réponse, les entreprises concentrent généralement leurs efforts sur leurs parties prenantes directes (clients, collaborateurs et consommateurs). Elles s’engagent dans la performance environnementale (réduction des usages en eau, traitement des eaux usées, etc.). Ces efforts sont nécessaires mais parfois insuffisants car ils ne prennent pas totalement en compte les enjeux contextuels.

 

… vers l’intendance de l’eau 

L’évaluation des risques liés à l’eau ouvre la voie à la construction de réponses internes (par une stratégie de performance environnementale des sites de productions) et externes visant à améliorer la gestion de l’eau dans l’usine et dans le bassin versant.

Evaluer les risques dans le contexte des vulnérabilités d’un bassin est une étape cruciale de l’intendance de l’eau. Elle permet de remettre l’entreprise au centre de son écosystème. Elle offre à l’entreprise la possibilité de contribuer à la protection des ressources tout en préservant son objet : produire et croître.

 

Alexandre Le Vernoy
Directeur Associé
BIGLO Conseil