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Journée Technique du Rispo : le bilan

23 juin 2022 Paru dans le N°453 ( mots)
© Rispo

Le 04 mai 2022, le Rispo organisait à Villard-de-Lans un colloque consacré à la codigestion des boues d’épuration avec des biodéchets. Par Emmanuel Adler

Compte tenu du contexte géopolitique en Ukraine, la production de biogaz à partir de déchets constitue un enjeu stratégique pour les pays européens. Pourtant, de nombreux obstacles entravent le développement de la filière de méthanisation en France. Outre les difficultés de création de nouvelles installations, souvent rejetées par les populations riveraines[1], divers verrous restent à lever, à l’instar de la question des mélanges, qui occupe une place centrale.

En effet, suite à l’adoption de la loi sur la transition énergétique censée clarifier la notion de mélange des déchets, le cadre réglementaire français interdit la codigestion des boues d’épuration avec des biodéchets en application du Code de l’Environnement par son article L-541-21-1 qui précise que « les biodéchets qui ont fait l'objet d'un tri à la source ne sont pas mélangés avec d'autres déchets ». Pourtant, les stations d’épuration, souvent construites de longue date, constituent des installations faciles à équiper de méthaniseurs pour transformer en énergie verte boues et biodéchets.

Dans ces conditions, dans la lignée de précédentes manifestations[2], le RISPO a organisé le du 4 mai 2022 à Villard-de-Lans un colloque sur la codigestion des boues d’épuration avec des biodéchets, avec une visite de la station d’épuration et des installations de cométhanisation[3].

La station d’épuration, infrastructure de synergie territoriale

Implantée à proximité de Grenoble, la Communauté de Communes du Massif du Vercors rassemble 6 communes pour une population permanente de 12 000 habitants, avec une forte variation en saison touristique. Dans ce contexte de ruralité de montagne comme de saisonnalité, des solutions adaptées ont été mises en œuvre, à l’instar de la co-construction de la station d’épuration et des bâtiments de la Coopérative Vercors Lait, avec codigestion et compostage sur site.

La station d’épuration de Villard-de-Lans, dimensionnée pour une capacité épuratoire en pointe de 45 000 équivalent.habitants, met en œuvre un procédé biologique aérobie modulaire et compact par lit fluidisé (brevet R3F), avec une certaine inertie aux températures inférieures à 5°C en hiver.

Les boues d’épuration, en mélange avec le lactosérum de la fromagerie et des graisses externes, sont ainsi valorisées une première fois en biogaz dans un ouvrage de 1 400 m3 associé à une cogénération de 76 kW et une chaudière dual fioul-biogaz de 500 kW.

Dans une seconde étape, la production intégrale des 711 tonnes de compost de boues en 2021 est valorisée par retour au sol, avec des agriculteurs, des gestionnaires de pistes de ski, des paysagistes (terre végétale), mais également sur le Golf de Corrençon-en-Vercors.

Une seconde démonstration analogue est donnée par le SIVOM de Morillon, représenté par son Dr Christophe LEROY, qui présente son long retour d’expérience d’une codigestion multi-intrants sur station d’épuration, avec biodéchets de restauration, mais également des effluents d’élevage en période hivernale lors des restrictions d’épandage.

Pour Marc JABOUILLE, inspecteur ICPE à la Préfecture de Savoie, la réglementation sur la gestion des déchets organiques manque de cohérence en ce qui concerne les possibilités de mélange, souvent assimilés par erreur à de la dilution.

Complémentaire et insistant sur l’expérimentation qui fait évoluer les connaissances, le point de vue de Jacques WIART de l’ADEME confirme tout l’intérêt technique comme économique des mélanges de boues et biodéchets pour leur valorisation, sous réserve du respect des contraintes réglementaires[4].

Pour un retour d’expérience en Suisse, Hélène FRUTEAU, déléguée générale de l’association METHEOR, présente la station de Berne, dont les digesteurs de boues d’épuration sont alimentés par près d’une dizaine d’intrants exogènes comme le montre la figure ci-dessous :

Ration des digesteurs de la station d'épuration de Berne (Suisse)






Pour Luis CASTILLO du groupe Veolia, compte tenu de la difficulté à créer de nouvelles unités de méthanisation en France, avec un taux de charge moyen du parc de digesteurs en France inférieur à 50%, les collectivités disposent d’une capacité non négligeable pour produire biogaz et biométhane[1] :


Taux de charge des digesteurs de boues d'épuration exploités par Veolia en France en 2020





Pour le groupe Suez, Christelle METRAL et Cédric LANGLOIS ont présenté la plateforme de Faulquemont (57), qui réalise une unique codigestion en mélange de boues, soupe de biodéchets et déchets agroalimentaires, et celle de Terres d’Aquitaine, équipé d’un biodéconditionneur et de deux files de méthanisation distinctes (boues traitées séparément). En revanche, sur la station d’épuration de Benfeld (67), la digestion est alimentée en mélange par des boues, des graisses internes et exogènes, de la paille de maïs et des cultures intermédiaires.

Pour une contribution sur les mélanges du point de vue d’un constructeur, outre les stations d’épuration de Gijon en Espagne et de Lohja en Finlande, Thomas GIRARD de BTA International détaille le cas de Baden-Baden en Allemagne qui admet 5 000 t/an de biodéchets, et de Zell am See en Autriche, alimentée par un cocktail d’intrants :

intrants

[Tonnes/an]

Biodéchets

8 000

Boues de step

4 500

Déchets de restauration

2 500

Graisses

2 000

Lait

1 000

Ration des digesteurs de la station d’épuration de Zell am See (Autriche)

Enfin et pour ne pas oublier les traitements aérobies, mode de valorisation très ancien, Jean-Luc MARTEL, du bureau d’études BIOTVAL, après rappelé que les boues ont besoin d’air pour composter, détaille divers procédés de compostage (boues liquides avec de la paille, boues pâteuses avec déchets végétaux mais également avec des boues séchées).

Après un buffet convivial, les participants ont pu visiter les installations.



[1] On peut également rappeler, qu’avec un taux de charge effectif moyen des stations d’épuration en France de 54%, il existe une importante marge de progression pour traiter les déchets organiques humides (cf État de l'art 2018 de la digestion des boues de stations d'épuration françaises, Eva FALIPOU, Sylvie GILLOT, Jean-Pierre CANLER, Jean-Marc PERRET - Irstea, UR REVERSAAL – 99ème congrès de l’ASTEE, Lyon, les 14-16/09/2020)





[1] C’est le syndrome NYMBI (Not in My Backyard) qui signifie « pas d’installation nouvelle dans la cour de ma maison ».

[2] - 12 novembre 2015, Paris - Colloque ASTEE-RISPO-EIVP, Energie verte - codigestion et cométhanisation des boues avec d'autres déchets

- 31 mai au 3 juin 2016, Issy-les-Moulineaux - 95ème congrès de l’ASTEE, Codigestion boues d’épuration et biodéchets, un élément de solution pour la transition énergétique

- 31 mars 2016, SIVOM de Morillon - Journée Technique RISPO, Codigestion boues d’épuration avec des biodéchets et devenir du digestat

- 18 juin 2019, Paris - Journée Technique RISPO-FNCCR, Compostage, méthanisation et transition écologique, l’intérêt des mélanges pour optimiser la valorisation énergétique et agronomique