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Le rêve d’une ville qui considère l’eau comme une ressource pour gérer les paysages, développer la biodiversité urbaine, climatiser les quartiers, est-il entrain de devenir réalité ? On serait tenté de le croire à l’heure ou un peu partout dans le monde, les villes sont de plus en plus confrontées aux impacts liés aux changements climatiques. Un nombre croissant d’entre-elles trouvent un début de solution en devenant « ville-éponge ».

Le concept de la ville-éponge ? Développer le couvert végétal tout en réduisant drastiquement la place occupée par l’asphalte et le béton de manière à déjouer les effets néfastes de l’urbanisation (îlots de chaleur, canyons urbains, inondations…) et, au contraire, tirer profit des eaux pluviales en repensant les systèmes de drainage et la place de l’eau dans la ville.

Certes, le concept n’est pas totalement nouveau. Il est même à la base des principes qui guident depuis deux décennies les techniques alternatives de gestion des eaux pluviales. Mais il les dépasse largement en répondant à des problématiques plus vastes. Il s’agit ici de faire face aux enjeux climatiques en renforçant la résilience des villes face à la récurrence d’évènements extrêmes tels que la montée des eaux, les inondations ou les sécheresses, tout en développant le recyclage des eaux collectées pour faire face à l’essor démographique qui caractérise les grands centres urbains.

Ce concept de ville-éponge gagne ainsi du terrain un peu partout dans le monde à mesure que les villes intègrent un urbanisme qui se nourrit des processus naturels de gestion du cycle de l’eau.

En Europe, Berlin s’inspire du cycle naturel de l’eau en verdissant ses édifices pour réduire les risques d’inondation et climatiser naturellement la ville grâce à l’évaporation. Le quartier de Rummelsburg, dont les toits des bâtiments sont recouverts de plantes et les trottoirs de végétaux, est en passe de devenir un exemple vivant de ce concept.

Melbourne a également fait du cycle de l’eau un élément structurant de la ville en créant pas moins de 10.000 jardins de pluie pour récupérer les eaux pluviales et s’assurer ainsi une certaine autonomie. A l’autre bout du monde, La Nouvelle-Orléans se reconstruit en redéveloppant des marais, des parcs, tout en incitant ses habitants à rendre leurs parcelles perméables. Hongkong, l'une des villes les plus exposées aux changements climatiques, a adopté une série de mesures innovantes pour se protéger des inondations et de la montée des eaux.

En Chine même, 30 villes-éponges pilotes seront construites d’ici à 2020 sur une surface de plus de 1.800 km² avec plus de 4.200 projets de construction envisagés et des investissements d’un montant total de 12 milliard de dollars américains ! L’objectif annoncé est très ambitieux : d’ici 2020, 80 % des zones urbaines en Chine devront réutiliser au moins 70 % de leurs eaux pluviales grâce à l’infiltration, la rétention, le stockage, la purification et le drainage. Les eaux récupérées devront être utilisées pour recharger des réserves d'eau souterraines, arroser les espaces verts, voire même pour remplacer l'eau potable dans certains usages ménagers.

Ces réalisations, chaque jour plus nombreuses, traduisent bien la réintégration, dans sa trame originelle, du cycle de l'eau en ville en optant pour une plus grande convergence entre végétalisation, nature et eau, dans le cadre d’une transition urbaine devenue inévitable : dans moins de 35 ans, les deux tiers de la population mondiale vivront en milieu urbain, selon l'Organisation Mondiale de la Santé. C'est 2,5 milliards de personnes de plus qu’aujourd’hui ! Dans beaucoup de ces centres urbains, une course de vitesse s’est engagée pour éviter, ou au moins atténuer, les catastrophes qui guettent si les principes d’une gestion vraiment durable de la ressource n’étaient pas rapidement mis en œuvre… 

Vincent Johanet