Your browser does not support JavaScript!

La première conférence internationale ISRivers s'est tenue à Lyon à la fin du mois de juin dernier. Les organisateurs prévoyaient 300 participants, ils en ont reçu près de 500, venant des 5 continents. Une preuve de l'intérêt et de l'urgence qu'il y a à se préoccuper de la santé des grands fleuves et des rivières en considérant tous leurs aspects : morphologie, biodiversité, intégration dans le territoire, ressource en eau potable et irrigation, énergie, économie et sociologie, pêche, loisirs. Ceci dans un contexte de plus en plus rude pour les cours d'eau avec l'augmentation de la population associée à une urbanisation croissante, l'augmentation des besoins en énergie, en transports, la pression des pollutions dans oublier les chnagements climatiques.

La conférence a été créée pour croiser les constats et expériences à travers le monde, mais aussi confronter ceux des scientifiques, industriels et des administrations en charge des questions d'eau et d'environnement. ISRivers pour Integrative Sciences : les cours d'eaux sont sans doute les objets les plus multidisciplinaires : géomorphologie, géographie, sciences du vivant, hydraulique, énergie, sciences sociales, aménagement du territoire? etc, sans oublier l'histoire et la politique. Politiques et administrations ont besoin d'éclairages scientifiques pour prendre leurs décisions comme l'a souligné Jean-François Carenco, préfet de la région Rhône-Alpes et préfet coordinateur du Bassin Rhône-Méditerranée. Il y a urgence à développer une approche intégrée comme il l'a rappelé en exposant ses craintes actuelles : les sécheresses récentes qui ont placé les fleuves à des étiages très bas (problème de navigation, de refroidissement des centrales nucléaires), les inondations dévastatrices de la dernière décennie, la pollution (cf PCB et autres polluants), les conflits d'usages qui ne se déroulent pas qu'en Afrique ou au Moyen-Orient en évoquant les récentes chasses du Rhône (vidange du barrage de Verbois en Suisse) et peur de l'incapacité à mieux utiliser les fleuves. Les fleuves et grandes rivières vont mal car ils n?ont trop souvent été vus que sous un seul aspect à une époque donnée : maitriser le fleuve pour améliorer la navigation d'abord, puis produire de l'énergie avec des barrages hydroélectriques de plus en plus grands, détourner une partie du flux pour irriguer. En poursuivant ses objectifs, on a oublié que les fleuves charrient de l'eau et tout autant des matériaux. Leur barrer la route a un impact direct sur le trait de côte (recul de 4 m/an en Camargue) et la nourriture des poissons côtiers, la remontée des espèces migratrices et finalement la biodiversité en évitant la divagation des cours. Tous les pays font peu ou prou le même constat comme l'ont expliqué des intervenants américains (fleuve Colorado, rivière Willamette en Oregon), mais aussi égyptien avec le Nil, ou européens avec les exemples du Rhin, du Danube. Seul espoir selon le préfet : faire vivre cette somme de contradictions créatrices : garder des barrages pour l'énergie sans sacrifier la biodiversité, l'irrigation, la qualité de l'eau, le tourisme?etc, ceci grâce aux apports des différentes disciplines scientifiques (y compris sciences humaines et sociales) et au dialogue entre tous les acteurs. Mais il ne faut pas rêver : on ne redonnera pas aux fleuves et rivières leurs formes originelles. On peut seulement faire en sorte que les différentes fonctions d'un fleuve soient remises à des niveaux ?vivables'. Et surtout, envisager l'avenir en imaginant les effets des évolutions climatiques sur le régime des fleuves.