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La scène se déroule le 7 mars dernier devant la préfecture de région puis le siège de l'agence de l'eau Adour-Garonne à Toulouse : plusieurs milliers d'agriculteurs venus de 12 départements de Midi-Pyrénées et d'Aquitaine défilent à l'appel des fédérations régionales de la FNSEA et du CNJA. La raison de leur colère ? L?application de la loi sur l'eau et plus précisément du volet concernant la réforme des prélèvements pour l'irrigation applicable en 2011, et qui, selon eux, ne prends pas en compte les besoins des agriculteurs. Désormais basés sur des volumes propres à chaque exploitation, la réforme des prélèvements pour l'irrigation, menacerait gravement l'agriculture de la région. Selon la FNSEA, elle conduirait à une diminution de 30 % des prélèvements en Midi-Pyrénées, et jusqu'à 70 % dans certains cas avec des répercussions directes sur l'emploi : ces restrictions menaceraient directement de 5600 à 8400 emplois sur les 240.000 emplois directement ou indirectement liés à l'agriculture sur les 18 départements du bassin Adour-Garonne. Outre une remise à plat de la réforme, les manifestants réclament également la création de nouvelles réserves d'eau, notamment le très controversé projet de barrage de Charlas dans le Comminges qui prévoit la création d'une retenue de 100 millions de m3 d'eau. Le préfet, conciliant, s'est déclaré prêt à une étude d'impact de la réforme et ouvert à la demande de création de retenues d'eau. C?est que dans le sud-ouest, des situations chroniques de déficit sont constatées presque chaque année depuis 1986. En 1989, la situation a même tourné à la catastrophe : dès le début du printemps, le débit des rivières est anormalement bas. Or l'été va se révéler chaud et malgré les mesures de restrictions prises, de nombreuses petites rivières seront mises à sec générant une mortalité de poissons très importante, une dégradation de la qualité des eaux et des conflits parfois violents entre agriculteurs. La situation se reproduira à plusieurs reprises les années suivantes, mettant en évidence l'apparition d'un phénomène d'assèchement des eaux libres. Un phénomène pas tout à fait étranger au fait que depuis 1980, plus de 400.000 hectares de surfaces irriguées ont été créées pour l'essentiel en tirant sur le débit des rivières.... Or, quelle que soit leur efficacité, ni les stratégies d'économies d'eau mises en ?uvre, ni l'amélioration de la gestion de l'eau en temps de crise ne suffiront à rétablir un équilibre ressources/besoins. Dès lors, les seules possibilités pour y parvenir consistent à agir sur les usages ou bien à créer de nouvelles réserves à travers notamment des retenues collinaires dont les projets sont déjà identifiés. A défaut, c'est l'assèchement des rivières qui serait programmé lors des prochains épisodes de sécheresse. Problème : entre atermoiements et renoncements aucune des deux voies, révision des incitations favorables à l'extension des cultures irriguées ou création de nouvelles réserves en eau, n?est privilégiée, malgré les crises récurrentes qui frappent de nombreux sous-bassins de la Garonne, de l'Adour ou de la Charente. Une situation qui illustre bien l'incapacité persistante des pouvoirs publics à concilier des intérêts contradictoires et à recréer les conditions d'un équilibre raisonné des usages alors même que les changements climatiques pourraient bien, dans les années à venir, rendre la situation tout à fait critique.